G. 7, détective privé débutant
Titre. « L'énigme de la Marie-Galante ».
Lieu de l'action. Fécamp.
Héros. Morineau, armateur, propriétaire de la goélette « La Marie-Galante ».
Forme. Une enquête de G. 7, racontée par un de ses amis qui l'accompagne et qui est écrivain.
Première publication. Dans « Les sept minutes », Gallimard, 1938.
PIERRE MAURY
Simenon
ne réservait pas les énigmes policières à Maigret. On serait même tenté
de dire que les véritables énigmes, dans la tradition du roman policier
classique, sont dévolues à d'autres personnages. Certes, leur place n'a
jamais eu la même importance dans son œuvre, mais ils existent bel et
bien, comme ce G. 7, curieux patronyme pour un détective privé qui
vient de quitter la police judiciaire et effectue sa première enquête
dans « L'énigme de la Marie-Galante ». Le texte a été écrit
en juin 1930, Maigret n'a pas encore fait son apparition publique.
Toute
l'histoire est racontée par un ami de G. 7, dont on comprendra à
la fin qu'il est romancier. Un double de Simenon lui-même, censé
observer la réalité d'une affaire criminelle pour trouver un sujet. Le
dernier paragraphe est une conclusion tirée par l'enquêteur à
l'intention de l'écrivain : Une histoire que tu n'aurais pas
inventée, hein !... Tout simplement parce que les romanciers
cherchent leurs sujets dans les milieux spéciaux. Quand tu voudras un
beau drame, avise une maison bien bourgeoise, à la façade aussi
honorable que possible… Entre là-dedans… C'est en vain que tu essayeras
de trouver mieux que la réalité !
Quelle est cette
réalité ? A Fécamp, un des sept bateaux de Morineau, « La
Marie-Galante », a été sorti par des inconnus du bassin où il
était cloué depuis trois ans à cause de la crise de la pêche. Il a été
retrouvé dérivant. Remorqué jusqu'au port, il a été examiné par un
contremaître qui a eu la surprise de constater que le moteur avait été
refait à neuf. Par qui ? Pourquoi ? Le contremaître a
également trouvé, dans le réservoir d'eau douce, le cadavre d'une
femme. La police enquête.
Mais Morineau a un souci plus terre à
terre, si l'on ose écrire : le remorquage de son bateau se solde
par une lourde facture, que son propriétaire pourrait ne pas payer si
G. 7 trouvait ceux qui l'ont abandonné en mer. Les données
intriguent le détective, qui se demande notamment pourquoi c'est à lui,
débutant dans la profession, que l'armateur a fait appel. Chemin
faisant, et sur base d'intuitions plutôt que de raisonnements, il va
démonter un écheveau de responsabilités bien différent de ce qu'on a
essayé de lui faire croire.
Si le personnage de G. 7 reste
encore un peu flou, sa méthode est proche de celle de Maigret. Et cette
énigme préparatoire vaut le détour.·
« L'énigme de la
Marie-Galante », Folio nº 3863, 89 pp., 2 euros, et
dans « Tout Simenon », tome 20, Omnibus.