Titre. « L'aîné des Ferchaux ».
Lieux de l'action. La France, le Panama, Bruxelles et Ténériffe.
Héros. Michel Maudet, secrétaire de Dieudonné Ferchaux.
Première publication. 1945.
PIERRE MAURY
Chez
Simenon, les romans se suivent et se ressemblent - par la taille, du
moins, quasi constante. Quelques ouvrages dépassent néanmoins largement
le volume standard, et on y sent l'ambition d'un écrivain désireux de
modifier son image d'auteur populaire.
« L'aîné des Ferchaux » est de ceux-là.
Dieudonné,
présenté par le titre comme le personnage principal, est un colon qui a
fait fortune en Afrique avec son frère Emile, en utilisant des méthodes
peu orthodoxes (mais très répandues au début du XXe siècle) : tricherie
sur le poids des marchandises, élimination physique de trois nègres…
Les pratiques ont beau être banales pour l'époque, elles sont malgré
tout un moyen d'attaquer en justice les aventuriers qui ont réussi.
Quand commence le roman, un autre personnage entre en scène, qui sera
le véritable héros : Michel Maudet, âgé d'une vingtaine d'années,
fraîchement marié, tire le diable par la queue et devient le secrétaire
de Dieudonné Ferchaux. Celui-ci voit dans son employé un garçon
semblable à ce qu'il était au même âge, à la fois inquiet de son avenir
et prêt à tout pour occuper une place au sein d'une société où l'argent
ne compterait pas.
La fascination est réciproque entre les deux
hommes. Elle ne repose pourtant pas sur les mêmes éléments
d'appréciation. Petit à petit, elle se transforme pour faire place à un
lien ambigu, qui les dirige ensemble vers le Panama. Avant de les
opposer...
La France et l'Amérique sont donc les deux faces d'un
récit qui prend racine en Afrique, où, cette fois, Simenon ne nous
conduit pas, sinon par quelques allusions. Elles sont aussi deux
moments dans un face-à-face mortel dont l'issue semble inéluctable.
Plus
épais que la majorité des autres romans, « L'aîné des Ferchaux » ne
souffre toutefois pas de la moindre longueur. Des personnages
secondaires viennent l'étoffer en s'agitant autour des principaux
protagonistes.
Parmi eux, Michel Maudet occupe bel et bien la
première place. C'est lui d'ailleurs qui précipite, à Bruxelles, la
suite des événements, parce qu'il a lu… « Le Soir », où une petite
annonce l'a poussé à prendre l'initiative. Son ambition n'a d'égale que
sa veulerie calculée.·
« L'aîné des Ferchaux », Folio Policier, n°201, 432 pp., 6,40 euros, et « Tout Simenon », tome 25, Omnibus.