Titre. « Strip-tease. »
Lieu de l'action. Cannes.
Héros. Célita Perrin, strip-teaseuse, célibataire, 32 ans.
Forme. Le récit adopte le plus souvent le point de vue du personnage principal.
Première publication. Presses de la Cité, en 1958.
PIERRE MAURY
Maud, la nouvelle,
arrive dès la première phrase de « Strip-tease ». Par son
intermédiaire, on le devine aussitôt, vont naître les problèmes.
Célita, personnage central dans le groupe de strip-teaseuses qui
opèrent au Monico, à Cannes, l'a compris aussi. Quand Natacha lui
demande quel est le genre de la débutante, Célita lui répond :
- Le genre à prendre la place de l'une d'entre nous. On verra bien laquelle.
Célita
a l'ambition chevillée au corps, ce corps qu'elle met chaque soir à nu,
ou presque, en dansant dans un costume espagnol effeuillé pièce par
pièce. Elle s'est attaché Léon, le patron, plus longtemps que toutes
les autres (car Léon exerce une sorte de droit de cuissage sur ses
attractions). Elle espère bien succéder un jour à Florence, la
patronne, derrière la caisse. Celle-ci ne l'ignore pas et lui voue une
haine féroce, traduite en retenues sur salaire toujours plus lourdes.
Célita s'accroche, la patronne n'a pas l'air en très bonne santé, le
but n'est peut-être pas si éloigné.
Sinon que la nouvelle est
arrivée et que les données en ont été modifiées en profondeur. Maud a
acquis les faveurs de Léon, la liaison prend des proportions
inattendues, jamais connues auparavant. Florence et Célita constituent
une alliance provisoire, puisqu'elles partagent à présent la même
ennemie contre laquelle la danseuse met en branle des machinations
maladroites. Personne n'est dupe, ni ses partenaires qui la snobent, ni
Léon qui voudrait la mettre à la porte.
Dans l'atmosphère enfumée
du Monico, sous les lumières artificielles, au milieu des clients venus
s'encanailler, Simenon met en place des jeux de regards troubles qui
traversent la salle. Les filles soumises à un règlement strict comme
les hommes qui les regardent et les désirent se trouvent sur un théâtre
où tout est codé. Certains acteurs connaissent les codes mieux que les
autres, et le déséquilibre entre les différents personnages est un des
moteurs du roman. Il n'empêche que, le temps passant, les destinées des
uns et des autres empruntent des chemins divergents.
Le chemin de
Célita, après la mort de Florence, semble clairement tracé : elle
est prête à tout pour briser Maud définitivement, et le geste fatal est
inscrit dans la succession des événements.
Mais
« Strip-tease » ne s'achèvera pas comme prévu. Les quatre
dernières pages en finissent rapidement avec un projet voué à l'échec,
et avec une vie qui a échappé à sa propre logique.·
Georges Simenon, « Strip-tease », Livre de poche, n° 14224, 157 pp., 4,55 euros, et dans « Tout Simenon », tome IX, Omnibus.