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lundi 28 juillet 2003

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Langueurs orientales

Titre. « Les clients d'Avrenos. »
Lieu de l'action. Ankara, Stamboul, Therapia, sous le régime de Kemal Ataturk (donc, après 1923).
Héros. Bernard de Jonsac, travaillant à l'ambassade de France à Stamboul, célibataire (au début du récit...), 40 ans.
Forme. Le point de vue est celui d'un narrateur étranger aux personnages.
Première publication. Gallimard, 1935.

PIERRE MAURY

Une saison de langueur entre Ankara et Stamboul, villes cosmopolites qui invitent à traîner de bar en restaurant, de boîte de nuit en bar… Et rebelote le lendemain, selon un cycle immuable au cours duquel se rencontrent les mêmes personnes plus ou moins inactives - et plutôt plus que moins. La légèreté trompeuse avec laquelle évoluent ces « clients d'Avrenos » les place au bord d'un précipice qu'ils ne voient même pas...

Au sein de cette faune interlope, Simenon distingue Bernard de Jonsac, personnage sans réelle épaisseur qui se laisse aller au gré de distractions prévisibles. Et qui nous paraît aujourd'hui délicieusement suranné. A dire vrai, il l'était peut-être déjà dès la première publication : Jonsac, en effet, est « drogman » à l'ambassade de France. La fonction n'a rien d'anglo-saxon, contrairement à ce qu'on pourrait penser (le mot est d'origine grecque ou arabe). Il s'agit simplement d'un interprète dans les pays du Levant - mais le titre a été supprimé en… 1902.

De toute manière, Bernard de Jonsac fait passer le travail bien après ses plaisirs, au point de se faire réprimander par l'ambassadeur. Dissipé, le drogman épouse Nouchi, qui est peut-être hongroise d'origine mais dont la profession ne fait aucun doute : elle est entraîneuse au Chat noir, un cabaret d'Ankara. Jonsac aime bien Nouchi, qui longtemps ne lui donne pourtant pas grand-chose d'elle-même, mais pas au point de lui proposer le mariage. En fait, la belle de nuit est sur le point de se faire expulser de Turquie et il lui a offert cette solution.

Forcément, elle rencontre les amis de Jonsac. Dans un premier temps, elle ne les trouve pas intéressants. Mais, bientôt, elle ne peut plus se passer d'eux, qui lui tournent autour comme des insectes autour d'une flamme. L'oisiveté porte au badinage, ou plus si affinités - ce sera longtemps un mystère...

Pendant que sa femme papillonne, Jonsac repère une jeune fille qui est tout le contraire de Nouchi. Lelia, en contraste avec le monde perverti où il vit, lui paraît le comble de la pureté. Qu'il faut corrompre, d'une certaine manière, pour établir un semblant d'équilibre entre les choses…·

Simenon, « Les clients d'Avrenos », Folio, n° 661, 191 pp., 4,60 euros, et « Tout Simenon », tome 19, Omnibus.

Le Soir du lundi 28 juillet 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002