Titre. « Les clients d'Avrenos. »
Lieu de l'action. Ankara, Stamboul, Therapia, sous le régime de Kemal Ataturk (donc, après 1923).
Héros. Bernard de Jonsac, travaillant à l'ambassade de France à Stamboul, célibataire (au début du récit...), 40 ans.
Forme. Le point de vue est celui d'un narrateur étranger aux personnages.
Première publication. Gallimard, 1935.
PIERRE MAURY
Une
saison de langueur entre Ankara et Stamboul, villes cosmopolites qui
invitent à traîner de bar en restaurant, de boîte de nuit en bar… Et
rebelote le lendemain, selon un cycle immuable au cours duquel se
rencontrent les mêmes personnes plus ou moins inactives - et
plutôt plus que moins. La légèreté trompeuse avec laquelle évoluent ces
« clients d'Avrenos » les place au bord d'un précipice qu'ils
ne voient même pas...
Au sein de cette faune interlope, Simenon
distingue Bernard de Jonsac, personnage sans réelle épaisseur qui se
laisse aller au gré de distractions prévisibles. Et qui nous paraît
aujourd'hui délicieusement suranné. A dire vrai, il l'était peut-être
déjà dès la première publication : Jonsac, en effet, est
« drogman » à l'ambassade de France. La fonction n'a rien
d'anglo-saxon, contrairement à ce qu'on pourrait penser (le mot est
d'origine grecque ou arabe). Il s'agit simplement d'un interprète dans
les pays du Levant - mais le titre a été supprimé en… 1902.
De
toute manière, Bernard de Jonsac fait passer le travail bien après ses
plaisirs, au point de se faire réprimander par l'ambassadeur. Dissipé,
le drogman épouse Nouchi, qui est peut-être hongroise d'origine mais
dont la profession ne fait aucun doute : elle est entraîneuse au
Chat noir, un cabaret d'Ankara. Jonsac aime bien Nouchi, qui longtemps
ne lui donne pourtant pas grand-chose d'elle-même, mais pas au point de
lui proposer le mariage. En fait, la belle de nuit est sur le point de
se faire expulser de Turquie et il lui a offert cette solution.
Forcément,
elle rencontre les amis de Jonsac. Dans un premier temps, elle ne les
trouve pas intéressants. Mais, bientôt, elle ne peut plus se passer
d'eux, qui lui tournent autour comme des insectes autour d'une flamme.
L'oisiveté porte au badinage, ou plus si affinités - ce sera
longtemps un mystère...
Pendant que sa femme papillonne, Jonsac
repère une jeune fille qui est tout le contraire de Nouchi. Lelia, en
contraste avec le monde perverti où il vit, lui paraît le comble de la
pureté. Qu'il faut corrompre, d'une certaine manière, pour établir un
semblant d'équilibre entre les choses…·
Simenon, « Les clients d'Avrenos », Folio, n° 661, 191 pp., 4,60 euros, et « Tout Simenon », tome 19, Omnibus.