Titre. « Cécile est morte ».
Lieu de l'action. Bourg-la-Reine et Paris (quartier Bastille).
Héros. Maigret et Cécile Pardon, célibataire, 28 ans.
Forme. Enquête difficile. Les monologues intérieurs de Maigret révèlent comment il s'identifie aux personnes dont il s'occupe.
Première publication. Gallimard, 1942.
GUY MARON
D'aucuns
ont regretté que les romans de Simenon fournissent autant d'atmosphère
et aussi peu d'histoire. Ont marmonné qu'il ne suffit pas d'empiler des
petits bouts d'ambiance pour réussir un bon récit. Ces esprits chagrins
n'ont pas toujours eu tort. Mais Simenon était aussi capable de mener
un vrai suspense, plein de rythme et de mystère. La preuve...
Une
nuit, Juliette Boynet, petite vieille méfiante, avare et acariâtre, est
étranglée chez elle. Le lendemain matin, Cécile Pardon, sa nièce, bonne
à tout faire et disgracieuse, est assassinée.
Qui avait intérêt
à liquider la vieille ? Le frère de Cécile, bien sûr, sans travail
et sans argent. Mais aurait-il tué sa sœur ? Le voisin du dessus,
peut-être, ancien avoué aux mœurs douteuses. Mais, en tant que
gestionnaire des maisons de débauche que possédait la Boynet, il avait
beaucoup à perdre de sa mort.
Le suspense se double d'une
promesse d'explication de la méthode Maigret, flanqué d'un criminologue
américain venu étudier ses recettes. En fait de recettes, il découvrira
celles du coq au vin et des cèpes à la bordelaise, échangera le lait
pour l'armagnac et la bière. Le lecteur, lui, restera sur sa
faim : Maigret se sera tu, ou aura parlé pour ne rien dire. Mais
aura deviné...
Rédigé en 1940, « Cécile est morte » ne
parut que deux ans plus tard, dans un recueil intitulé « Maigret
revient… ». De loin, aurait-on pu ajouter. En 1933, Simenon passe
de Fayard à Gallimard et décide d'en finir avec son commissaire dans
« L'écluse n°1 ». Raté : sous la pression du public,
deuxième tentative l'année suivante avec « Maigret »,
minimaliste par le titre et l'intrigue, où le policier est à la
retraite, rejeté par tous ou presque. Re-raté : entre 1934 et
1942, les lecteurs peuvent se rabattre sur quelques nouvelles
alimentaires où apparaît Maigret.
Finalement, Simenon
ressuscitera Maigret totalement ! C'était la guerre, son fils Marc
venait de naître : il eût été idiot de se priver d'une poule aux
œufs d'or ne demandant qu'à pondre…
« Cécile est morte », dans « Tout Simenon » tome 23, éditions Omnibus, 1.024 pp., 23 €.