Titre. « L'assassin »
Lieu de l'action. Sneek (Frise) et Amsterdam.
Héros. Hans Kupérus, médecin, 45 ans, marié, sans enfants.
Forme. Roman raconté en partie du point de vue du héros. Nombreux monologues intérieurs.
Première publication. Gallimard, 1937.
PIERRE MAURY
Le
docteur Kupérus est un homme d'habitudes. Chaque premier mardi du mois,
il se rend à Amsterdam, rend visite à sa belle-sœur, assiste à la
réunion de l'Association de biologie et rentre le lendemain à Sneek.
Ce
jour-là, pourtant, il rompt avec le rite. Au sortir de la gare, il boit
deux verres d'alcool au lieu d'un, il n'ira ni chez sa belle-sœur, ni à
l'Association. Il a un autre projet, pour lequel il doit rentrer le
jour même - et acheter un revolver. Sur le bateau qui traverse le
Zuyderzee, le steward remarque :
- Vous êtes un jour en avance !
Et il se donna la satisfaction de répliquer :
- Je suis un an en retard !
Car,
un an plus tôt, il a reçu une lettre anonyme dénonçant son
épouse : elle profite de ses absences pour passer la nuit avec
l'avocat de Schutter, riche, noble et entretenant avec complaisance sa
réputation de séducteur. Schutter, c'était la grande coquette à qui rien n'est défendu.
Après
quelques pages, la messe est dite : Kupérus a assassiné les amants
et a poussé les corps dans l'eau d'où ils ne remonteront pas avant le
printemps.
Et tout commence. Dans un premier temps, Kupérus
affiche le masque de l'homme trompé qui résiste à la douleur. Pour tout
le monde, il est évident en effet que sa femme s'est enfuie avec
l'avocat.
Mais son comportement évolue. En privé, il s'est
d'ailleurs permis dès le premier soir de faire coucher Neel, la
servante, dans son lit. En public, il se relâche comme pour attirer
l'attention sur lui. Le remords ne le ronge pourtant pas, il est plutôt
gagné par une espèce d'orgueil qui lui fait penser à peu près :
j'ai été capable de tuer, il est dommage que les gens ne sachent pas
quel homme je suis vraiment !
A force, la rumeur court
dans la petite ville et les enfants ne se gênent plus pour le traiter
d'assassin, tandis que sa clientèle diminue. Une sorte de mauvaise aura
l'environne, dont il cultive la présence avec un acharnement
autodestructeur. Après la découverte des corps, sa culpabilité ne fait
plus aucun doute. Mais comment l'établir ? Kupérus vit, ou plutôt
survit, avec son lourd secret. Il est devenu un homme irritable, qui
s'est créé un monde à la mesure de son acte, et s'est coupé de la vie
normale.
Ce portrait d'un coupable est une terrible
introspection, car ce que Kupérus découvre en lui est une détermination
qui confine à la folie. Neel en est le témoin silencieux et soumis,
celle qui reste et qui est peut-être bien plus victime que les disparus.
« L'assassin », Folio policier, n°61, 224 pp., 4,60 €, et dans « Tout Simenon », tome 20.