Titre. « Les demoiselles de Concarneau ».
Lieu de l'action. Concarneau, Rennes, Plouay, Rouen, Versailles.
Héros. Jules Guérec, 40 ans, célibataire, patron-pêcheur.
Forme. A partir d'un homicide involontaire, l'auteur met à nu un drame familial.
Première publication. Gallimard, 1936.
PIERRE MAURY
Jules
Guérec est resté un petit garçon, bien qu'il ait la quarantaine et
qu'il dirige la petite exploitation de pêche familiale. Ses sœurs, ses
aînées, sont les véritables patronnes, surtout Françoise et Céline, qui
passent leurs journées à tenir l'épicerie et les livres de comptes.
Marthe est sortie du cercle en épousant Emile Gloaguen, le secrétaire
du commissaire de police de Concarneau.
Mais elle a en quelque
sorte délégué son pouvoir à son mari, considéré comme le seul homme
sensé dans l'histoire. Puisque Jules garde la marque d'une faute passée
: un enfant illégitime qu'il a fallu faire oublier de peur du scandale.
Et voilà que Jules, décidément incapable d'autre chose, fait une
nouvelle bêtise, que son inquiétude double d'une véritable catastrophe.
A Quimper où il représentait les thoniers de Concarneau à la réunion du
syndicat, ses pas l'ont mené vers la rue où traînent les femmes faciles
et il y a laissé cinquante francs dont il ne sait comment justifier la
disparition.
Tout à ses pensées sombres, au volant de sa
nouvelle voiture qu'il maîtrise encore mal, dans la nuit qu'il traverse
pour la première fois à la lueur des phares, il n'a pas le temps de
voir surgir un gamin devant ses roues qu'il l'a déjà écrasé. Paniqué,
il ne s'arrête pas tout de suite, revient sur ses pas après un moment,
voit un attroupement, rentre finalement chez lui et choisit de régler
le problème des cinquante francs manquants en annonçant qu'il a perdu
son portefeuille jeté dans des cabinets.
Entre la peur de ses
sœurs et de la police, dont son beau-frère est un digne représentant,
Jules mûrit un remords croissant avec ce qu'il apprend de la mère
célibataire dont il a tué un des deux enfants. Marie Papin est pauvre,
il entreprend de l'aider en engageant son frère, à demi simplet, sur un
bateau. Sans demander l'avis de ses sœurs qui le prennent mal et y
voient une manœuvre destinée à leur cacher quelque chose. On ne peut
pas leur donner tort, d'autant moins que Jules, dans son désir de
racheter sa faute jusqu'au bout, s'imagine déjà marié avec Marie Papin
dont il se croit amoureux. Françoise et Céline, toujours soucieuses de
préserver la cohérence de leur famille, ne peuvent laisser faire cela.
La tension monte, le scandale éclate, le pauvre Jules ne sait plus où il en est de sa vie ni de ce qu'il veut en faire…
Le
drame familial est intense, le point de basculement est évident et
Simenon a traité ici un de ces dérapages qu'il affectionnait.·
Georges
Simenon, « Les demoiselles de Concarneau ». Folio policier,
n° 46, 148 pp., 3 euros, et « Tout Simenon, tome 19 »,
Omnibus.