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jeudi 30 janvier 2003

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La Pléiade consacre Simenon

Photo Jean-Claude Dessart.

MARC VANESSE

Attendue comme un événement capital de cette année commémorative, l'entrée de Georges Simenon dans le panthéon des lettres était entourée d'un mystère qu'aurait adoré dépeindre le principal intéressé. Et chacun de tenter de découvrir qui un indice, qui une confidence, permettant de l'orienter dans les choix finalement retenus par les limiers de la prestigieuse collection La Pléiade, confrontés à un océan de titres dû au souffle littéraire exceptionnel de ce Neptune du genre humain.

Cette montée d'adrénaline était encore perceptible lors d'une rencontre récente avec Hugues Pradier, directeur de la collection depuis 1996, lequel s'amusait plutôt de ce subit engouement : Outre Antoine Gallimard et moi-même, nous ne sommes qu'une poignée à connaître les choix effectués par le professeur Jacques Dubois, maître d'œuvre de l'ensemble. Mais nous communiquerons les titres bien avant la sortie des deux volumes, prévue à Liège le 6 mai prochain.

L'intrigue titillait jusqu'aux proches collaborateurs d'Antoine Gallimard et Hugues Pradier, joyeusement tenus à la périphérie du cercle des initiés...

Pressé d'un côté par les nombreux collectionneurs des bijoux de la Pléiade (6.000 d'entre eux achètent systématiquement chaque nouveau volume !), d'un autre par les libraires, la confidentialité devenait de plus en plus difficile à contenir... D'autant qu'un libraire liégeois, grand amateur de Simenon, venait d'afficher en vitrine la fameuse liste des titres retenus, au grand dam de la maison d'édition (lire ci-dessous). Secret d'Etat devenu secret de Polichinelle, il était temps de dénouer l'intrigue avant la date du 13 février saluant le centenaire de la naissance du romancier.

On l'imagine aisément, l'entrée d'un auteur dans la Pléiade ne s'accomplit qu'au terme d'un long cheminement. Pour Simenon, tout avait débuté en 1999, lors d'un déjeuner à La Calèche, un restaurant parisien où Antoine Gallimard aime recevoir ses auteurs. Nous étions avec Marc Simenon et Mylène Demongeot, se souvient Hugues Pradier. Et l'idée a germé d'un projet pour 2003, année du centenaire. On parlait d'un volume de la Pléiade. Mais comment choisir dix titres représentatifs dans une œuvre aussi gigantesque ?

Après avoir contacté John Simenon, qui gère les droits de son père, décision est prise de s'arrêter à une vingtaine de titres, permettant de couvrir l'ensemble de l'œuvre du romancier, soit l'équivalent de deux volumes de la Pléiade. Il est faux de croire que nous publions systématiquement l'œuvre complète des auteurs, souligne Hugues Pradier. Il est rare, par contre, qu'avec deux volumes on ne soit qu'à 10 % de l'œuvre d'un auteur. C'est le seul point de rencontre entre Simenon et Luther...

Auteur populaire, Simenon sera bientôt consacré par la Pléiade, qui comptera à l'automne 500 volumes dans un catalogue particulièrement sélectif depuis sa création en 1931. Nous misons sur la durée et non sur la vitesse, insiste Hugues Pradier. Peu d'auteurs ont été publiés dans la Pléiade de leur vivant (Gide, Malraux, Montherlant, Yourcenar...). Si Simenon était un effet de mode, nous ne l'aurions pas retenu. En l'inscrivant dans la Pléiade, nous pouvons le faire passer de rôle d'écrivain populaire à écrivain consacré.·

Le Soir du jeudi 30 janvier 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002