JEAN-MARIE WYNANTS
Cinéma,
télévision, comédie musicale, Simenon a été mis à toutes les sauces.
Mais c'est peut-être avec Loustal qu'il a trouvé le meilleur
« metteur en images » de son univers. Depuis trois ans, le
dessinateur livre de petits ouvrages, à raison de deux par année, où il
illustre des nouvelles souvent méconnues.
Je suis depuis toujours un amateur de Simenon mais plutôt des « romans de la destinée », les romans exotiques, explique le dessinateur. Du vivant de Simenon, j'avais déjà essayé d'en illustrer un et je lui avais même envoyé mes dessins.
A
l'époque, Loustal, grand amateur de voyage, rêvait d'illustrer
« Coup de lune » ou « Quartier nègre ». Les
questions de droits étant particulièrement compliquées, l'idée fut
abandonnée. Quelques années plus tard, la comédienne Mylène Demongeot,
épouse de Marc Simenon, fils aîné de l'écrivain, l'appelle suite à une
discussion avec un ami commun. Elle m'a demandé si j'accepterais
d'illustrer un Simenon. J'ai rapidement sympathisé avec Mylène et Marc
et j'ai fait un premier livre d'après « Touriste de banane ».
L'ouvrage est une belle réussite mais, sorti chez un éditeur de BD, il
ne trouve pas son public. Quelques temps plus tard, Dominique Vincent,
responsable de l'anthologie Simenon aux Presses de la Cité, appelle le
dessinateur. Elle a vu « Touriste de banane » et lui propose
de travailler à une nouvelle série qui sortira cette fois dans une
collection littéraire.
Dès le départ, des règles précises ont été fixées pour chaque parution : Tous
les dessins sont en noir et blanc. Ils illustrent des nouvelles parfois
inédites, parfois extraites d'anthologie. Il faut aussi qu'elles soient
suffisamment longues pour tenir sur un volume entier.
Mais pourquoi ne pas adapter plutôt des romans connus ? Je
l'avais envisagé et j'en avais parlé avec Tardi qui a illustré les
ouvrages de Léo Malet. Mais le problème, chez Simenon, ce sont les
longs tunnels où les gens parlent pendant des pages et des pages,
enfermés dans une même pièce. C'est formidable à lire mais impossible à
illustrer.
Aujourd'hui, Loustal poursuit la série, rêve toujours d'une BD adaptée d'un Simenon et poursuit la lecture de ce dernier... Je
ne sais plus du tout comment j'ai découvert Simenon. Par contre, je
l'ai beaucoup relu au moment de mes études d'architecture. Je m'étais
lancé dans un mémoire sur « l'espace du canal ». Il y avait
de nombreuses citations de Simenon qui a beaucoup écrit sur les canaux,
les mariniers, etc. C'est là que je l'ai redécouvert.
Désormais,
avec son noir et blanc charbonneux créant une atmosphère inquiétante et
lourde à souhait, Loustal nous plonge dans un univers dont on
s'aperçoit qu'il nous reste énormément à découvrir.·
« Le
témoignage de l'enfant de chœur » et « Maigret et
l'inspecteur Malgracieux », illustrés par Loustal, Carnets
Omnibus, 9,15 euros.
Expo des dessins originaux à la Marque Jaune, Galerie Opéra, à Liège jusqu'au 18 février.