Home   Bibliography  Reference  Forum  Plots  Texts  Simenon  Gallery  Shopping  Film  Links


jeudi 30 janvier 2003

Index

« Notre sélection s'inspire de trois critères »

Intellectuel raffiné, ayant introduit les apports du sociologue Pierre Bourdieu dans le cénacle universitaire liégeois, Jacques Dubois a délaissé quelque temps ses premières amours proustiennes pour répondre à l'appel de la maison Gallimard, désireuse de confier à une équipe de spécialistes la montagne simenonienne.

Comment cette aventure a-t-elle commencé ?

C'est par l'entremise de Claudine Gothot-Mersch, une consœur spécialiste de Gustave Flaubert (NDLR : elle prépare cinq volumes de la Pléiade), que j'ai été introduit chez Gallimard, en 1999.

Simenon a écrit 192 romans signés de son nom et 190 sous pseudonymes, sans parler de ses contes, nouvelles, écrits bibliographiques et journalistiques. Comment s'est opérée votre sélection ?

Nous nous sommes limités aux 192 romans signés de son nom. Le choix nous a été entièrement confié par Hugues Pradier, avec lequel, évidemment, nous échangions nos points de vue. Notre sélection s'inspirait de trois critères. Tout d'abord, nous voulions que toutes les périodes de l'œuvre et les différents lieux d'écriture soient représentés (France, Etats-Unis et Suisse). Par ailleurs, nous voulions aussi retrouver les grands thèmes simenoniens, comme la déviance, la passion amoureuse... Et enfin, nous sommes restés attentifs à la qualité même des romans en privilégiant ceux que nous jugions les mieux écrits, les mieux construits, les mieux achevés. Je songe notamment à « La neige est sale », déjà sanctionné par la critique comme son chef-d'œuvre.

Comment pourriez-vous définir l'univers simenonien ?

Bête de scène, amateur de femmes, vite fortuné, Simenon a mené sa vie avec une sorte de cran. Il interroge Trotsky au bord de la Mer noire, il part avec sa famille sur son bateau, il bourlingue en Afrique... Et puis, dans ses romans, il raconte des histoires de gens auxquels il n'arrive généralement rien, les confronte à un événement et observe comment ils réagissent. Parmi ses thèmes de prédilection, on trouve la mort, le crime, la sexualité, l'impuissance, la rédemption, la chute...

Comment avez-vous découvert l'univers de Simenon ?

Je ne l'ai jamais rencontré. Mais, comme assistant de Maurice Piron dans les années 60, nous avions décidé de donner un cours sur Simenon aux étudiants. Nous nous sommes partagé les 192 romans et avons établi des fiches techniques. Et puis, nous l'avons fait savoir à Simenon, qui a invité Maurice Piron à Lausanne. Les deux hommes se sont plu énormément. Il était temps car Simenon allait léguer toutes ses archives à l'université de Leningrad, où un professeur étudiait son œuvre. De fil en aiguille, les liens se sont tissés. Il était ravi de voir finalement ses archives revenir à l'université de Liège.·

entretien

Nom. Jacques Dubois

Fonction. Professeur émérite de l'ULg, spécialiste de la littérature française moderne et de la sociologie de la culture.

Mission. Depuis trois ans, il coordonne, avec Benoît Denis (ULg), la confection des deux tomes de la Pléiade consacrés à Georges Simenon. Il en termine les dernières corrections.

MARC VANESSE

Le Soir du jeudi 30 janvier 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002