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Spectacle« Trois chambres à Manhattan » couleur jazz avec Nicole Croisille, à Liège
Simenon chante aussi l'amour
ÉRIC RENETTE Le
premier spectacle à hisser son affiche au générique de l'Année Simenon
qui a été proclamée à Liège est une adaptation d'un roman du grand
Georges en « musical ». Collant à l'univers simenonien, le
spectacle touche au hors-norme. Il s'agit avant tout de
l'adaptation du premier roman d'amour de Simenon : « Trois
chambres à Manhattan », écrit en 1946 alors qu'il venait d'arriver
aux Etats-Unis. Simenon y transpose sa rencontre coup de foudre avec
celle qui deviendra sa deuxième femme, la Canadienne Denise Ouimet
(elle a 25 ans, lui 42). Son roman met en présence François Combe,
un acteur célèbre en France qui a tout quitté pour tenter l'aventure
américaine après que sa femme l'a trompé avec plus jeune que lui. Dans
un snack-bar, il rencontre Kay, une jeune femme aussi désœuvrée que
lui. Une simple envie de ne pas rester seuls durant une soirée va vite
évoluer en analyse psychologique. L'adaptation en
« musical », déjà à l'Opéra royal de Wallonie (ORW), date de
1988. Due à Claude Lombard, elle est présentée cette fois dans une
version courte et simplifiée. L'équipe qui assure cette
re-création est protéiforme. Jean-Luc Tardieu est à la mise en scène,
Valérie Urbain au décor, Jacques Rouveyrollis aux lumières. Quant aux
deux rôles principaux, entourés d'un trio de musiciens, ils sont tenus
par Nicole Croisille (lire ci-dessous) et Patrick Rocca. Après
avoir assuré des premières parties de Jacques Brel, Nicole Croisille
est l'inoubliable voix du « shabadabada » du film « Un
homme et une femme », de Lelouch (1966), et de bien d'autres
tubes. Depuis quelques années, on la retrouve de plus en plus souvent
en tant que comédienne. Elle a notamment repris le rôle de Jacqueline
Maillan dans « Coup de soleil », de Marcel Mithois. Patrick
Rocca, lui, quand il ne figure pas le supérieur hiérarchique de Julie
Lescaut dans la série télé du même nom, a récemment repris « La
cage aux folles » à Paris, mais aussi le rôle du vice-roi dans
« La Périchole » de l'ORW à Toulouse, et pourrait bien être
le Capitaine Haddock dans « Tintin et le temple du soleil » à
Paris. Cette distribution devrait séduire un large public
- ainsi que les théâtres parisiens où l'ORW espère bien voir
figurer son spectacle dès la rentrée prochaine...·
Au Petit théâtre de l'Opéra royal de Wallonie, à Liège, du 14 au 21 février. Infos au 04-221.47.20.
« Place aux autres, non ? »
ENTRETIENERIC RENETTE Nicole Croisille, on arrive à traduire Georges Simenon en « musical » ? La
trame et le texte sont d'une fidélité totale au roman. On ne pourra pas
dire qu'on s'est servi d'un scénario connu pour faire une comédie
musicale de divertissement. D'ailleurs, l'univers de Simenon ne colle
pas à celui de la comédie, même si, dans cette adaptation, il y a des
moments d'humour. On y retrouve deux personnages quasi en rupture de
cercle social. Au départ, ils se jurent simplement de ne pas être seuls
durant une nuit. Le duo de fin est le seul écart par rapport au roman
qui, lui, se termine en points de suspension. L'univers musical de Claude Lombard est-il approprié ? Cela
peut être considéré comme jazzy. On est dans l'univers que Michel
Legrand des « Parapluies de Cherbourg » a amené : une
mélodie soutenue par des rythmes plus jazz que classiques. En plus,
Claude Lombard s'est attachée à ce qu'on ne puisse pas extraire la
musique et les chansons de l'action. Cela exige des aptitudes particulières pour une chanteuse comme vous ? Un
des intérêts du spectacle, c'est qu'on passe sans arrêt du parler au
chanter. Ce que je fais déjà de plus en plus dans mon tour de chant où
les gens demandent toujours que je chante les mêmes chansons. J'essaye
alors de les interpréter différemment. En même temps, j'essaye de
communiquer avec le public de plus en plus naturellement, d'être de
plus en plus moi sur scène. Ici, qui fut séduite : la chanteuse ou la comédienne ? Je
veux aller le plus loin possible dans ma profession de chanteuse. Pour
moi, ce n'est plus un métier, c'est ma vie. Mais, pour une femme d'un
certain âge, chanter les éblouissements de jeunes amoureuses finit par
ne plus être crédible. Mieux vaut donc que la comédienne prenne le pas
sur la chanteuse. Je suis plus sûre de trouver des rôles intéressants
de femmes de mon âge. On aura toujours besoin de femmes vieillissantes,
de grands-mères. Il faut aussi tenir compte du fait qu'à un moment
donné, la voix change. Je n'ai pas envie de chanter moins bien sous
prétexte que je suis plus âgée. Et puis, vous avez vu le nombre de
jeunes qui sortent pour l'instant ? Place aux autres, non ?
Moi, j'essaye juste d'avoir un train d'avance sur les événements.·
Le Soir du mardi 11 février 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002
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