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mardi 11 février 2003

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Spectacle« Trois chambres à Manhattan » couleur jazz avec Nicole Croisille, à Liège

Simenon chante aussi l'amour

ÉRIC RENETTE

Le premier spectacle à hisser son affiche au générique de l'Année Simenon qui a été proclamée à Liège est une adaptation d'un roman du grand Georges en « musical ». Collant à l'univers simenonien, le spectacle touche au hors-norme.

Il s'agit avant tout de l'adaptation du premier roman d'amour de Simenon : « Trois chambres à Manhattan », écrit en 1946 alors qu'il venait d'arriver aux Etats-Unis. Simenon y transpose sa rencontre coup de foudre avec celle qui deviendra sa deuxième femme, la Canadienne Denise Ouimet (elle a 25 ans, lui 42). Son roman met en présence François Combe, un acteur célèbre en France qui a tout quitté pour tenter l'aventure américaine après que sa femme l'a trompé avec plus jeune que lui. Dans un snack-bar, il rencontre Kay, une jeune femme aussi désœuvrée que lui. Une simple envie de ne pas rester seuls durant une soirée va vite évoluer en analyse psychologique.

L'adaptation en « musical », déjà à l'Opéra royal de Wallonie (ORW), date de 1988. Due à Claude Lombard, elle est présentée cette fois dans une version courte et simplifiée.

L'équipe qui assure cette re-création est protéiforme. Jean-Luc Tardieu est à la mise en scène, Valérie Urbain au décor, Jacques Rouveyrollis aux lumières. Quant aux deux rôles principaux, entourés d'un trio de musiciens, ils sont tenus par Nicole Croisille (lire ci-dessous) et Patrick Rocca.

Après avoir assuré des premières parties de Jacques Brel, Nicole Croisille est l'inoubliable voix du « shabadabada » du film « Un homme et une femme », de Lelouch (1966), et de bien d'autres tubes. Depuis quelques années, on la retrouve de plus en plus souvent en tant que comédienne. Elle a notamment repris le rôle de Jacqueline Maillan dans « Coup de soleil », de Marcel Mithois.

Patrick Rocca, lui, quand il ne figure pas le supérieur hiérarchique de Julie Lescaut dans la série télé du même nom, a récemment repris « La cage aux folles » à Paris, mais aussi le rôle du vice-roi dans « La Périchole » de l'ORW à Toulouse, et pourrait bien être le Capitaine Haddock dans « Tintin et le temple du soleil » à Paris.

Cette distribution devrait séduire un large public - ainsi que les théâtres parisiens où l'ORW espère bien voir figurer son spectacle dès la rentrée prochaine...·

Au Petit théâtre de l'Opéra royal de Wallonie, à Liège, du 14 au 21 février. Infos au 04-221.47.20.


« Place aux autres, non ? »


ENTRETIEN

ERIC RENETTE

Nicole Croisille, on arrive à traduire Georges Simenon en « musical » ?

La trame et le texte sont d'une fidélité totale au roman. On ne pourra pas dire qu'on s'est servi d'un scénario connu pour faire une comédie musicale de divertissement. D'ailleurs, l'univers de Simenon ne colle pas à celui de la comédie, même si, dans cette adaptation, il y a des moments d'humour. On y retrouve deux personnages quasi en rupture de cercle social. Au départ, ils se jurent simplement de ne pas être seuls durant une nuit. Le duo de fin est le seul écart par rapport au roman qui, lui, se termine en points de suspension.

L'univers musical de Claude Lombard est-il approprié ?

Cela peut être considéré comme jazzy. On est dans l'univers que Michel Legrand des « Parapluies de Cherbourg » a amené : une mélodie soutenue par des rythmes plus jazz que classiques. En plus, Claude Lombard s'est attachée à ce qu'on ne puisse pas extraire la musique et les chansons de l'action.

Cela exige des aptitudes particulières pour une chanteuse comme vous ?

Un des intérêts du spectacle, c'est qu'on passe sans arrêt du parler au chanter. Ce que je fais déjà de plus en plus dans mon tour de chant où les gens demandent toujours que je chante les mêmes chansons. J'essaye alors de les interpréter différemment. En même temps, j'essaye de communiquer avec le public de plus en plus naturellement, d'être de plus en plus moi sur scène.

Ici, qui fut séduite : la chanteuse ou la comédienne ?

Je veux aller le plus loin possible dans ma profession de chanteuse. Pour moi, ce n'est plus un métier, c'est ma vie. Mais, pour une femme d'un certain âge, chanter les éblouissements de jeunes amoureuses finit par ne plus être crédible. Mieux vaut donc que la comédienne prenne le pas sur la chanteuse. Je suis plus sûre de trouver des rôles intéressants de femmes de mon âge. On aura toujours besoin de femmes vieillissantes, de grands-mères. Il faut aussi tenir compte du fait qu'à un moment donné, la voix change. Je n'ai pas envie de chanter moins bien sous prétexte que je suis plus âgée. Et puis, vous avez vu le nombre de jeunes qui sortent pour l'instant ? Place aux autres, non ? Moi, j'essaye juste d'avoir un train d'avance sur les événements.·

Le Soir du mardi 11 février 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002