Home   Bibliography  Reference  Forum  Plots  Texts  Simenon  Gallery  Shopping  Film  Links


lundi 5 mai 2003

Index

Livre - Le père du commissaire Maigret fut d'abord journaliste

Scoop sur les scoops de Georges Simenon

JOËL MATRICHE

Longtemps, Georges Simenon fut journaliste. Précoce, prolixe et relativement doué, il signa un bon milliers de papier durant les quatre années (de 1919 à 1922) qu'il passa à la Gazette de Liège. Ce sont ces billets, ces chroniques judiciaires, ces reportages que Lily Portugaels et Frédéric Van Vlodorp, directrice honoraire et chef d'édition à la Gazette, ont exhumé, disséqué, commenté, généreusement annoté et illustré. Les trophées ramenés de cette chasse aux scoops sont exposés dans un bel album qui vient de paraître aux éditions Luc Pire.

Pour Simenon, tout commence donc à 16 ans lorsque, forcé de trouver un emploi, il pousse la porte du quotidien liégeois et persuade le rédacteur en chef de l'époque, Joseph Demarteau, de lui confier un bloc-notes et un stylo. Quatre années durant, le petit Sim arpentera donc sa ville, en investira les coulisses, n'hésitant pas à bousculer, voire à créer, une actualité qu'il trouvait sans doute trop morne.

Ses scoops les plus retentissants ? Sans aucun doute l'interview du maréchal Foch, qu'une grande audace et un brin de chance lui permirent de réaliser dans un wagon de chemin de fer, en mars 1920. Et les auteurs d'encore relever, parmi de très nombreux autres reportages, son excursion en Allemagne occupée, les papiers d'ambiances écrits autour du stade du Standard, les expéditions en bateau de pêche sur la mer du Nord, les meilleures de ses chroniques judiciaires et bien sûr quelques-uns des 789 billets (intitulés « Hors du poulailler » puis « Causons… ») qu'il rédigea pour la Gazette afin de relater les menus aspects de la vie des Liégeois. Comme toujours dans ce genre, il y a du bon et du moins bon, mais à chaque lecture il faut se convaincre que l'auteur n'avait que 16, 17, 18 ou 19 ans, rappellent Lily Portugaels et Frédéric Van Vlodorp. Ses courses cyclistes, ses amitiés avec les artistes de La Caque, son passage sous les drapeaux, ses rapports avec Charlie Chaplin sont aussi présentés avec le même luxe d'explication et la même abondance iconographique. Le journaliste, admettait Simenon dans « Le bouton de col », est un homme qui connaît la langue des poètes et celle des apaches, qui s'assied à la table couverte de fleurs comme à celle dont les pieds branlent ; c'est un homme surtout qui écrit une ou deux colonnes sur un sujet dont il ne connaît pas le premier mot.·

Lily Portugaels et Frédéric Van Vlodorp, « Les scoops de Simenon », aux éditions Luc Pire, 35 euros.

Le Soir du lundi 5 mai 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002