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mercredi 12 février 2003

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Entretien avec Chabrol, qui a adapté deux romans. Bientôt le troisième ?

Pourquoi les cinéastes aiment Simenon

Nom. Claude Chabrol.
Naissance. Le 24 juin 1930, à Paris.
Fonctions. Réalisateur, acteur, dialoguiste, producteur et scénariste.
Particularité. Il fut connu comme l'un des chefs de file de la « Nouvelle vague », avec Jean-Luc Godard et François Truffaut.
Simenon. Il adapta au cinéma « Les fantômes du chapelier » et « Betty ».

FABIENNE BRADFER

Tavernier, Decoin, Autant-Lara, Granier-Deferre... Quelques cinéastes parmi d'autres à avoir porté Georges Simenon au grand écran. Un Simenon qui a toujours la cote auprès des jeunes réalisateurs, à l'image de Lucas Belvaux qui rêve de monter « Pedigree ». Parmi les fans de l'homme à la pipe, nous avons rencontré Claude Chabrol, qui a déjà adapté Simenon au cinéma à deux reprises : « Les fantômes du chapelier » (1982) et « Betty » (1992). Et il n'exclut pas une troisième adaptation...

Avez-vous une explication à la fascination que Simenon exerce sur les cinéastes ?

Ils sont souvent attirés pour de mauvaises raisons. Par une forme d'intrigue. Or, c'est ce dont Simenon se fichait le plus. Chez Simenon, en fait, tout se joue entre la profondeur des personnages et le style. Il a réussi à construire des intrigues uniquement à partir de personnages. Et ce sont eux qui fabriquent les événements, jamais le contraire. Mon cinéma se sent proche de ça. Certains des romans de Simenon, comme « Betty », n'ont pas vraiment d'histoire. Pour lui, lorsqu'il y a des humains pour incarner les personnages, les intrigues sont sans importance. Il disait : Regardons vivre les gens. J'ai adapté « Betty » pour me donner l'occasion d'essayer cette théorie.

Simenon disait aussi que les cinéastes sont des paresseux et des êtres sans imagination. Que lui répondre ?

Il a peut-être raison, parce que toute tentative d'adaptation se traduit presque toujours par une modification des structures du récit. Le récit simenonien est détruit et cela donne des films qui restent sur l'intrigue. « La veuve Couderc » et « Le chat » sont de bons films, mais ils n'ont plus rien à voir avec Simenon. Si on veut vraiment adapter Simenon en respectant l'auteur, il faut prendre un roman déterminé et faire littéralement l'illustration raisonnée et respirée à la virgule près. Surtout ne pas faire le malin, ni chercher à étoffer. C'est ce que j'ai essayé de faire avec « Betty ».

Que faut-il faire d'autre quand on adapte un Simenon ?

Garder les lieux qu'il a choisis parce qu'il les connaît intimement et que, dans son récit, ils sont indissociables des personnages.

Après « Les fantômes du chapelier » et « Betty », vous auriez envie d'adapter un troisième Simenon ?

Ça va sûrement m'arriver. J'ai à peu près tout lu de lui. Son style est merveilleux pour le cinéma. J'ai plusieurs tentations.

Et un Maigret ?

Le Maigret se fait à la télé. Parfois bien, parfois moins bien. Mais je ne vois pas l'intérêt de l'amener au cinéma. De plus, la série des « Maigret » serait une facilité qui ne m'intéresse pas car Maigret a une carte de police qui lui permet d'entrer n'importe où.·

Le Soir du mercredi 12 février 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002