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vendredi 9 mai 2003

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Liège: Censure et art public se mêlent place Saint-Lambert

Les pipes du commissaire Maigret font un tabac face au palais de justice

DESSART

RÉACTIONS

JOËL MATRICHE

Branché : C'est l'art qui descend dans la rue, qui se montre aux non-initiés. Pragmatique: Pour une fois, on va avoir des poubelles rigolotes. Amusé : Décorer des poubelles ? Voici enfin des artistes qui ne se prennent pas au sérieux. Simenonien : Dans sa vie ou dans son œuvre, le père de Maigret n'a jamais renié sa ville. Cet hommage supplémentaire est un juste retour des choses... Peu d'indifférents par contre, peu de sceptiques, de choqués, de critiques, de fâchés ou de râleurs : depuis une semaine, Liégeois et visiteurs défilent en nombre place Saint-Lambert, devant cette trentaine de poubelles, transformées en pipes géantes et décorées par des plasticiens.

Pierre, étudiant à Saint-Luc, se dit choqué par ceux qui sont choqués : J'ai des amis qui ne comprennent pas que des artistes acceptent de décorer ainsi des poubelles mais la vocation de l'artiste n'est-elle pas, justement, d'aller à la rencontre du public ?, s'étonne-t-il. Pourquoi ces œuvres devraient-elles rester enfermées dans les galeries et les musées ? A mon avis, on ne pouvait rêver meilleure initiation à l'art contemporain... De fait, il y a du monde qui défile entre les chalumeaux, davantage sans doute qu'à la plupart des vernissages : J'avais entendu parler de ces pipes à la radio mais je n'y avais pas prêté grande attention, confie un vieux monsieur, appareil photo en main. C'est en sortant du palais de justice que je les ai vues. Je me suis approché et je trouve ça charmant. C'est ludique, j'aime ça...

Peu savent pourtant que la collection n'est pas complète, une des œuvres ayant été refusée par les ayants droit de Georges Simenon. J'en ai entendu parler, explique Michel, commerçant mais surtout, féru d'art contemporain. Il ne comprend pas : Tout le monde sait que Jacques Lizène est un provocateur. On aime ou on n'aime pas ce qu'il fait mais quand on lui commande un travail, on sait à quoi s'attendre... J'appelle ça de la censure, pas autre chose.

Loin de ces chamailleries, un gamin regarde, perplexe, ces fumeuses poubelles : osera-t-il y jeter sa cannette de boisson gazeuse ? Sa mère le tire par le bras, tente de lui expliquer que ces récipients ne sont pas là pour ça, qu'il faut respecter le travail des artistes. Comme si, peinte ou sculptée, une poubelle changeait de statut. Dans quelques jours et jusqu'au mois de septembre, ces réceptacles seront toutefois dispersés aux quatre coins de la ville.·

Le Soir du vendredi 9 mai 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002