Titre. Maigret à l'école.
Lieu de l'action. Paris, Saint-André-sur-Mer près de La Rochelle.
Héros. Maigret et trois écoliers.
Forme. Récit d'une enquête.
Première publication. Presses de la Cité, 1954.
PIERRE MAURY
C'est
le printemps et Maigret a envie de prendre l'air. Il n'a rien à faire
dans les Charentes et le meurtre de Léonie Birard ne le concerne pas.
La vieille enquiquineuse n'est d'ailleurs regrettée par personne dans
le village de Saint-André-sur-Mer, trois cent vingt habitants et des
tas de misérables petits secrets que l'ancienne postière connaissait
tous. Mais Gastin, l'instituteur, est venu jusqu'à Paris pour se
mettre, selon ses propres mots, sous la protection du célèbre
commissaire. Etranger au village, il est certain d'être désigné
coupable. On ne l'aime pas beaucoup non plus.
Un autre jour,
ces histoires auraient peut-être ennuyé Maigret. Ce matin-là, avec le
soleil qui entrait par sa fenêtre et apportait des tiédeurs de
printemps, avec sa pipe qui avait un goût nouveau, il écoutait, un
vague sourire aux lèvres, les mots qui lui rappelaient un autre
village, où il y avait aussi des drames entre la postière,
l'instituteur, le garde champêtre.
Il se décide d'un
coup : il ramènera l'instituteur à Saint-André-sur-Mer, qu'il
n'aurait pas dû quitter, et profitera de quelques jours de congé, ce
qui ne lui est pas arrivé depuis longtemps, à manger des huîtres et à
boire du vin blanc.
Si le vin blanc est disponible en quantité,
il n'y a pas d'huîtres, ni même de moules : ce n'est pas le
moment. Et la mer ne sent pas assez la mer à son goût. Bref, le séjour
est plutôt morne. D'autant que l'enquête, dont bien sûr il se mêle à
titre privé, influence son humeur dans le mauvais sens. Tant qu'il
s'agit d'observer les gens de l'extérieur, ce n'est qu'un jeu plutôt
agréable. Puis le policier devient plus proche de leur comportement, on se surprend à penser comme eux et cela devient beaucoup moins drôle.
En
outre, l'affaire implique des enfants et Maigret n'est pas habitué à
leur manière de mentir, de travestir la réalité. Il est un peu
déstabilisé par une enquête qu'il conduira bien entendu à son terme, à
sa manière. Avec un effet très perceptible d'accélération dans les
événements, quand l'énigme est sur le point d'être résolue et qu'il a
hâte d'en finir, de boucler pour reprendre le train du soir.
Maigret
paraissait un peu triste, ou fatigué, comme presque chaque fois qu'il
en avait fini avec une affaire. Il était venu ici pour manger des
huîtres arrosées de vin blanc du pays.
Sous le signe de la déception, voici pourtant un excellent Maigret.·
Georges
Simenon, « Maigret à l'école ». Le Livre de poche, nº 14246,
192 pp., 5 euros, et « Tout Simenon », tome 7, Omnibus.