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LA MÉTHODE D'ENQUÊTE SELON MAIGRET:
UNE ABSENCE DE METHODE MÉTHODIQUE?

Michel Lemoine

[English translation]

 

«J'ai tué un homme!»
L'événement en lui-même surprit à peine le commissaire Maigret. S'il y a en effet des endroits au monde qui reçoivent les visites les plus inattendues, les plus effarantes, les plus loufoques, ce sont les rédactions de journaux et les bureaux de police.

Tels sont le titre du chapitre premier et le début d'un roman que les lecteurs de L'Œuvre ont pu découvrir dans leur journal le 1er mars 1930. Il y a fort a parier que ces lecteurs se doutaient bien peu, en lisant le nom de Maigret dès l'incipit, qu'ils étaient les premiers d'une longue série à pouvoir suivre une enquête de ce policier qui, jusqu'en 1972, allait en mener cent sept à travers soixante-dix-neuf romans et vingt-huit nouvelles. En effet, comment ces lecteurs auraient-ils pu s'imaginer, en prenant connaissance d'un modeste roman paraissant en feuilletons dans leur quotidien sous le titre La Maison de l'inquiétude et sous la plume d'un écrivain obscur signant Georges Sim, que naissait sous leurs yeux un des rares personnages qui allait devenir célèbre dans le monde entier, un des rares personnages littéraires du XX siècle, à vrai dire, qui ait atteint le niveau et la dignité du mythe? Peut-être cependant quelques-uns, parmi les plus perspicaces de ces lecteurs, ont-ils remarqué, le 4 avril, en terminant le dernier des trente-deux feuilletons proposés au jour le jour par L'Œuvre, qu'ils avaient été en présence d'un ton original, d'un héros qui apportait un sang neuf au roman policier de leur époque.

Il faut remarquer dès à présent qu'en rédigeant La Maison de l'inquiétude, vraisemblablement à Stavoren durant l'hiver 1929-1930, Simenon avait eu le temps de se faire la main puisqu'il avait déjà écrit auparavant trois autres romans populaires faisant intervenir un commissaire Maigret: Train de nuit, La Figurante et La Femme rousse, respectivement signés Christian Brulls, Christian Brulls et Georges Sim et sans doute composés aux Pays-Bas durant la deuxième moitié de l'année 1929. Toutefois, ces fictions écrites avant La Maison de l'inquiétude ont toutes connu une publication postérieure. Nous aurons l'occasion de revenir plus tard sur l'image «préhistorique» de Maigret qu'elles nous offrent.

Rédigés selon un rythme extrémement rapide et soutenu de mai 1930 à mai 19321, les dix-sept premiers romans de Maigret signés de son véritable patronyme par Simenon paraissent de février 1931 à juillet 1932. Un dix-huitième et un dix-neuvième, écrits et parus en 1933 et 19342, complètent la série de ces romans publiés chez Fayard, série qui forme incontestablement un ensemble puisque Simenon était alors bien décidé à abandonner Maigret qu'il avait même mis à la retraite (le commissaire reverra pourtant le jour en 1936 et 1938 dans deux séries de nouvelles avant de reprendre du service romanesque en décembre 19393). Dès la publication de ces premiers romans de Maigret, certains journalistes — et il est parmi eux d'éminents critiques de l'époque — prennent ces fictions «policières» au sérieux dans les comptes rendus qu'il fournissent aux journaux et revues, ne manquant pas de souligner, d'une part, l'originalité de Simenon dans le contexte policier du début des années trente, et d'autre part, l'originalité de Maigret dans sa facon de mener une enquête4. On constate par exemple que Maigret rompt avec la tradition de l'enquêteur déductif et logicien tout en s'humanisant davantage: «Nous sommes loin [...] des automates que nous rencontrons dans la plupart des romans policiers. Ici nous avons affaire à des humains»5, de sorte que «l'on peut lire ces romans sans se reprocher, après lecture, d'avoir perdu son temps à suivre dans ses détours un exercice purement artificiel et romanesque»6. Quelques critiques décèlent déjà à ce moment que parmi les facteurs de cette humanisation de Maigret, par rapport aux enquêteurs précédents, figure le procédé consistent, pour le commissaire, à s'identifier avec certains personnages à propos desquels il enquête: «Maigret découvre la vérité parce qu'il a revécu intimement les expériences d'une victime qui, à certains égards, lui ressemblait. Au service de son intelligence, il met une sympathie de médium»7, remarque René Lalou à propos de Liberty-Bar. John Charpentier note, lui aussi, que le commissaire «trouve comme une projection de lui-même dans Liberty-Bar»8. De même, on a tôt fait de remarquer que Maigret s'imbibe en quelque sorte des lieux, des décors dans lesquels il évolue9. Faut-il en effet préciser que ces critiques mettent en avant l'atmosphère, composante essentielle de ces premiers romans de Simenon, et entrevoient dans ces récits une dimension autre que l'élucidation d'une énigme policière, leur accent étant surtout placé sur des drames profonds que l'on qualifie, faute de mieux, de psychologiques: «Un roman policier?» se demande le critique de L'Avenir à propos de L'Affaire Saint-Fiacre. «Mieux que cela. Sans doute il s'agit de découvrir l'auteur d'un crime, mais c'est bien plutôt à une enquête psychologique que nous assistons»10. Et John Charpentier considère que Chez les Flamands, Le Fou de Bergerac et Le Port des brumes posent certes des énigmes à résoudre par un enquêteur, mais que ces énigmes «relèvent plus du roman psychologique que du roman policier»11. Sans nous appesantir sur ces propos qui risquent de nous éloigner de l'enquête proprement cite, il faut pourtant remarquer que d'originalité en renouvellement, on en arrive à se demander, à l'époque, si les romans de Maigret méritent encore l'appellation péjorative de policiers. Retenons à ce sujet l'opinion de Daniel Rops avouant que ces romans lui «paraissent, de façon intrinsèque, infiniment supêrieurs à maints ouvrages, que, depuis quinze ans, on nous a prèsentés sous la couverture fallacieuse de romans littéraires»12. Nous ne pouvons que louer la sagacité de ces lecteurs attentifs qui, avant beaucoup d'autres, ont su cerner la spécificité de ces romans policiers hors du commun.

A partir de 1939 donc, nous l'avons signalé, Maigret retrouve la scène romanesque et nous le découvrirons à nouveau dans plus de cinquante romans et quelques nouvelles, assez sans doute pour nous faire une idée de sa méthode d'enquête... En manière d'exergue à cette partie, il nous plairait de rappeler la déclaration qu'aurait adressée l'éditeur Fayard à l'écrivain venu lui présenter les manuscrits des premières investigations de Maigret: «Vos romans ne sont pas de vrais romans policiers. Un roman policier se déroule comme une partie d'échos dont le lecteur doit posséder toutes les données. Rien de tel chez vous. Votre commissaire n'est pas infaillible»13. Une telle réaction était bien compréhensible à l'époque. En effet, si nous considérons que les romans de Maigret se rapprochent le plus de la catégorie policière du roman à énigme, catégorie dont ils adoptent le schéma à quelques exceptions près, nous constatons que l'intrigue policière y est le plus souvent peu rigoureuse, réduite de surcroît au minimum dans les romans de l'après-guerre, et que leurs énigmes présentent un aspect contestable, voire des incohérences ou des erreurs de détail. Mais ce manque de rigueur logique, déjà relevé par Thomas Narcejac14, est lié à une différence fondamentale de méthode entre Maigret et ses prédécesseurs, c'est-à-dire les enquêteurs des romans policiers antérieurs à sa venue au monde littéraire. Dans ces romans, le détective ou le policier chargé de l'enquête se doit d'être supérieure ment intelligent, de manière à débrouiller les fils d'une affaire que l'auteur s'ingénie à rendre peu intelligible. Or, Maigret, lui, ne raisonne pas. On ne connaît que trop les répliques qu'il lance aux interlocuteurs qui, au cours d'une enquête, lui demandent ce qu'il pense, quelles sont ses idées et sa méthode. Invariablement, la réponse est qu'il ne pense rien, qu'il n'a pas d'idées et que sa méthode est précisément de ne pas en avoir. Ainsi, au super-détective classique, champion incontesté de la déduction, Maigrret oppose son intuition, ce qui a fait dire à Jules Bedner, non sans un brin d'ironie, que le commissaire «serait à l'antipode d'un Sherlock Holmes»15.

En quoi consiste vraiment cet aspect intuitif du personnage? Nous nous proposons de l'observer à travers quelques brefs extraits du corpus.

Loin de se comporter en homme de bureau qui attendrait tranquillement le résultat des investigations de ses collaborateurs, Maigret n'hésite pas à descendre dans la rue. Cet homme préoccupé par le sort de ses semblables croit profondément qu'il existe entre l'individu et son cadre de vie des liens qui peuvent parfois expliquer une existence et ses drames; il importe donc de se rendre sur place, d'aller voir les lieux, de les renifler. Dans Mon Ami Maigret (1949), il est tenté d'abandonner ces principes en raison de la présence à ses côtés de l'inspecteur Pyke, de Scotland Yard, précisément venu en France pour étudier les méthodes du commissaire:

Il s'était vaguement promis, à cause, justement, de M. Pyke, de se comporter ce matin-là en haut fonctionnaire de la police. En principe un commissaire de la PJ ne court pas les rues et les bistrots à la recherche d'un assassin. C'est un monsieur important, qui passe la plupart de son temps dans son bureau, dirige, tel, dans son QG, un général, une petite armée de brigadiers, d'inspecteurs et de technicians.
Maigret n avait jamais pu s'y résoudre. Comme un chien de chasse, il avait besoin de fureter en personne, de gratter, de renifler les odeurs16.

Au-delà des odeurs, c'est évidemment les autres que le commissaire désire «renifler». Il lui arrive même parfois d'éviter de rentrer prendre ses repas chez lui afin de ne pas rompre la perception qui le lie à tel milieu. Ainsi dans Maigret et les témoins récalcitrants (1959) où le commissaire mène l'enquête à Ivry, chez les Lachaume qui vivent de manière particulièrement étouffante dans leur immeuble du quai de la Gare:

Au fond — et sa femme devait le soupçonner depuis longtemps — si Maigret. lorsqu'il était plongé dans une enquête, rentrait rarement chez lui pour les repas, c'était moins pour gagner du temps que pour rester comme replié sur lui-même, à la façon d'un dormeur qui, le matin, se recroqueville, entortillé dans les couvertures, pour mieux s'imprégner de sa propre odeur.
C'était l'intimité des autres, en somme, que Maigret reniflait, et maintenant, par exemple, dans la rue, les mains dans les poches de son pardessus, de la pluie sur le visage, il restait plongé dans l'ahurissante atmosphère du quai de la Gare.
N'était-ce pas naturel qu'il répugne à rentrer chez lui, à retrouver son appartement, sa femme, ses meubles, un ordre de choses comme definitif qui n'avait rien à voir avec des Lachaume plus ou moins dégénérés?
Ce repliement sur lui-même et d'autres manies, y compris sa mauvaise humeur légendaire dans ces moments-là, son dos rond, ses airs bourrus, faisaient partie d'une technique qu'il avait inconsciemment mise au point avec les années17.

Au reste, Maigret est conscient de tâtonner avant de saisir le fil conducteur qui le mènera à la résolution de son problème, tâtonnement qui n'est d'ailleurs pas sans analogie avec la facon d'écrire de Simenon18: dans l'extrait suivant de La Guinguette à deux sous (1931), proposé par Jean Claude Vareille19, il suffirait de remplacer les termes propres à l'enquête policière par ceux du lexique de la création littéraire pour voir apparaître la manière dont Simenon composait ses romans:

Il avait quelques centaines d'enquêtes à son actif. Il savait que presque toutes se font en deux temps, comportent deux phases différentes.
D'abord la prise de contact du policier avec une atmosphère nouvelle, avec des gens dont il n'avait jamais entendu parler la veille, avec un petit monde qu'un drame vient d'agiter.
On entre là-dedans en étranger, en ennemi. On se heurte à des êtres hostiles, rusés ou hermétiques.
La période la plus passionnante, d'ailleurs, aux yeux de Maigret. On renifle. On tâtonne. On n'a aucun point d'appui, souvent aucun point de départ. On regarde des gens s'agiter et chacun peut être le coupable ou un complice.
Brusquement on saisit un bout du fil et voilà la seconde période qui commence. L'enquête est en train. L'engrenage est en mouvement. Chaque pas, chaque démarche apporte une révélation nouvelle, et presque toujours le rythme s'accélère pour finir par une révélation brutale.
Le policier n'est plus seul à agir. Les événements travaillent pour lui, presque en dehors de lui. Il doit les suivre, sans se laisser dépasser20.

Dans cette première phase de l'enquête, le commissaire ne se contente pas de «renifler» : il s'imprègne d'un milieu, à la façon d'une éponge. Soyons plutôt attentifs aux verbes de l'extrait suivant du Voleur de Maigret (1967) relevé par Alain Bertrand21:

C'était un mauvais moment à passer. Dans presque toutes ses enquêtes, Maigret connaissait cette période plus ou moins longue de flottement pendant laquelle, comme disaient tout bas ses collaborateurs, il avait l'air de ruminer.
Durant la première étape, c'est-à-dire quand il se trouvait soudain face à face avec un milieu nouveau, avec des gens dont il ne savait rien, on aurait dit qu'il aspirait machinalement la vie qui l'entourait et s'en gonflait comme une éponge.
Il l'avait fait la veille au Vieux-Pressoir, sa mémoire enregistrant à son insu les moindres détails de l'atmosphère, les gestes, les jeux de physionomie de chacun. [...]
A présent, il avait absorbé une quantité d'impressions, tout un fouillis d'images, de phrases prononcées, de mots plus ou moins importants, de regards surpris, mais il ignorait encore ce qu'il en ferait.
Ses familiers savaient qu'il valait mieux ne pas lui poser de questions, ni le regarder d'un œil interrogateur, car il devenait volontiers bougon22.

Le commissaire aspire, se gonfle, enregistre, absorbe. L'enquête est à ce moment considérée et perçue comme une digestion d'éléments — aliments? — ingérés. Comment s'opère la déglutition? «Machinalement» ou même «à son insu» : subissant «la poussée de l'inconscient» tout en ayant toujours «faim d'autrui» , Maigret «se veut transparent, comme un objectif photographique qui enregistrerait les détails et dont la révélation passerait par les tréfonds de l'être»23. La digestion n'est pourtant pas aisée puisque Maigret rumine et devient «volontiers bougon».

Parmi beaucoup d'autres romans, nous trouvons un exemple caractéristique d'imprégnation dans Maigret et la vieille dame (1950) où le commissaire est appelé à l'aide par Valentine Besson qui habite à Etretat dans une maison située à la limite de la campagne:

Il ne pensait pas du tout. Il la regardait, les yeux un peu troubles, avec du soleil qui jouait entre eux deux. Un vague sourire flottait sur ses lèvres — Mme Maigret aurait dit qu'il était béat — tandis qu'il se demandait sans rien prendre au tragique, comme un jeu, s'il était possible de démonter une femme comme celle-là.
Il prenait son temps, la laissait parler encore, portent parfois à ses lèvres son verre de calvados, et l'odeur fruitée de l'alcool devenait pour lui l'odeur de la maison, avec un fumet de bonne cuisine, une pointe d'encaustique et de «propre». [...]
Le jardinier paraissait derrière la porte vitrée et attendait sans bouger, sûr qu'on finirait par le voir.
—Vous m'excusez un instant? Il faut que j'aille lui donner des instructions.
Tiens! Il y avait un tic-tac d'horloge auquel il n'avait pas encore pris garde, et il finit par identifier le bruit régulier qui venait du premier étage: c'était le ronron du chat sans doute couché sur le lit de sa maitresse, qui s'entendait à travers le plafond léger de cette maison-joujou.
Le soleil, que les carreaux découpaient en menus morceaux, dansait sur les bibelots, où il mettait des reflets, et dessinait sur le vernis de la table la forme tres nette d'une feuille de tilleul. Mme Leroy, dans la cuisine, faisait assez de vacarme pour que l'on pût croire qu'elle changeait le mobilier de place. Le grattement reprit dans le jardin.
Maigret eut l'impression de n'avoir pas cessé d'entendre le grattement, et pourtant quand il ouvrit les yeux, il fut surpris de voir le visage de Valentine à un mètre de lui.
Elle s'empressa de lui sourire, pour éviter qu'il se sente mal à l'aise, cependant qu'il murmurait, la bouche pâteuse:
—Je crois que j'ai sommeillé24.

Il nous est précisé d'emblée dans cet extrait que Maigret ne pense pas. Il se montre en revanche particulièrement réceptif à tout ce qui est sensoriel: les cinq sens sont en effet sollicités, y compris le toucher si l'on admet que l'action du soleil peut être ainsi perçue. Maigret absorbe tout, absorbe la vie, en fait, dans sa dispersion, sans qu'une explication ait lieu. Les impressions ingurgitées, il les laisse se décanter et murir dans l'isolement, traduit ici par le sommeil.

Deuxième phase: les personnages se mettent à vivre en Maigret qui n'est plus lui-même, ne s'appartient plus. Habité par l'affaire en cours, il atteint une sorte d'état halluciné où il lui importe à nouveau de ne pas penser, mais bien de sentir, selon le précepte rousseauiste. Le cas est d'autant plus frappant dans Maigret s'amuse (1957) que le commissaire n'est pas chargé de l'enquête dont il ne prend connaissance que par les journaux:

Sa femme comme ses collaborateurs, connaissait bien cette tête-là. Quai des Orfëvres, quand cela le prenait, on marchait sur la pointe des pieds et on parfait à voix basse, car il était alors capable d'une colère aussi violente que breve qu'il était le premier, ensuite, à regretter.
Mme Maigret poussait la prudence jusqu'à ne pas regarder de son côté et feignait de parcourir la page féminine du journal, sans cesser d'être attentive aux réactions de son mari.
Lui-même, sans doute, n'aurait-il pas pu dire à quoi il pensait. Peut-être parce qu'il ne pensait pas? Car il ne s'agissait pas d'un raisonnement. C'était un peu comme si les trois personnages du drame s'étaient mis à vivre en lui, et les comparses eux-mêmes [...] n'étaient plus seulement des entités mais devenaient des êtres humains.
Hélas, c'étaient encore des humains incomplets, schématiques. Ils restaient dans une pénombre dont le commissaire s'efforçait de les tirer d'un effort presque douloureux.
Il sentait la vérité toute proche et il était impuissant à la saisir.
Des deux hommes, l'un était coupable, l'autre innocent. Parfois ses lèvres s'entrouvraient comme pour prononcer un nom et après une hésitation, il y renonçait.
Il n'y avait pas, comme dans la plupart des cas, une seule solution possible. Il y en avait au moins deux.
Pourtant une seule était la bonne, une seule était la vérité humaine. Il fallait, non la découvrir par un raisonnement rigoureux, par une reconstitution logique des faits, mais la sentir25.

L'extrait suivant de Maigret et la vieille dame (1950) utilise la notion de grouillement pour désigner ce même stade où Maigret commence à percevoir les personnages «par le dedans» :

Il savait qu'il y avait un moment comme celui-là à passer au cours de chaque enquête [...]
C'était quand, [...] à un moment donné, comme sans raison, cela «se mettait à grouiller». Les personnages devenaient à la fois plus flous et plus humains, plus compliqués surtout et il fallait faire attention.
En somme, il commençait à les voir par le dedans, tâtonnait mal à l'aise, avec l'impression qu'il ne faudrait plus qu'un petit effort pour que tout se précise et pour que la vérité apparaisse d'elle-même26.

La même phase, décrite dans Maigret à New York retient l'idée selon laquelle Maigret entre «en transe» lorsque les personnages cessent «d'être des entités [...] pour devenir des hommes». Il serait à nouveau facile de reconnaître sous la démarche de Maigret celle de l'écrivain se livrant à la création de son monde romanesque27:

Au Quai des Orfèvres, [...] on disait de Maigret dans ces moments-là:
—Ca y est. Le patron est en transe.
L'irrespectueux inspecteur Torrence, lui, qui n'en avait pas moins un véritable culte pour le commissaire, disait plus crûment:
—Voilà le patron dans le bain.
«En transe» ou «dans le bain» , c'était en tout cas un état que les collaborateurs de Maigret voyaient venir avec soulagement. Et ils étaient arrivés à en deviner l'approche à de petits signes avant-coureurs, à prévoir avant le commissaire le moment où la crise se déclarerait [...]
Cela se passait d'une façon assez curieuse, que Maigret n'avait jamais eu la curiosité d'analyser, mais qu'il avait fini par connaitre à force d'en entendre parler avec de multiples détails par ses collègues de la Police judiciaire.
Pendant des jours, parfois des semaines, il pataugeait dans une affaire, il faisait ce qu'il y avait à faire, sans plus, donnait des ordres, s'informait sur les uns et sur les autres, avec l'air de s'intéresser médiocrement à l'enquête et parfois de ne pas s'y intéresser du tout.
Cela tenait à ce que, pendant ce temps-là, le problème ne se présentait encore à lui que sous une forme théorique. Tel homme a été tué dans telles et telles circonstances. Un tel et Un tel sont suspects.
Ces gens-là, au fond, ne l'intéressaient pas. Ne l'interessaient pas encore.
Puis soudain, au moment où on s'y attendait le moins, où on pouvait le croire découragé par la complexité de sa tàche, le déclic se produisait.
Qui est-ce qui prétendait qu'à ce moment-là il devenait plus lourd? [...] Ce n'était qu'une boutade, mais elle rendait bien la vérité. Maigret, tout à coup, paraissait plus épais, plus pesant. Il avait une façon différente de serrer sa pipe entre ses dents, de la fumer à bouffées courses et très espacées, de regarder autour de lui d'un air presque sournois, en réalité parce qu'il était entièrement pris par son activité intérieure.
Cela signifiait en somme, que les personnages du drame venaient pour lui, de cesser d'être des entités, ou des pions, ou des marionnettes, pour devenir des hommes.
Et ces hommes-là, Maigret se mettait dans leur peau. Il s'acharnait à se mettre dans leur peau.
Ce qu'un de ses semblables avait pensé, avait vécu, avait souffert, n'était-il pas capable de le penser, de le revivre, de le souffrir à son tour?
Tel individu, à un moment de sa vie, dans des circonstances déterminées, avait réagi, et il s'agissait, en somme, de faire jaillir du fond de soi-même, à force de se mettre à sa place, des réactions identiques28.

Cet extrait se termine par la théorie de l'identification. Même si ce procédé est loin de se produire dans tous les romans de Maigret, on constate en tout cas, dans plusieurs de ces romans, que le commissaire, obnubilé par la soif de comprendre l'affaire en cours, en arrive à se mettre dans la peau de celui qui l' intéresse, coupable ou victime, et ce, non de façon intellectualisée, comme cela se produit parfois chez Poe et d'autres auteurs de romans policiers antérieurs, mais de manière à attribuer à cette particularité «une valeur affective»29. Ce fait est particulièrement sensible, outre Maigret à New York, dans M. Gallet, décédé, Un Crime en Hollande, Le Port des brumes, Le Fou de Bergerac, Liberty-Bar, Cécile est morte, La Maison du juge, Signé Picpus, L'Inspecteur Cadavre, Maigret et la Grande Perche ou Maigret à Vichy. Voyons plutôt quelques exemples typiques d'identification dans ces citations de Félicie est là (1944), une enquête qui entraîne Maigret à Orgeval et au cours de laquelle il a maintes fois l'occasion de se mettre dans la peau de la victime, Jules Lapie, dit Jambe-de-Bois:

Un jour qu'un criminologiste étranger le questionnait sur les méthodes de Maigret, le directeur de la PJ a répondu avec un sourire énigmatique:

—Maigret? Que voulez-vous que je vous dise? Il s'installe dans une enquête comme dans des pantoufles...
Aujourd'hui, il s'en faut de peu que le commissaire chausse, sinon les pantoufles de la victime, tout au moins ses sabots. Car ils sont là, à droite du seuil, à une place qu'on sent si bien la leur! Tout est à sa place. Sans l'absence de Félicie, Maigret pourrait croire que la vie continue comme par le passé dans la maison, qu'il est lui-même Lapie, qu'il va se diriger à pas lents vers la plate-bande inachevée pour en finir avec ce rang de tomates à repiquer. [...]
Il fait doux. Le ciel vire sensiblement au violet. Des bouffées fraiches viennent de la campagne et Maigret se surprend, la pipe aux dents, à se tenir un peu voûté, comme se tenait Lapie. Voilà même que, en se dirigeant vers le cellier, il traine la jambe gauche. [...]
Pourquoi l'a-t-on tué? Maigret ne peut s'empêcher de penser qu'un jour il sera à la retraite, lui aussi, il aura une petite maison à la campagne, un jardin, un vaste chapeau de paille... [...]
Allons! [...] Il faut se mettre davantage dans la peau du bonhomme.
Maigret a une façon de s'étaler, de s'épanouir, de respirer la vie par tous les pores... Il regarde autour de lui ce décor qui lui est devenu si familier que, par une sorte de mimétisme, il prend les allures des habitants... [...]
Il a trop peu dormi ces dernières nuits, il mange à la diable, il boit n'importe quoi, au vol, il lui semble qu'il est obligé, par ce sacré métier qu'il a choisi, de vivre la vie de tout le monde au lieu de vivre tranquillement la sienne30.

Le comble: même Madame Maigret a quelque peine à reconnaître son mari quand il est dans cet état où il devient un autre non seulement mentalement, mais aussi physiquement, comme nous l'avons remarqué dans Félicie est là. Simenon adoptait la même attitude quand il écrivait, au point que ses proches tentaient alors de deviner en le regardant les traits moraux et physiques de son héros. Lisons plutôt ce court passage de Maigret et l'homme du banc (1953) où la victime se nomme Louis Thouret:

Pendant le déjeuner, sa femme le regarda avec plus d'attention que d'habitude.
Elle finit par questionner:
—Qu'est-ce que tu as?
—Qu'est-ce que j'aurais?
—Je ne sais pas. Tu ressembles à quelqu'un d'autre.
—A qui?
—A n'importe qui. Tu n'es pas Maigret.
Il rit. Il pensait tellement à Louis qu'il finissait par se comporter comme il imaginait que celui-ci l'aurait fait par prendre ses expressions de physionomie31.

A ce moment, le don d'ubiquité est proche. Lorsque Maigret a fait le plein, quand il s'est suffisamment imprégné d'un milieu et identifié à autrui, il n'est pas loin d'avoir résolu l'affaire qui lui a été confiée. Ainsi, dans cette page de L'Inspecteur Cadavre (1944), le village vendéen où les Naud l'ont appelé à la rescousse n'a plus de secrets pour lui:

Maintes fois, à la PJ on l'avait plaisanté sur le Maigret de ces moments-là. Il savait qu'on en parlait derrière son dos aussi.
Un Maigret qui semblait se gonfler outre mesure, devenir épais et lourd, comme insensible, comme aveugle et muet, un Maigret que le passant ou l'interlocuteur non averti eussent pu prendre pour un gros imbécile ou pour un gros endormi.
—En somme, lui avait dit quelqu'un qui se piquait de psychologie, vous concentrez vos pensées?
Et lui avait répondu avec une sincérité comique:
—Je ne pense jamais.
C'était presque vrai. Ainsi, à présent debout dans la rue humide et froide, il ne pensait pas. Il ne suivait aucune idée. [...]
—Il y a un moment, au cours d'une enquête, racontait Lucas, où le patron se gonfle soudain comme une éponge. On dirait qu'il fait le plein.
Mais le plein de quoi? Pour l'instant par exemple il faisait le plein de brouillard et de nuit. Ce n'était plus un village quelconque qui l'entourait. Il n'était pas lui-même un monsieur quelconque que le hasard avait jeté dans ce décor.
Il était quelque chose comme Dieu le Père. Ce village, il le connaissait comme s'il y avait toujours vécu, ou mieux, comme s'il en était le créateur. Toutes les petites maisons basses tapies dans le noir, il en savait la vie, il croyait voir hommes et femmes se retourner dans la moiteur de leur lit, il suivait le fil de leurs rêves, une petite lumière lui révélait un bébé à qui une maman à demi assoupie tendait un biberon tiède, il sentait les lancinements de la malade et prévoyait les réveils en sursaut de l'épicière somnambule.
Il était au café, autour des tables brunes et polies, avec les hommes qui maniaient des cartes crasseuses et comptaient des jetons jaunes et rouges.
Il etait dans la chambre de Geneviève. Il souffrait avec elle dans son orgueil d'amante. Car elle souffrait dans son orgueil d'amante. Elle venait de vivre, sans doute, la journée la plus pénible de sa vie, et qui sait si elle ne guettait pas le retour de Maigret pour se glisser une fois encore dans sa chambre?
Mme Naud ne dormait pas. Elle était couchée, mais elle ne dormait pas, et, dans l'obscurité de sa chambre, elle guettait les bruits de la maison, se demandant pourquoi Maigret ne rentrait pas, imaginant son mari, dans le salon, qui se morfondait, partagé entre l'espoir que lui donnait son coup de télephone et les inquiétudes nées de l'absence du commissaire.
Maigret sentait la chaleur des vaches dans l'étable, il entendait les ruades de la jument, il imaginait la vieille cuisinière en camisole...
Et chez Groult... 32

Nous en sommes ainsi arrivés à l'état euphorique où Maigret est «quelque chose comme Dieu le Père» , le créateur d'un monde qu'il a le sentiment de comprendre dans ses moindres particularités, non parce qu'il l'a appréhendé de l'extérieur, mais parce qu'il se l'est au contraire intériorisé. On est dès lors d'autant plus autorisé à voir en un tel passage l'«image la plus nette et la plus développée de la création romanesque»33. Le romancier n'est-il pas le singe de Dieu?

On aura compris que Maigret n'est pas un enquêteur tout à fait ordinaire: il ne lui suffit pas de découvrir ou d'identifier un coupable; sa passion est davantage celle de la compréhension de l'individu, coupable ou victime à nouveau. Sans oublier qu'il existe aussi des personnages qui lui sont indifférents ou qu'il déteste-et Jean Forest a montré que quand Maigret déteste, il déteste bien34! — , on ne peut manquer de rapprocher cette morale de la compréhension de celle de Simenon lui-même, pour qui comprendre importe davantage que juger. Humanité de Maigret, donc, humanité dont les journaux se sont fait l'écho ainsi que le montre cet extrait du Revolver de Maigret (1952):

Dans une couverture de carton qui avait été arrachée à un cahier d'écolier, se trouvaient des coupures de journaux, certaines illustrées de photographies.
Maigret, sourcils froncés, lisait les titres, parcourait les textes, cependant que Janvier le regardait d'un drole d'air.
Tous les articles, sans exception, parlaient du commissaire, et certains dataient de sept ans. C'étaient des comptes rendus d'enquêtes, parus au jour le jour, avec, souvent, le résumé de la séance des Assises.
—Vous ne remarquez rien, patron? En vous attendant j'ai pris la peine de les lire de bout en bout.
Maigret remarquait quelque chose dont il préférait ne pas parler.
—On jurerait, n'est-ce pas, qu'on a choisi les affaires où vous avez eu plus ou moins l'air de défendre le coupable.
Un des articles s'intitulait même : "Le commissaire est bon enfant».
Un autre était consacré à une déposition de Maigret, aux Assises, déposition au cours de laquelle toutes ses réponses montraient sa sympathie pour le jeune homme qu'on jugeait.
Plus clair encore était un autre article, paru un an auparavant dans un hebdomadaire, qui ne traitait pas d'un cas particulier, mais de la culpabilité en général, et qui s'intitulait: «L'humanité de Maigret».
—Qu'est-ce que vous en pensez? Ce dossier prouve que le bonhomme vous suit depuis longtemps, s'intéresse à vos faits et gestes, à votre caractère.
Des mots étaient soulignés au crayon bleu, entre autres les mots «indulgence» et «compréhension».
Enfin un passage était entièrement encadré, celui où un journaliste racontait le dernier matin d'un condamné à mort et révélait qu'après avoir refusé le prêtre, le condamné avait demandé la faveur d'un dernier entretien avec le commissaire Maigret35.

Maigret est d'ailleurs devenu policier par hasard, puisqu'il a d'abord entrepris des études de médecine qu'il a abandonnées à la mort de son père. Pourtant, il s'agissait encore là d'un pis-aller pour celui qui avait rêvé, tout comme Simenon, s'il faut l'en croire, d'être un «raccommodeur de destinées» , comme nous le lisons dans Maigret et le corps sans tête (1955):

Ce n'était pas de l'inquiétude que ressentait le commissaire, mais un intérèt comme il n'avait pas eu depuis longtemps l'occasion d'en porter à un être humain.
Lorsqu'il était jeune et qu'il rêvait de l'avenir, n'avait-il pas imaginé une profession idéale qui, malheureusement, n'existe pas dans la vie réelle? Il ne l'avait dit à personne, n'avait jamais prononcé les deux mots à voix haute, fût-ce pour lui-même : il aurait voulu être un «raccommodeur de destinées».
Curieusement, d'ailleurs, dans sa carrière de policier, il lui était arrivé assez souvent de remettre à leur vraie place des gens que les hasards de la vie avaient aiguillés dans une mauvaise direction. Plus curieusement, au cours des dernières années, une profession était née, qui ressemblait quelque peu à celle qu'il avait imaginée: le psychanalyste, qui s'efforce de révéler à un homme sa vraie personnalité36.

Peut-on encore parler à ce stade de simples romans policiers? Il semble plutôt que les romans de Maigret participent de la même recherche de la condition humaine que les cent dix-sept autres romans de Simenon. En effet, même lorsque nous lisons ces romans «policiers» où l'auteur n'a pas hésité à infléchir les lois du genre en fonction de cette recherche, nous nous posons finalement moins la question de savoir qui a tué que de savoir qui nous sommes: «Ce que les gens cherchent, n'est-ce pas d'apprendre jusqu'où l'homme peut aller, dans le bien comme dans le mal?»37 Nous avons d'ailleurs tenté jadis de montrer, sur ce point, l'unité de l'œuvre romanesque signée par Simenon de son véritable patronyme38. Nul doute en tout cas que le romancier aurait pu reprendre à son compte cette réflexion qu'il prête à Maigret: «Toute sa vie il s'était efforcé d'oublier les différences de surface qui existent entre les hommes, de gratter le vernis pour découvrir, sous les apparences diverges, l'homme tout nu»39.

Mais voici qui risque de nous mener loin de l'enquête elle-même. Retournons-y pour constater que la plupart des commentateurs de l'auteur, depuis Thomas Narcejac40, ont consacré plusieurs pages, sinon plusieurs chapitres à l'enquête selon Maigret et Simenon. Parmi ces exégètes de la chose simenonienne, on se doit de retenir l'analyse savante de Jean Fabre41, l'exposé brillant d'André Vanoncini42, le travail ingénieux et nuancé de Jules Bedner43, l'étude volontiers iconoclaste de Jean Forest44 et l'examen rigoureux d'Alain Bertrand45 pour qui la série des romans de Maigret et, par conséquent, chaque enquête présentent «une structure narrative comprenant cinq étapes spécifiques: l'affaire, l'éponge, la rumination, la révélation ou l'expulsion46, et la vérification de l'hypothèse»47. Enfin, développant une thèse de Massimo Bonfantini48, Salvatore Cesario a récemment mis en avant la séduisante théorie selon laquelle la méthode de Maigret relève de l'abduction peircienne49. Quoi qu'il en soit, tous insistent sur les divers points que nous avons mis en évidence ci-dessus et que résume fort bien André Vanoncini:

L'enquête suit de manière assez fidèle le schéma du roman à énigme. Et il ne fait pas de doute que c'est en imitant ce modèle que Simenon a appris à maîtriser l'écriture policière. Mais il est tout aussi évident que son enquêteur ne se contente pas d'emprunter la voie classique menant d'une énigme à sa solution logique. Il a même tendance à mépriser cette démarche quand elle élimine toute autre approche, défaut qu'il reproche au juge d'instruction Coméliau. La véritable force de Maigret lui vient de son don de communiquer, voire de communier avec le monde. Avant la moindre analyse-action rationnelle, il capte des impressions atmosphériques: cycles journaliers ou saisonniers changements de temps, automatismes de la vie quotidienne, ambiance d'un lieu. A travers son regard, se révèle la vitalité d'un espace et d'un milieu telle que le genre policier ne l'a pas connue auparavant50.

*   *   *

Cette synthèse d'André Vanoncini nous y fait... penser: tout ceci signifie-t-il que Maigret est imperméable aux techniques de la police scientifique et à la réflexion rationaliste ou logique chère aux champions de la cérébralité qui l'ont précédé? Certes non. D'une part, les indices matériels sont bien présents dans ces fictions policières et Maigret ne peut pas ne pas en tenir compte; il attend même parfois avec impatience les conclusions du médecin légiste, incarné le plus souvent par le célèbre docteur Paul, mentionné dans pas moins de trente-deux enquêtes, et il fréquente assidûment les laboratoires de l'Identité judiciaire où l'inspecteur Joseph Moers, dans trente enquêtes, constitue pour lui un précieux adjuvant. Pourtant, ces indices et ces techniques ne constituent généralement que le point de départ, une base sur laquelle appuyer le début de l'enquête, et le commissaire se montre tellement éloigné des seules méthodes de la police scientifique, il la méprise parfois si ouvertement, allant même jusqu'au sarcasme — il suffit de relire Le Chien jaune ou Un Crime en Hollande pour s'en convaincre—, que cet aspect des investigations demeure le plus souvent en retrait et comme oblitéré par d'autres, plus profonds, plus humains, comme l'imprégnation ou l'identification, sur lesquels nous avons mis l'accent plus haut. D'autre part, c'est l'évidence même, Maigret réfléchit, Maigret raisonne: «Il suffit d'analyser à ce point de vue n'importe quel récit pour déceler derrière le somnambulisme de Maigret une logique implacable»51, soutient Jules Bedner qui développe cette théorie avec beaucoup de finesse avant de conclure: «Ce que nous avons voulu montrer, c'est que chez Simenon les investigations restent dans une large mesure des aventures de l'intelligence et que le personnage de Maigret ne mérite sa réputation d'anti-intellectualisme qu'à demi»52. On l'aura compris, ici intervient l'art de Simenon qui ne nous fait part de l'enchaînement des réflexions du héros qu'à travers «de longues pages émaillées de questions qui épousent les détours d'une pensée encore incertaine»53, noyant en outre cette pensée dans l'ensemble des éléments relevés ci-dessus, éléments qui mettent en avant «les aspects non-raisonnés, intuitifs de l'enquête»54, lesquels restent les traits les plus originaux des investigations de Maigret.

Avant d'abandonner ce point pour nous intéresser aux traces annonciatrices de Maigret dans les romans populaires de jeunesse, il nous faut encore signaler quatre particularités de la carrière de Simenon. Rappelons tout d'abord que le jeune journaliste Georges Sim avait fourni deux articles sur la police scientifique à la «Gazette de Liège», articles qui constituent les premiers témoignages d'un intérêt pour cette question chez le futur créateur de Maigret. Souvenons-nous aussi de la chronique policière en dix chapitres publiée dans «Ric et Rac» du 16 mars au 25 mai 1929 sous le pseudonyme de J.-K. Charles et intitulée La Police scientifique où on ne nous épargne aucune technique des signalements, des alphabets secrets, des empreintes digitales, des analyses de poussières, de papiers, bref, des multiples traces qui peuvent faire mettre la main sur un criminel. Ces éléments laissent penser que le jeune Simenon n'était pas insensible au courant «scientifique» de l'investigation policière et que, s'il l'a placé au second plan des enquêtes de Maigret, il a procédé de la sorte tout à fait délibérément. Il y a plus. Au moment même où Simenon met au point le personnage de Maigret, il rédige pour «Détective» trois séries de nouvelles que les initiés nomment les trois fois treize — Les Treize Mystères, Les Treize Enigmes et Les Treize Coupables -, nouvelles où les enquêteurs, respectivement Jacques Saint-Clair, alias Joseph Leborgne, l'inspecteur G 7 et le juge Froget, «sont assez conformes à la typologie du détective omniscient chez qui tout est dans la tête et qui résout des affaires criminelles selon la méthode déductive traditionnelle inaugurée par Arthur Conan Doyle avec Sherlock Holmes»55. Il y a mieux: alors qu'en 1938, Simenon sort une nouvelle fois de l'oubli son commissaire Maigret en rédigeant la deuxième série des récits qui formeront Les Nouvelles Enquêtes de Maigret, il éprouve le besoin d'écrire presque en même temps les vingt-sept nouvelles qui constitueront les enquêtes du Petit Docteur et des Dossiers de l'Agence O, nouvelles dont les héros font preuve d'une clairvoyance à la fois désinvolte et déductive — même si cette attitude doit être nuancée en ce qui concerne Jean Dollent, le Petit Docteur—, au point que cette clairvoyance stupéfie même les policiers les plus férus de méthodes scientifiques! Un peu comme si, par deux fois, au moment de lancer dans l'arène policière la profondeur, la pesanteur, la masse de Maigret, Simenon avait cédé à la tentation de la légèreté, de la lucidité, de la cérébralité.

*   *   *

La lecture des écrits de jeunesse de Simenon publiés sous divers pseudonymes — et plus particulièrement la lecture des romans populaires — offre un grand intérêt pour qui se penche sur la genèse de l'œuvre. En ce qui concerne le point de vue qui nous occupe, on peut y suivre avec attention la lente gestation de l'élément policier qui reste trop souvent noyé au sein des stéréotypes sentimentaux ou de l'aventure, mais tente parfois une timide émergence afin de s'en évader et de conquérir son autonomie. Avec le recul, lorsque nous lisons les romans populaires de Simenon à tendance policière, nous sommes frappés par le fait que l'écrivain est manifestement à la recherche d'un type, ce qui nous a amené à écrire, en inversant la formule pirandellienne, que le jeune Simenon, durant la période-charnière des années 1929-1930 — période de véritable bouillonnement policier pour lui—, était «un auteur en quete de personnage»56. On l'aura deviné, les enquêteurs sont en effet nombreux dans ce vaste ensemble de plus de cent quatre-vingt-dix romans, mais rares sont ceux qui préfigurent vraiment la «méthode » de Maigret. Certains s'opposent même carrément à elles; par exemple, le détective amateur Serge Polovzef, expert dans l'art de résoudre les énigmes, fait davantage penser, par son esprit de logique et ses méthodes déductives, aux investigations intellectualisées d'un Dupin, d'un Holmes et de leurs émules; malgré cela, au détour d'une page, un point commun surgit: «Je n'ai jamais d'idée, moi!» 57, s'écrie-t-il, voulant signifier par là qu'il n'a pas d'idées préconçues. Ainsi peut-on déceler dans cette masse, même chez des enquêteurs fort éloignés de ce que sera Maigret, l'un ou l'autre trait qui, soudain, les rapprochent de lui. C'est ce que nous avons déjà tenté de faire naguère58, de sorte que nous nous en tiendrons ici à quelques constatations élémentaires touchant trois aspects seulement de la «méthode» selon Maigret: s'identifier, s'imprégner, ne pas penser. Encore n'en sera-t-il question que de manière très fragmentaire.

Chronologiquement, le premier héros simenonien qui tente de s'identifier à autrui est le jeune détective Jackie Smitt dans Les Bandits de Chicago, roman publié le 1er juin 1929. Pour réussir à retrouver la trace de sa femme séquestrée par Al-le-Balafré, chef des bandits de Chicago manifestement inspiré par Al Capone, Jackie essaie de se mettre dans la peau d'Al:

Il était dans l'atmosphère voulue pour réfléchir, ou plus exactement pour essayer de reconstituer les pensées d'Al [...]
Jackie gémissait, tant l'effort qu'il devait faire était douloureux [...]
Il était dans la peau du Balafré. Il pensait avec le cerveau de celui-ci. Il en avait même le rictus59.

Cet effort d'identification ayant réussi — et on aura remarqué combien l'effort est douloureux, comme il le sera plus tard pour Maigret—, Jackie se rappelle qu'il s'était déja livré auparavant à une tentative dans ce sens:

Certain matin, tandis que le Balafré lui parlait, il avait fait un effort pour penser avec l'esprit du Balafré.
Il s'était mis à sa place. Il avait regardé les lieux avec d'autres yeux.
Pendant quelques instants il avait été le bandit60.

Parmi les fictions où intervient l'inspecteur Sancette, retenons Captain S.O.S., roman dont le contrat a été passé le 30 juillet 1929. Ce jeune inspecteur déclare volontiers qu'«un policier est un confesseur à qui on ne dirait rien et qui devrait tout deviner»61: «Un forfait est commis? ...Je me mets à la place de celui qui l'a commis...J'essaie d'avoir les pensées qu'il a eues»62, confie-t-il. L'inspecteur Jean Tavernier, dans La Victime, roman achevé d'imprimer le 28 octobre 1929, offre des similitudes avec Sancette. Il prétend, lui aussi, malgré son jeune âge — il n'a pas trente ans—, se mettre à la place des autres tout en s'imprégnant d'une atmosphère:

D'habitude, quand il arrivait sur les lieux d'un drame, Tavernier, au lieu de s'en tenir à des observations matérielles, «reniflait les lieux, comme il disait.
Ses collègues se moquaient de lui. Quand ils le voyaient allant et venant le nez en l'air dans une maison, ils disaient:
—Le voilà qui renifle!
N'empêche que cela avait donné à maintes reprises d'excellents résultats. Au surplus, cette manie était basée sur une psychologie aiguë.
Tavernier prétendait que, pour reconstituer un drame, il faut avant tout essayer de vivre par la pensée dans la même atmosphère que les acteurs de ce drame. Se mettre à leur place, en somme! 63

Le cas de l'aventurier Yves Jarry pose un problème. Simenon a souvent déclaré qu'il voyait dans ce héros de quatre romans écrits en 1927 et 1928 un ancêtre de Maigret dans la mesure où il vit, comme le commissaire, la vie des autres. En réalité, s'il arrive à Jarry d'assumer plusieurs existences, il ne le fait jamais systématiquement, mais dans le cadre de ses aventures, poussé par le besoin du moment, et il use notamment à merveille du déguisement, ce qui rapproche bien plus Jarry d'Arsène Lupin, incontestablement son maître ès aventures, que de Maigret qui ne s'abaissera jamais à de telles mystifications. En fait, il semblerait qu'en lançant le nom de Jarry comme ascendant partiel de Maigret, Simenon l'ait confondu avec un autre personnage qui possède d'ailleurs plus d'un point commun avec le séduisant aventurier: nous voulons parler de J.K. Charles, héros d'un roman écrit en 1929, L'Homme à la cigarette. C'est bien J.K. Charles, en effet, et non Jarry, qui proclame non sans lyrisme, devant un inspecteur Boucheron médusé, son désir de vivre des vies multiples et surtout son rêve de vivre la vie des autres, ceci néanmoins en dehors de toute référence à la notion d'enquête, mais nul doute que Boucheron et sa descendance policière retiendront la leçon et mettront à profit cette profession de foi:

Il y a des gens qui ne peuvent se contenter d'une seule vie...
Ils sont rares. Et c'est ce qui m'a toujours étonné.
Vrai, Boucheron, je ne puis réaliser que des êtres aient assez peu d'appétit pour se cantonner dans un tout petit compartiment du monde en même temps que dans une gamme restreinte de sensations.
Je ne parle pas des simplex, mais des gens intelligents, de ceux qu'on appelle les gens supérieurs.
Tenez, un gros banquier, qui, toute sa vie, ne savoure que des sensations de banquier! ...
Moi, je ...
Pourquoi ne le dirais-je pas? J'ai été matelot, tout comme P'tit Louis. J'ai même été soutier. Vous avez vu que je pourrais être mangeur de verre.
J'ai été laveur d'assiettes à San-Francisco (sic), ouvrier dans une usine de conserves de Chicago.
Je suis agent secret, et pourtant, à Sancerre, je suis vigneron.
Ailleurs, je suis autre chose, mais cela ne vous regarde pas. Et ailleurs encore...
Des tas de vies!
Et ce n'est pas encore assez! Il faut que je vive la vie des autres, que je me mêle à leurs drames...
Le rêve?... Tenez! Je vais vous le dire! Etre assez riche et assez puissant pour vivre simultanément la vie d'une centaine d'hommes, de plus encore! ...
Pour vivre réellement ces vies, sans chiqué, entendez bien! Fuir soudain un grand palace de Paris, gagner la côte bretonne et, là, trouver une bicoque à soi, en pierres grises, une simple bicoque de pecheur, une barque, des filets ... et pecher ...
Etre pour les gens du pays un homme comme eux...
Puis, apres des jours ou des mois, courir la province française en vrai voyageur de commerce!...
Quitte, un peu plus tard, à jeter un million sur le tapis vert, au Privé de Deauville!
Changer de personnalité à sa guise! Connaître l'âpre lutte des pauvres pour le pain quotidien et connaître l'abondance, la satiété des riches, connaître les aubes glaciales en mer et les matins voluptueux de l'alcôve des grandes coquettes...
Vivre au rythme du monde! Sentir palpiter la terre! Toute la terre! Que dis-je?... Etre le monde... 64.

L'autre personnage de L'Homme à la cigarette auquel nous devons nous attacher ici est l'inspecteur Boucheron qui traque J.K Charles... pour un crime qu'il n'a pas commis. Ce policier se refuse effectivement à baser son enquête sur les procédés déductifs: «Pensait-il? Réfléchissait-il? Pas à proprement parler! Son cerveau enregistrait! Les images s'y classaient d'elles-mêmes»65. L'inspecteur connaît en outre cet état particulier qui sera souvent celui de Maigret sur le point de résoudre l'affaire qui lui sera confiée:

Joseph Boucheron était dans un état de nervosité qu'il connaissait bien et qui était à la fois suave et douloureux.
Il avait, en effet, la sensation qu'il touchait au but. |...|
Au cours de chaque enquête, il y a un ou plusieurs moments de ce genre. On touche au but. On sent que la piste est là, tout près. [...]
Il ne faut plus qu'un effort, un seul...66

De plus, on ne peut quitter le couple Boucheron-J.K. Charles sans signaler le brillant article récent de Salvatore Cesario67 dans lequel celui-ci montre que Maigret naît et résulte d'une fusion entre les deux protagonistes de L'Homme à la cigarette.

Et Maigret, justement? Lui aussi, nous l'avons dit, apparaît comme enquêteur dans quatre romans populaires. La spécificité du point de vue que nous abordons ici nous fera ignorer Train de nuit, où le commissaire n'est encore qu'ébauché, et La Femme rousse pour nous attarder davantage à La Figurante et à La Maison de l'inquiétude. «Je ne crois rien! Je ne pense rien!» 68, s'exclame par exemple Maigret dans La Figurante avant de s'installer à «demeure dans la maison du crime»69 comme il le fera parfois dans la suite de sa carrière. Dans La Maison de l'inquiétude aussi, il fouine dans cette demeure comme il fouinera dans tant d'autres, passant le temps qu'il faut auprès de la concierge pour s'informer des habitants de l'immeuble. Nulle velléité de rapidité, en effet, dans l'enquête: ce Maigret «préhistorique» laisse faire le temps, observe son monde qu'il apprend sans doute à ingurgiter. Nul désir non plus d'arrêter rapidement un coupable: «Maigret avait l'habitude de pousser une enquête aussi loin que possible avant de faire intervenir la prison»70. D'ailleurs, comme le Maigret que nous connaissons bien, il déclare à qui l'interroge sur son avis qu'il n'a pas d'opinion, qu'il ne sait rien71. Son souci de s'identifier à la victime est bien présent: le voici au début du roman assis «à la place du capitaine»72 — le capitaine est la victime — et à la fin de l'ouvrage, le coupable s'étant suicidé, on peut voir Maigret «à califourchon sur une chaise, la pipe aux dents, en train de contempler le mort. Et on eût juré qu'il avait avec lui quelque mystérieux entretien»73

Ainsi, au terme de La Maison de l'inquiétude, Maigret est prêt pour la grande aventure qui sera la sienne: certains de ses traits constants y sont déjà bien présents et il ne reste plus à Simenon qu'à exploiter ce personnage de policier créé par petites touches à la fin des années vingt. Quant à nous, partis de La Maison de l'inquiétude, nous y revenons: la boucle est bouclée.


NOTES
1.  C. MENGUY, Essai de chronologie rédactionnelle de l'œuvre romanesque et autobiographique de Georges Simenon publiée sous son propre patronyme, in «Cahiers Simenon», n° 9, Bruxelles, Les Amis de Georges Simenon, 1996, pp. 147-152.
2.  Ibid, pp. 153 et 155.
3.  Ibid, p. 167.
4.  M. LEMOINE, Evolution et parentés littéraires de Simenon selon la critique de 1931 à 1935, in «Traces», n° 3, Université de Liège, Centre d'Etudes Georges Simenon, 1991, pp. 75-119.
5.  J. CABANEL, Georges Simenon, Triptyque, s.l.n.d. (avril 1932 au plus tôt), p. 6.
6.  E. VALDEYRON, Sud-Ouest républicain, Bayonne, 6 mars 1931.
7.  R.L. (sans doute René LALOU), Les Nouvelles littéraires, Paris, 20 août 1932.
8.  J. CHARPENTIER, Mercure de France, Paris, ler octobre 1932.
9.  R. LALOU, Nouveautés, Paris, juin 1933.
10.  L'Avenir, Arras, 16 avril 1932.
11.  J. CHARPENTIER, Mercure de France, Paris, ler août 1932.
12.  DANlEL-ROPS, Les Romans policiers de M. Georges Simenon, «Nouvelle Revue des jeunes», Paris, 15 juillet 1932.
13.  G. SIMENON, Un Homme comme un autre, Paris, Presses de la Cité, 1975, pp. 140-141.
14.  T. NARCEJAC, Le Cas Simenon, Paris, Presses de la Cité, 1950, pp. 18-21.
15.  J. BEDNER, Simenon et Maigret, in «Cistre Essais», n° 10, Lausanne, L'Age d'Homme, 1980, p. 113.
16.  G. SIMENON, Mon Ami Maigret, in Œuvres complètes, Lausanne, Rencontre, t. XIV, p. 102. Les œuvres dont le titre est suivi, dans les notes, d'une simple indication de tome et de pagination sont citées d'après cette édition dont la publication s'est étalée de 1967 à 1973.
17.  G. SIMENON, Maigret et les témoins récalcitrants, t. XXI, p. 81.
18.  La ressemblance entre la manière d'écrire de Simenon et la façon d'enquêter de Maigret était déjà présente implicitement dans l'article déjà cité de René LALOU (Nouveautés, juin 1933). Pressentie ensuite par Bernard de FALLOIS, Simenon, Paris, Gallimard, 1961, pp. 93-94, Nino FRANK, «Hypothèse à propos de Maigret», in Simenon (sous la direction de Francis LACASSIN et Gilbert SIGAUX), Paris, Plon, 1973, pp. 195-196 et Claudine GOTHOT-MERSCH, «La genèse des Anneaux de Bicétre», in Cistre Essais, n° 10, op. cit., pp. 99-100, cette théorie a été développée par Jean FABRE, Enquête sur un enquêteur. Maigret. Un essai de sociocritique, Montpellier, 1981, pp. 1321 et Jean-Claude VAREILLE, «Roman de la recherche et recherche du roman. L'exemple de Simenon», Richesses du roman populaire (sous la direction de R. GUISE et H.-J. NEUSCHAGER), Actes du Colloque International de Pont-à-Mousson, Université de Nancy II, Centre de Recherches sur le roman populaire, 1986, pp. 189-193, avant d'être affinée par Alain BERTRAND, «Georges Simenon et ses doubles: Jules Maigret et Honoré de Balzac», in Cahiers Simenon, op. cit., n° 3, 1989, pp. 78-83 (argumentation reprise et augmentée dans Maigret, Bruxelles, Labor, 1994, pp. 61-68) et Jacques DUBOIS, «Maigret en images», in Simenon, l'homme, l'univers, la création (sous la direction de Michel LEMOINE et Christine SWINGS), Bruxelles, Complexe, 1993, pp. 88-90.
19.  J.-C. VAREILLE, art. cit., p. 193.
20.  G. SIMENON, La Guinguette à deux sous, t. III, pp. 361-362.
21.  A. BERTRAND, Georges Simenon, «Dossiers L», n° 17, Saint-Hubert, février 1988, p. 5.
22.  G. SIMENON, Le Voleur de Maigret, t. XXIV, p. 247.
23.  A. BERTRAND, Georges Simenon, art. cit., p. 8.
24.  G. SIMENON, Maigret et la vieille dame, t. XIV, pp. 425 et 428.
25.  G. SIMENON, Maigret s'amuse, t. XX, pp. 123-124.
26.  G. SIMENON, Maigret et la vieille dame, t. XIV, pp. 419-420.
27.  J.-C. VAREILLE, art. cit., p. 187.
28.  G. SIMENON, Maigret à New York, t. XII, pp. 320-321.
29.  J. BEDNER, Simenon et le jeu des deux histoires. Essai sur les romans policiers, Amsterdam, Institut de Romanistique, 1990, p. 88.
30.  G. SIMENON, Félicie est là, t. XI, pp. 314-316, 374 et 382.
31.  G. SIMENON, Maigret et l'homme du banc, t. XVII, p. 98.
32.  G. SIMENON, L'Inspecteur Cadavre, t. XI, pp. 257-259.
33.  J. FABRE, op. cit., p. 16.
34.  J. FOREST, Notre-Dame de Saint-Fiacre ou l'affaire Maigret, Presses de l'Université de Montréal, 1994, pp. 78-84 et 95-97.
35.  G. SIMENON, Le Revolver de Maigret, t. XVI, pp. 563-564.
36.  G. SIMENON, Maigret et le corps sans tête, t. XIX, p. 47.
37.  G. SIMENON, Maigret s'amuse, t. XX, p. 52.
38.  M. LEMOINE, Des romans de Maigret aux romans de la destinée: unité de l'œuvere de Simenon?, in «Traces», op. cit., n° 2, 1990, pp. 63-77.
39.  G. SIMENON, Maigret voyage, t. XX, p. 175.
40.  T. NARCEJAC, op. cit., pp. 22-28.
41.  J. FABRE, op. cit., pp. 12-21.
42.  A. VANONCINI, Simenon et l'affaire Maigret, Paris, Honoré Champion, 1990, pp. 75-82.
43.  J. BEDNER, op. cit., pp. 12-37 et 75-98.
44.  J. FOREST, op. cit., pp. 66-71.
45.  A. BERTRAND, Georges Simenon: de Maigret aux romans de la destinée, Liège, C.E.F.A.L., 1994, pp. 21-23 et 41-44.
46.  Phase dite aussi compréhension selon A. BERTRAND, Maigret, op. cit., pp. 65-66.
47.  A. BERTRAND, Georges Simenon: de Maigret aux romans de la destinée, op. cit., p. 41.
48.  M. BONFANTINI' «Le carte di Maigret: l'amusement del musement en amateur», La Semiosi e l'abduzione, Milano, Bompiani, 1987, pp. 117-136. Voir aussi Roberta MONACO, «Sherlock Holmes e Maigret, abduzione e scrittura», Annali della Facoltà di Lingue e Letterature straniere, VI-2, Université de Bari, 1985, pp. 89-103.
49.  Salvatore CESARIO, Su Georges Simenon. Conversazionalismo, abduzione, proustismo, schizoanalisi, Naples, Edizioni Scientifiche Internazionali, 1996.
50.  A. VANONCINI, Le Roman policier, Paris, Presses Universitaires de France, 1993, pp. 89-90.
51.  J. BEDNER, op. cit., p. 28.
52.  Ibid, p. 31.
53.  Ibid, p.26.
54.  Ibid, p 31
55.  J.-B. BARONIAN, Simenon, conteur et nouvelliste, in «Traces», op. cit., n° 1, 1989, p. 92.
56.  M. LEMOINE, L'autre Univers de Simenon, Liège, C.L.P.C.F., 1991, p. 449
57.  G. SIM, Le Chinois de San Francisco, Paris, Tallandier, 1930, p. 22
58.  M. LEMOINE, Maigret en gestation dans les romans populaires, in «Traces», op. cit., n° 1, 1989, pp. 53-79.
59.  G. SIM, Les Bandits de Chicago, Paris, Fayard, 1929, p. 54.
60.  Ibidem.
61.  C. BRULLS, Captain S.O.S., Paris. Fayard, 1929, p. 21.
62.  Ibidem.
63.  G.-M. GEORGES, La Victime, Paris, Ferenczi, 1929, p. 28.
64.  G. SIM, L'Homme à la cigarette, Paris, Tallandier, 1931, p. 102.
65.  Ibid, p. 68.
66.  Ibid, p. 64.
67.  S. CESARIO, L'Homme à la cigarette: J.K Charles + Boucheron —> Sim + Maigret —> Georges Simenon, in «Traces», op. cit., n° 8, pp. 9-26
68.  C. BRULLS, La Figurante, Paris, Fayard, 1932, pp. 42-43.
69.  Ibid, p. 47.
70.  G. SIM, La Maison de l'inquiétude, Paris, Tallandier, 1932, p. 25.
71.  Ibid, pp. 17 et 19.
72.  Ibid, p. 19.
73.  Ibid, p. 121

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