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"la bataille ouverte, la vieille lutte jamais avouée mais toujours latente
Au début du corpus, particulièrement dans le cycle Fayard, le juge d'instruction se contente de faire une brève apparition dans le roman, "laissant la voie libre" à Maigret pour mener tranquillement son enquête, et ne recevant même pas de nom, aussi anonyme que juste fonctionnel: GAL: "Le juge se contenta, après avoir serré la main du commissaire, de prononcer: - Vous verrez la police locale qui a commencé l'enquête! C'est une affaire affreusement embrouillée." OMB: "Le juge d'instruction eut un court entretien avec Maigret. - Je vous laisse travailler...Naturellement, vous me tiendrez au courant..." Dans GUI, le juge n'a même pas droit à la parole, et doit se contenter de l'indication d'un dialogue où seuls les mots de Maigret sont rapportés:
de même plus loin:
Dans eto, Maigret évite même d'avoir affaire au juge, laissant le commissaire de police du quartier recevoir les gens du Parquet, et Maigret n'adresse qu'une phrase au juge: "Je file au Quai! Annonçait-il au juge d'instruction qui venait d'arriver. Je crois que j'ai quelque chose d'intéressant." La belle excuse! Mais la jeune Céline que Maigret emmène dans son bureau est en effet un fort joli prétexte pour échapper au juge...
Dès le cycle Gallimard, puis dans le cycle Presses de la Cité, les juges d'instruction ont droit à un nom, et ils héritent aussi d'un qualificatif descriptif: ainsi le "minuscule juge d'instruction Mabille" dans CEC, le juge Bonneau dans MAJ: "un honnête homme, un brave homme même, père de famille, collectionneur de reliures rares. Il portait une barbe carrée, d'un beau gris."; dans PAR, le juge Cajou, "brun de poil, d'une quarantaine d'années"; dans CLO, le juge Dantziger, "petit et rond, [...] habillé sans recherche".
Notons aussi que les juges d'instruction, à mesure que les années passent, sont de plus en plus souvent de jeunes juges, d'une "jeunesse insultante" (TEM) pour Maigret: ainsi dans ECH le jeune juge d'instruction Planche, "trop nouveau dans le métier" pour oser questionner Maigret; dans VOY, un autre jeune juge d'instruction nommé Calas, qui a "l'air d'un étudiant"; dans BRA, encore un jeune juge d'instruction, Etienne Gossard; dans TEM, le juge Angelot, archétype des jeunes juges que Maigret a en particulière aversion: "Le jeune magistrat, qui venait d'être nommé, tendait une main soignée et ferme, une main de joueur de tennis, et Maigret pensa une fois de plus qu'une nouvelle génération était en train de prendre la relève."; même réflexion dans TUE, où Maigret doit travailler avec le juge Poiret: "Encore un jeune. Il semblait au commissaire que le personnel judiciaire, depuis quelques années, se renouvelait avec une rapidité déconcertante."; et enfin un jeune juge dans SEU, le juge Cassure, "un grand garçon mince et souple, habillé de façon parfaite, qui sentait encore un peu l'école".
Si certains juges "laissent prudemment à la police le temps de faire son métier" (VOL), comme le juge Cayotte dans NAH, qui a "pour principe de laisser la police travailler seule deux ou trois jours avant de se mêler de l'enquête", d'autres sont classés par Maigret dans les "casse-pieds" (voir les exemples ci-dessous), et quelques-uns sont dans une catégorie plus "neutre", comme le juge Camus dans VOL, le juge Legaille dans PAR, le juge Libart dans FOL. Certains – les "casse-pieds" - sont plus intrusifs, et ajoutent à leur ingérence une morgue fort désagréable à Maigret. Ainsi, le juge d'Epernay dans PRO, "un Clairfontaine de Lagny, fier de ses particules", portant lorgnon, parlant anglais avec un rien d'affectation; ou le juge d'instruction dans JUG, qui dit à Maigret: "Vous allez nous faire une belle enquête, commissaire?". Voir aussi le juge d'instruction dans SIG: "Encore un qui doit s'impatienter, considérer que l'affaire traîne en longueur, parler de la presse, des critiques, exiger que des mesures soient prises..." Les juges, de par leur position sociale, sont souvent liés au même milieu que certains suspects, et leurs "ronds de jambe" irritent Maigret, dont la tâche n'est pas simplifiée par ces relations sociales. Ainsi, dans POR, Mme Grandmaison reçoit les gens du Parquet:
Mais Maigret se "venge" parfois en prenant un malin plaisir à ne pas laisser au juge le temps de s'exprimer: ainsi, dans pen, Maigret raconte au juge ce qui s'est passé, et le juge essaie en vain de l'interrompre: "- Mais, ...objecta le juge. –Tout à l'heure! Laissez-moi finir... [...] Pardon...murmura le juge. – Tout à l'heure!"; dans fen: "[Maigret] parlait d'une voix négligente, comme pour s'excuser d'avoir été si vite en besogne et ne pas trop humilier le magistrat.- Le hasard a voulu que je sois là au bon moment et que j'observe le garçon de bureau... – C'est lui qui... Mais c'est impossible, puisque... – Attendez! [....] - C'est effectivement la raison du mandat d'arrêt que... – Vous permettez un instant? " [...] – Mais... – Attendez ! "
Quelques exceptions dans la série des juges antipathiques: le juge Bréjon dans CAD, un "délicieux bonhomme timide et d'une politesse de l'autre siècle"; le timide juge Dossin dans MME, à la silhouette aristocratique de lévrier russe", le juge Urbain de Chézaud dans VIE, à "l'air intelligent" que Maigret trouve sympathique, d'autant plus qu'il fume aussi la pipe!; le juge Daumas, dans HES, "un peu timide, dont le seul défaut était la minutie"; le juge Page dans ENF, "un garçon sympathique, consciencieux", qui laisse Maigret fumer dans son cabinet ! Encore un juge fumeur de pipe dans IND, le juge Bouteille; enfin, dans CHA, le juge Coindet, "un vieux juge, bonhomme et souriant", lui aussi fumeur de pipe! Et enfin le juge Ancelin dans PAT, "un petit bonhomme grassouillet, très blond, aux cheveux ébouriffés, à la peau blanche de bébé, aux yeux bleus candides." Avec celui-ci, une sorte de "complicité" s'installera, et c'est le seul juge avec lequel il ira jusqu'à partager un repas: un juge qui apprécie la bonne chère, et partage les goûts de Maigret en fait de cuisine du terroir, ça ne se rencontre pas tous les jours!
Signalons enfin le cas particulier de Julien Chabot, le juge d'instruction de Fontenay, camarade d'études de Maigret, que l'on rencontre dans PEU. Sa relation particulière à Maigret en fait un personnage à part dans la liste des juges, et si Maigret le rencontre dans l'exercice de ses fonctions, c'est aussi bien comme commissaire que comme ami que Maigret à la fois s'oppose et s'allie à lui dans son enquête.
Terminons par cet extrait illustrant avec humour les relations pas toujours simples de Maigret avec les juges, pris dans REV: Maigret, irrité par son enquête qui piétine, et surtout parce qu'il doit se rendre à Londres, reçoit un coup de téléphone du juge Rateau:
décembre 2007 |