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LE REGARD DE MAIGRET SUR LES FEMMES

Robert Jouanny

[English translation]

 

Peut-on imaginer que la relation de Maigret avec les femmes se réduise aux rapports de compréhension réciproque et souriante, voire de tradition gastronomique que le Commissaire entretient avec Madame Maigret? Ce serait méconnaître le fait qu'en dépit de son incontestable chasteté, il n'en est pas moins homme, que la paix du corps n'implique pas forcément celle de la conscience et du subconscient, et que dans l'exercice de sa profession, le malheureux Maigret est amené à rencontrer toutes sortes de femmes en toutes sortes de circonstances et de lieux... N'est-il pas normal qu'en dépit de sa morale à toute épreuve, il savoure parfois «un peu trop cette promiscuité, tellement en dehors de la norme»1? Il en convient implicitement lorsqu'il se trouve sensible au charme ambigu de la belle Else:

Et plus que jamais elle était parée de ce que les cinéastes américains appellent le sex appeal. Car une femme peut être belle et n'être pas séduisante. D'autres aux traits moins purs éveillent sûrement le désir ou une nostalgie sentimentale. Elle provoquait les deux. Elle était à la fois femme et enfant. L'atmosphère autour d'elle était voluptueuse. Et pourtant quand elle regardait quelqu'un dans les yeux, on était surpris de lui voir des prunelles limpides de petite fille2.
De plus, on n'aurait garde d'oublier que Maigret n'existe qu'en tant qu'émanation de Simenon: derrière le regard que Simenon prête au personnage, c'est bien le regard du romancier qui s'écrit. D'un romancier qui ne saurait, certes, être soupçonné de quelque indifférence à l'égard des femmes!

Nous essaierons donc, sans trop nous arrêter à l'image de la femme comme personnage romanesque, de découvrir et d'interpréter le regard de Maigret sur ses diverges interlocutrices, avec l'ambition de décrypter l'imaginaire due Commissaire et la représentation que donne Simenon. Pour ce faire, nous avons retenu un corpus significatif d'une quarantaine des soixante-dix huit romans3 de la série des «Maigret», échelonnés de 1931 à 1971, à l'exception des nouvelles, dans lesquelles, généralement, le fait prend le pas sur la description ou l'analyse du comportement.

De façon générale, la femme est rarement protagoniste dans les affaires criminelles dont Maigret doit s'occuper; tout au plus peut-elle être le deus ex machina, objet de désir, parfois utilisé comme tel, instrument ou inspiratrice de vengeance, moins souvent meneur de jeu dans l'entreprise criminelle, comme Ann Gorskine dans Pietr-le Letton (1931, 16) ou «la Polonaise» de la nouvelle «Stan-le tueur» (1938, 25).

Dans une première approche typologique, quelques images s'imposent par leur fréquence: celle de la jeune fille «gentille [...] jeune fille à fossettes»4 qui «sans être belle [avait] un visage agréable, un corps bien proportionné [...] portait un tailleur simple et, contre la mode, ses cheveux étaient maintenus par un ruban»5; elle est généralement désirable mais d'une grande fraîcheur jusque dans l'impudeur. Ainsi cette Sylvie:

il faut que je m'habille! dit Sylvie en se levant et en découvrant, entre les pans du peignoir, la plus grande partie de son corps, sans provocation, comme si c'eût été la chose la plus naturelle du monde. [Puis elle revint habillée avec] un air de jeune fille. Un chemisier de soie blanche rendait vraiment désirables de petits seins tremblants que Maigret avait pourtant vus si longtemps. La jupe moulait un ventre étroit, une croupe nerveuse. Les bas de soie étaient bien tirés sur les jambes.6
Autre image rassurante, celle de la jeune mère, également saine et apaisée dans son épanouissement:
elle avait une chair saine et ferme, pleinement vivante. Ses traits étaient réguliers et son teint coloré contrastait avec la blondeur de ses cheveux [...] Elle avait une voix d'enfant, une docilité d'enfant sage que l'on questionne [...] Tout en parlant, la jeune femme éloignait doucement de son sein l'enfant dont elle essuyait le mentor, puis elle referma son corsage.7
On peut lui associer, ou plutôt associer à Madame Maigret, l'image de la femme d'intérieur, «boulotte et douce, une de ces femmes qui font penser à des plats mijotés, à des confitures amoureusement mises en pot»8. Plus fréquentes, la femme ambitieuse ou vulgaire, cupide ou faible, danseuse ou prostituée, souvent associée au crime, directement ou non, sur laquelle Maigret porte un regard sans tendresse mais non sans complaisance et, pour mémoire, tant il les déteste, les femmes acariâtres, généralement âgées, mères abusives, égoïstes, cruelles, parfois criminelles, dépourvues généralement de toute féminité9.

Dans tous les cas, en effet, à l'exception du dernier, cette typologie sommaire se trouve démentie ou nuancée par les faits: la femme, séduisante ou désagréable, honnête ou provocante, est pour Maigret un être éminemment ambigu, objet d'une constante interrogation subjective, souvent, nous le verrons, de caractère sensuel, voire sexuel: n'est-il pas significatif, par exemple, que du spectacle de Paris grouillant sous un soleil triomphant, il retienne que «les femmes sont presque nues sous les robes légères»10?

 
Des images subjectives

Maigret ne demeure jamais indifférent et il est évident que, dès son premier regard, les femmes qu'il croise se rangent en deux catégories opposées, selon leur physique et leur caractère.

L 'image négative est celle de la femme virile. Ainsi la Gisèle de Signé Picpus:

Pourquoi Gisèle s'habillait-elle aussi mal et pourquoi prenait-elle cet air dur, sans lequel elle aurait été jolie? Sa poignée de main était celle d'un homme. Pas un sourire, rien de moelleux dans son accueil. Une dureté impitoyable dans le regard qu'elle accordait au vieillard.11
Elle est généralement maigre, «une drôle de fille maigre comme une asperge, avec un nez pointu, un front de bique, toujours habillée en drapeau ou en arc-en-ciel»12, avec un «front haut et têtu de chèvre qui fonce obstinément sur n'importe quelle apparence d'obstacle»13. Son visage «dur et méfiant» témoigne d'une rigidité de caractère qu'atteste le «rigide alignement de ses cheveux»14. Quel plaisir éprouverait-il à voir une «fille maigre, sans poitrine, sans féminité, sans charme»15? Dans la plupart des cas, en effet, la maigreur est impardonnable, même si elle est associée à quelque attrait sexuel, plus particulièrement à une certaine beauté des seins, auxquels Maigret est toujours attentif. Ainsi
Si elle était maigre sans hanches, elle avait par contre des seins très formés et pointus, qu'un corsage trop serré mettait en valeur.16
Mais il est plus fréquent que cette maigreur soit un obstacle à toute perception sensuelle, la relation entre maigreur et manque de charme étant posée comme presque inéluctable:
Elle sortit l'une après l'autre ses jambes du lit, de longues jambes maigres qui ne devaient guère attirer les regards des hommes. Quand elle était debout, on s'apercevait qu'elle était très grande, squelettique17.
Une autre caractéristique négative, avec toutefois plus d'ambiguïté, voire de perversité dans le regard de Maigret, est celle de l'animalité, qu'il ne manque pas de souligner lorsqu'il se trouve en présence d'une adversaire à sa taille, «provocante et désirable dans son épanouissement animal»18 qui «dans la lutte [déchire] sa robe, se [trouve] dépoitraillée, comme à son ordinaire, magnifique d'ailleurs, avec ses yeux qui étincelaient, sa bouche tordue [...] belle quand même, d'une beauté vulgaire, animale»19. Celle-là, au moins, connaît ses mâles20...

A ces images s'opposent, plus attendrissantes, des images positives, ou du moins perçues comme telles par Maigret. Le type féminin qui lui convient est celui de la femme potelée, «jeune et blonde, potelée sous sa blouse»21 à laquelle il est prêt à donner sa sympathie dès la première rencontre, quitte à la lui retirer par la suite:

«Qu'est-ce que c'est?» questionna-t-elle tout en boutonnant son corsage à demi ouvert sur une poitrine opulente. Son accent était presque aussi chantant que celui du Midi. Elle n'était pas troublée. Elle attendait. Elle semblait protéger les deux hommes de sa joyeuse corpulence.22
Mieux encore s'il s'agit d'une jeune fille. Ce n'est peut-être pas sans ironie que son collègue lui annonce:
— Encore une jeune fille pour vous, Maigret.... Décidément c'est le jour!...
Un tout autre genre, celle-ci, que Mlle Berthe. Une grosse fille de dix-huit ans, au corsage rebondi, au teint rose, aux yeux à fleur de tête. On a l'impression qu'elle vient de traire les vaches et qu'elle sent encore le lait.23
Sensible à la fraicheur d'une «jeune fille qui n'était ni jolie, ni laide, mais dont la simplicité était assez émouvante»24, il a près d'une autre «l'air d'un bon papa indulgent»25. L'image le hante d'autant plus qu'il entrevoit la féminité de la «belle fille, dans l'acception populaire du mot. Une fille à la chair appétissante, aux dents saines, au sourire provocant, au regard toujours allumé»26; ou de telle autre qui «paraissait timide, effarouchée [...] Elle avait de grands yeux clairs, d'un bleu violet, un visage au dessin enfantin, et pourtant elle était très femme, on devinait des formes pleines, une chair douillette et savoureuse»27.

Mais Maigret ne se contente pas de dresser de portraits en pied qui lui permettraient d'établir une typologie de la femme, sans montrer à quel point il est lui-même concerné. Ce n'est pas de typologie qu'il s'agit, mais bien d'une rencontre réelle qui est censée se produire dans un cadre, dans des circonstances bien significatifs de l'imaginaire du romancier.

 
La femme dans son intimité

Pour apprécier le comportement de Maigret, il est important de noter la présence presque obsédante de scènes ou d'objets significatifs. Maigret ne se contente pas de recevoir les femmes dans son bureau, les nécessités de l'enquête l'amènent, bien plus souvent, à les voir dans leur cadre quotidian, à violer une intimité qu'il se plaît à imaginer ou à observer furtivement, à moins que ses interlocutrices ne lui en offrent complaisamment le spectacle. Le comportement de Maigret est déterminé par le dialogue silencieux qui, parallèlement au dialogue réel, s'établit entre son regard et des corps féminins.

 
— le peignoir bleu

Si la toilette féminine — tailleur strict ou petites robes provocantes — fait toujours l'objet d'une rapide évocation, on notera que fréquemment Maigret, à un moment ou à un autre, pénètre dans la chambre de la femme et que celle-ci lui apparait, de façon obsédante et significative, revêtue du peignoir bleu dont on sait qu'il appartint à l'imaginaire érotique de Simenon adolescent. Ainsi dans la chambre de Félicie:

Maigret est là, plus placide que jamais. Il ne parait pas se douter qu'il est dans la chambre d'une jeune fille et que celle-ci est encore couchée. [...] «Vous voulez que je me retourne le temps de passer ce peignoir?» Elle obéit, malgré elle [...] Elle a une telle envie de savoir qu'elle se précipite vers l'escalier, toute seule pour aller voir, mince et nerveuse dans son peignoir, d'un bleu agressif.28
Dans l'œuvre défilent «une femme assez jeune, qui essayait de se cacher le corps, car elle était à peine vêtue d'un peignoir bleu pâle»29, «Madame Parendon, toujours en négligé de soie bleue»30, «une grande fille en peignoir bleu ciel»31, la petite noiraude au «peignoir bleu ciel»32, etc.

Sans doute le peignoir n'est-il pas toujours bleu, mais sans couleur33, grenat34, fripé35, usé36 ou simple robe de chambre37... L'important est que, même si quelque chemise ou lingerie s'interpose, le peignoir a pour rôle (ou pour effet) de dissimuler le moins possible la réalite du corps féminin, une épaule, un sein «petit et rond»38, voire de «laisser un sein jaillir à tout bout de champ»39, de s'écarter «au moindre mouvement»40, de s'entrouvrir «largement» sur «une peau très claire, très douce sans doute»41, de découvrir «la plus grande partie [du] corps, sans provocation»42, une poitrine tremblante43 ou même de montrer à l'évidence «qu'elle ne portait rien dessous»44.

 
— corps offerts

Il est en effet intéressant de noter combien Maigret est attentif à la nudité du corps féminin: sans doute est-il normal que les nécessités de l'enquête l'amènent à se trouver seul dans la chambre d'une femme mais on est en droit de soupçonner son regard de s'attacher avec complaisance à telle ou telle partie de ce corps. Les interlocutrices en ont-elles conscience, qui lui proposent de véritables séances de strip-tease? La fréquence et la précision de tels récits montrent assurément que la qualité du regard porté par le Commissaire sur un corps qui se dénude n'a rien à voir avec les besoins de l'enquête. Les exemples ne manquent pas. Ce peut être une danseuse professionnelle:

celle-ci esquissait [...] un pas de danse en ondulant autant que possible, puis, avec une lenteur qu'on lui avait apprise, commençait à dégrafer le long fourreau noir dont elle était vêtue [...] Les épaules, puis un sein, qu'on était tout surpris de voir nu [...] émergeaient du tissu. [...] Et la main de Rose disait «L'autre sein...». Les bouts étaient gros et roses. La robe glissait toujours, découvrait l'ombre du nombril, enfin la fille, d'un geste gauche, la laissait tomber tout à fait, restait nue au milieu de la piste, les deux mains sur le pubis.45
une prostituée en quête de scandale:
Tranquillement elle avait retiré son peignoir, sa chemise et sa culotte et nue comme un ver elle était allée s'étendre sur le lit défait en allumant une cigarette [...] La situation était ridicule. Elle était calme passive, une petite lueur ironique dans ses yeux sans couleur. [...] peut-être parce qu'elle avait la peau blême, peut-être à cause du décor sordide, il avait l'impression de n'avoir jamais vu une femme aussi nue que celle-là.46
une jeune fille qui veut se faire passer pour une prostituée:
— Déshabille-toi.. soupira-t-il en allumant à nouveau sa pipe. Mais il dut détourner la tête pour que sa prisonnière ne vit pas l'étrange sourire qui montait à ses lèvres.
— Me mettre toute nue?
— Parbleu!
Il devinait un combat [...] Enfin elle arracha littéralement la veste de son tailleur, puis son chemisier de soie crème, s'assit pour retirer ses chaussures [...] laissa tomber sa jupe tandis qu'on voyait deux petite seins très droits poindre sous la chemise47.

 
— les émois de Maigret

Comment s'étonner que Maigret soit, à l'occasion tenté d'écarter tel ou tel fantasme, tel ou tel souvenir? conscient du caractère surprenant de telle ou telle rencontre dans la promiscuité d'une chambre? S'il est attentif dans l'instant, au corps et aux vêtements de chacune de ses interlocutrices, s'il est prêt à analyser leur personnalité d'après leurs formes48, il ne garde pas moins le plaisant souvenir «de la sœur au corsage rebondi derrière le comptoir blanc. N'en avait-il pas été quelque peu amoureux?» 49, de «Lise dans son lit, ses lèvres charnues, ses prunelles pailletées d'or, son sein gonflé de sève»50. «Tout cela était-il sérieux? Que faisait-il, ce monsieur grave, massif, dans un décor qui n'avait pas plus de consistence qu'un jouet?» 51, commente-t-il. Sans doute savoure-t-il, plus souvent qu'il ne le devrait et «peut-être un peu trop cette promiscuité, tellement en dehors de la norme»52.

Derrière la gêne, derrière le sentiment de vivre une situation étrange, dont il fait souvent état, affleure la connotation sexuelle de cette situation. Il en convient:

il se souvenait d'un coup d'œil qu'il avait machinalement jeté à sa poitrine, et surtout de cette odeur de femme, presque une odeur de lit chaud, qui émanait d'elle. Rarement il lui était arrivé de rencontrer une femme donnant une impression aussi forte de sexualité.53
La gêne qu'il éprouve à constater qu'une victime «est complètement épilée»54 est assez significative de l'état psychique du Commissaire: les mots qu'emploie Simenon pour décrire l'attitude de Maigret — trouble, énervement, gêne, curiosité, rougeur55, sourire — traduisent l'existence, dans le subconscient de celui-ci, d'un sentiment trouble: «le désir ou une nostalgic sentimentale»56.

Quelques passages sont assez explicites. D'abord la scène du cinéma, qui se passe de tout commentaire:

il toussa, choqué par l'attitude de sa voisine et de son compagnon dont il ne voyait que la main laiteuse dans le clair-obscur [...] Elle ne bougeait pas. Son visage, blanchâtre comme la main d'homme, comme le morceau de cuisse que celui-ci découvrait, restait tourné vers l'écran. [...] Un susurrement de baiser près de lui... Il lui vint aux lèvres comme un goût de salive étrangere . . . Il enfonça davantage son cou dans son pardessus. Nouchi, tout à l'heure, le provoquait effrontément... S'il avait voulu... Sont-elles nombreuses les gamines de cet âge qui se jettent ainsi à la tête des hommes mûrs57?
Dans d'autres scènes, il apparaît comme en proie aux fantasmes suscités par ce qu'il voit et ce qu'il entend (en même temps qu'il tente de se rassurer). Ainsi:
Il colle l'oreille à la porte. Il entend comme un soupir, puis le bruit d'un corps qui doit être chaud et qui se retourne lourdement dans son lit. [...] Des pieds nus sur le plancher. La lumière qui se fait, des pas, des allées et venues. Enfin, dans l'entrebâillement de la porte, une grosse fille en chemise, les yeux effarés, les traits encore brouillés par le sommeil. [...] Cela sent la nuit, la femme, le lit moite [...] Emma passe un vieux manteau sur sa chemise à travers le tissu de laquelle on voit ses formes encore indécises de grosse poupée de son [...] Il l'entend qui va et vient derrière lui, fouille dans du linge entassé sur une chaise, cherche ses bas sous le lit [...] Il se retourne alors qu'elle est encore en combinaison rose et qu'elle attache ses bas. Il en a vu tant d'autres! Elle-même oublie qu'elle est en train de s'habiller devant un homme. [...] Si un photographe pouvait saisir Maigret à cet instant, énorme, debout dans cette pièce qui n'est pas à sa mesure et se penchant sur cette grosse fille en combinaison, dont il tapote la rose épaule!... [...] C'est lui le plus ému des deux58.
Parfois même il se contente d'imaginer la femme d'après les seuls bruits qui lui parviennent:
Une heure du matin. Félicie s'est mise à parler en rêve. Maigret derrière la porte a essayé d'entendre ce qu'elle disait. [...] Il écoute un moment sa respiration, les syllabes confuses qu'elle murmure comme un enfant. Il voit la tache laiteuse du lit, le noir des cheveux sur l'oreiller et il referme doucement la porte, redescend sur la pointe des pieds59.
Des pas vont et viennent au-dessus de sa tête, des bruits d'eau agitée, des vêtements qu'on décroche dans l'armoire un soulier qui tombe, la voix de quelqu'un qui, dans sa fièvre, ne peut s'empêcher de parler à vide. Décidément, Félicie est là!60
Passages qui prennent tout leur sens, dans leur discrétion même, si l'on se souvient du rapport ambigu qui s'est établi entre les deux personnages, Maigret en venant à se demander si Félicie ne lui manque pas (ibid., p. 585) et à oublier — croit-il! — «qu'il est dans la chambre d'une jeune fille et que celle-ci est encore couchée» (ibid., p. 641). Le lecteur a d'ailleurs en mémoire que Maigret a été l'objet, peu s'en faut, d'une tentative (stratégique) de «viol» de la part de cette même Félicie, au cours d'une scène dans laquelle le «monologue intérieur» et la nature du regard de Maigret sont faciles à décrypter:
il gravit les marches quatre à quatre, s'arrête au seuil de la chambre de Félicie, aperçoit celle-ci étendue sur le divan. Elle pleure [...] Une idée lui passe par la tête, mais il ne veut pas s'y arrêter: tout ceci n'est que de la comédie. Félicie a choisi son moment [un violent orage l'effraie. Elle a même choisi la pose et qui sait si c'est par hasard que sa robe est relevée bien au-dessus des genoux nerveux? — «Relevez-vous mon petit». Tiens, elle obéit. Félicie obéit sans résistance, ce qui est pour le moins inattendu. La voilà assise sur son lit, les yeux noyés de larmes, le visage marbré de rouge, et elle le regarde, l'air si misérable si las, qu'il se fait l'effet d'une brute [...] Debout dans cette pièce il se sent trop grand et il attire une chaise à lui, s'assied au chevet, hésite à saisir une de ses mains qu'il écarte du visage en larmes [...] Que c'est difficile, mon Dieu! Et comme Maigret préfèrerait avoir devant lui le plus retors des escrocs, le plus terrible des repris de justice. [...] Ce serait le moment de se lever, d'en finir, de parler sérieusement. Maigret en a l'intention. Pour rien au monde, il ne voudrait qu'à ce moment quelqu'un fût à l'observer du palier. Trop tard! Il n'a pas pris position assez vite et Félicie se fait plus véhémente, profite d'un roulement de tonnerre pour s'accrocher à lui, lui parle de plus près, il sent son souffle chaud sur sa joue, voit son visage presque contre le sien. — «Est-ce parce que je suis une femme? Est-ce que vous êtes comme Forrentin? «...—» Qu'est-ce que Forrentin?...» — «Il me veut... Il me poursuit... Il m'a annoncé qu'il m'aurait un jour ou l'autre, que je finirais bien par.... [...] Si c'est cela que vous voulez, dites-le!... J'aime encore mieux ...». — «Non, mon petit non ...». Cette fois, il se lève, la repousse. — «Descendez, voulez-vous?... Nous n'avons rien à faire dans cette chambre...» — «C'est vous qui y êtes venu ...». — «Ce n'est pas une raison pour y rester et surtout pour vous mettre de pareilles idées en tête...» Pourtant ce n'est qu'une femme...61
Et de fait, Maigret succombe, et, à sa manière — gastronomique —, commet une véritable infidélité à Madame Maigret, la seule semble-t-il, de sa carrière:
Il se doute bien que ce homard qui commence à rougir au contact de l'eau boullante lui vaudra jusqu'à la nuit des temps l'agacerie de sa femme. Mme Maigret n'est pas jalouse, du moins elle le dit. [...] N'empêche qu'elle répètera volontiers [...] — Ce n'est pas toujours si terrible qu'on l'imagine [l'activité professionnelle de Maigret]... Ainsi il arrive qu'on fasse une enquête en mangeant un homard en compagnie d'une certaine Félicie et qu'on passe ensuite la nuit près d'elle ...
Pauvre Félicie! Dieu sait pourtant si elle ne pense pas à la bagatelle!62
Maigret, en tout cas, y penserait-il, qu'il n'agirait pas avec plus de prévenances avec Félicie, disposant les fleurs dans un vase, l'invitant à aller se coucher, lui apportant le café au lait au lit, etc. Pour les besoins de l'enquête, bien entendu!

Mais il est douteux qu'il s'agisse encore de l'enquête lorsqu'il déshabille du regard une interlocutrice, note qu'aucun soutien-gorge ne retient une poitrine lasse63 ou que «la robe en coton imprimé de Maguy se plaquait à son corps et il y avait de grands cernes sous ses bras, on voyait sous le tissu, le dessin du soutien-gorge et du slip»64!

Une autre scène mérite d'être citée car elle montre Maigret dans la situation embarrassante qu'il impose à tant de femmes, à la fois gêné et, au fond de lui un peu déçu, peut-être, que le fantasme à peine parvenu au niveau de la conscience ne s'inscrive pas davantage dans la réalité:

Il était sûr que ce n'était pas un rêve. Geneviève Naud était venue. [...] Elle était assise sur cette chaise, se tenant très droite, sans s'appuyer au dossier. Il avait d'abord cru, dans le premier moment, qu'elle était affolée. Or c'était lui, en réalité, le plus affolé des deux. Jamais il n avait été dans une situation aussi délicate, couché dans un lit, en chemise de nuit, les cheveux ébourriffés par l'oreiller, la bouche pâteuse, tandis qu'une jeune fille s'installait à son chevet pour lui faire des confidences [...] Maintenant encore, il avait peine à croire à la réalité de cette scène, dans laquelle il avait joué un rôle de figuration couchée qui l'humiliait. Il n était pas particulièrement coquet et pourtant il avait honte d'avoir été surpris au lit, bouffi de son premier sommeil, par une jeune fille. Le plus vexant encore, c'était l'attitude de celle-ci, qui avait à peine fait attention à lui. Elle ne l'avait pas supplié comme il aurait pu s'y attendre, elle ne s'était pas jetée à ses pieds, elle n avait pas pleuré. [...] Il n'aurait pas pu dire si elle était belle mais il gardait le souvenir de plénitude, d'équilibre que même cette démarche insensée n'était pas parvenue à rompre65.
En définitive, cet homme qui se définit comme un chaste «cet homme puissant qui depuis bientôt trente ans brassait en quelque sorte des passions poussées au paroxysme [...] était un chaste»66 — l'est-il vraiment? Si sa conduite est professionnellement et moralement irréprochable, ses pensées et son imagination sont plus ambiguës qu'il ne le souhaiterait: la curiosité sexuelle, le désir sont toujours présents, à peine exprimés, toujours dominés. Mais à quel prix et par quels moyens? Dans un seul cas, mais bien significatif, ce désir refoulé s'exprime par le dessin «automatique»:
Il regarda machinalement le papier [et] vit que ce qu'il avait dessiné n'était autre qu'une bouche charnue, des lèvres ourlées et sensuelles comme on en voit dans les tableaux de Renoir. Il déchira la feuille en petits morceaux et jeta ceux-ci au feu.67

 
Les combats de Maigret

Les images de femmes poursuivent le malheureux Commissaire inévitablement amené par ses fonctions à se trouver dans des situations où le corps féminin joue un rôle parfois déterminant: prostituées, jeunes filles en révolte, amantes jalouses ou délaissées, servantes complaisantes ou non, femmes surprises à leur réveil... Il en résulte une véritable fixation de son imaginaire sexuel sur les seins: seins furtivement entrevus, seins provocants de jeunes femmes, seins de mères allaitant, «poitrine plate peu faite pour éveiller la sensualité»68, etc. Une sorte d'obsession le hante (celle du romancier peut-être?) qui donne parfois à Maigret «l'impression d'assister à une floraison de corsages clairs».69

 
— la tentation

Rarement la tentation est avouée. Le roman dans lequel, sans doute, elle est le plus manifeste, et sur lequel il faut nous attarder, est La Nuit du carrefour. On y trouve à la fois une théâtralisation de l'érotisme et, implicites ou explicites, des témoignages sur les sentiments inavoués de Maigret: le cadre et le jeu de la séduction, les réactions de la victime de ce jeu.

Rappelons qu'Else, prostituée et criminelle, joue le rôle d'une jeune fille aristocratique vivant seule avec son frère (en fait son mari, qui, lui, est un véritable aristocrate) dans une belle résidence. Son «jeu» consiste à séduire Maigret en jouant sur son charme et sur le cadre de sa chambre. Le romancier parvient, tout en regroupant en quelques pages les motifs dominants de l'érotisme de Maigret, à faire du lecteur un spectateur, au côté de Maigret et, en même temps, à lui faire connaître les pensées et le désir inavoué du Commissaire, devant cette image stéréotypée de la femme fatale, fascinante puis vulgaire, dans un cadre digne de La Vie parisienne, ou d'un luxueux bordel. Qu'on en juge, à partir d'une série d'extraits:

[Else] s'avançait, les contours indécis dans la demi-obscurité. Elle s'avançait comme la vedette d'un film ou, mieux, comme la femme idéale dans un rêve d'adolescent. Sa robe était-elle de velours noir? Toujours est-il qu'elle était plus sombre que tout le reste, qu'elle faisait une tache profonde, somptueuse. Et que le peu de lumière, encore éparse dans l'air se concentrait sur ses cheveux blonds et légers, sur le visage mat. [...]
Une note trop voluptueuse, trop lascive? Pourtant elle n'était pas provocante. Elle restait simple dans ses gestes, dans ses attitudes [...]
Les murs, les objets, le visage d'Else lui-même étaient comme découpés en tranches lumineuses. A cela s'ajoutait le parfum sourd de la jeune femme et d'autres détails imprécis, du linge de soie jeté sur une bergère, une cigarette orientale qui brûlait dans un bol de porcelaine, sur un guéridon de laque, Else enfin, en peignoir grenat, étendue sur le velours noir du divan.[...].
Elle rit, d'un rire de gamine. Une de ses épaules sortit du peignoir qu'elle remonta. Et elle restait couchée, blottie plutôt sur le divan bas [...] Dans la chambre parfumée, couchée comme elle l'était, en peignoir, balançant une mule au bout de son pied nu, et Maigret, entre deux âges, le visage un peu rouge, le melon posé par terre... N'était-ce pas une estampe pour la Vie Parisienne? [...]
Elle portait la même robe noire que la veille, qui soulignait ses formes [...] Elle rit. Un rire franc, perlé. Et plus que jamais elle était parée de ce que les cinéastes américains appellent le sex appeal. Car une femme peut être belle et n'être pas séduisante. D'autres, aux traits moins purs éveillent sûrement le désir ou une nostalgic sentimentale. Elle provoquait les deux. Elle était à la fois femme et enfant. L'atmosphère autour d'elle était voluptueuse. Et pourtant quand elle regardait quelqu'un dans les yeux, on était surpris de lui voir des prunelles limpides de petite fille [...]
Le peignoir s'écarta, comme le matin Un instant un sein fut visible petit et rond. Ce ne fut qu'un éclair. Et pourtant Maigret avait eu le temps de distinguer une cicatrice [...]
Plus loin dans le roman, même si le trouble persiste, Else, démasquée, rejoint dans sa vulgaire réalité d'autres femmes rencontrées par Maigret:
Un visage joli, très fin, tout tendu, tout soudain pointu [...] Elle versa de l'eau dans la cuvette, retire tranquillement sa robe, comme si c'eût été la chose la plus naturelle du monde, et resta en combinaison, sans pudeur ni provocation [devant Maigret]. Etait-elle assez jeune fille perverse quand elle parlait du château de ses parents [...] C'était fini! Un geste était plus éloquent que tous les mots: cette façon d'enlever sa robe, de se regarder maintenant dans la glace avant de se passer de l'eau sur le visage. C'était la fille, simple et vulgaire, saine et rouée. Elle dit à Maigret:] «Hier encore, quand vous étiez ici et que je vous laissais apercevoir un sein, vous aviez la gorge sèche, le front moite, en bon gros que vous êtes...» [...] Elle cambrait les reins, prenait plaisir à regarder son corps souple, à peine voilé.[...]
Quant à lui, il savourait peut-être un peu trop cette promiscuité, tellement en dehors de la norme[...].70
En contrepoint, la femme du garagiste, représente, dans le roman, l'inverse de la femme fatale: «Une femme en peignoir de crêpon rose [qui] n'était ni laide ni jolie. [...] Son déshabillé était commun, sans séduction, et elle restait toute gauche devant Maigret, à guetter son mari»71. Si les cas comme celui-ci, où Maigret demeure sensible au manque de charme, voire à la vulgarité de l'interlocutrice, ou insensible aux trop évidentes tentatives de séduction, sont relativement nombreux, il n'en est pas moins vrai que, consciemment ou non, il éprouve souvent le besoin de se protéger contre d'obscures pulsions, nées de sa propre curiosité aussi bien que du charme naïf de bien des femmes enfants ou de la resplendissante mâturité de certaines femmes.

 
— les défenses de Maigret

Il dispose de plusieurs lignes de défense, dont les plus importantes sont le paternalisme, son désir de lucidité et... Madame Maigret...

Lui dont le problème est probablement de n'avoir pas eu d'enfant (ou plus exactement une enfant qui est morte très jeune et à laquelle une seule référence est faite dans la série) est tenté de se poser en père devant les jeunes femmes qu'il rencontre. En père dont il rappelle souvent, jusqu'à l'autodénigrement, la prestance physique, en opposition à la fragilité de l'interlocutrice, ce «monsieur grave et massif »72 peut se faire l'effet d'une «brute»73; il se veut «placide»74, «puissant»75, il se sent «énorme, debout dans cette pièce qui n'est pas à sa mesure, se penchant sur une grosse fille en combinaison, dont il tapote la rose épaule»76, «trop grand et trop large pour la chambre»77 et admire presque sa maîtrise de soi: «un calme! une indifférence! [...] Comme s'il n'y eût eu devant lui qu'un objet banal»78.

D'un père, il adopte le comportement: «Maigret, auprès de cette fille aussi fraîche, a l'air d'un bon papa indulgent»79, surtout lorsqu'il se persuade qu'il a devant lui une «enfant-femme80» à laquelle il peut parler «désormais avec douceur, avec une indulgence affectueuse»: il «ne demande qu'à l'aider, paternel»81.

Fort de cette «paternité», il peut se permettre d'appeler les jeunes femmes «mon petit», d'être protecteur sans trop d'ambiguité, comme il l'est avec Félicie lorsqu'elle lui joue le jeu de la séduction ou avec bien d'autres:

Maigret [...] sans s'en rendre compte, éprouva le besoin de poser la main sur l'épaule de Berthe Pardon. Beaucoup d'hommes d'âge mûr ou d'un certain âge agissent habituellement ainsi, d'un air paterne, et cela se remarque à peine. Sans doute [...] était-il maladroit, car la jeune fille se tourna vers lui, étonnée, et tandis qu'il était un peu décontenancé, elle semblait dire: «Vous aussi!...»82

Soudain au moment où il s'y attendait le moins, Thérèse se jeta contre sa poitrine et se mit à sangloter éperdument. «La!... La!.. faisait-il comme on calme un enfant. C'est tout. Dites-moi ce que vous avez sur le cœur...»83

Il lui prit les épaules dans ses grosses pattes, la regarda d'une façon à la fois bourrue et cordiale. Elle ne tenta qu'un mouvement timide pour se dégager, resta immobile, tremblante, à se faire aussi petite que possible. [...] «Tu es une pauvre petite fille».84

Mais, quelles que soient la pureté de ses sentiments, la délicatesse, la tendresse parfois, qu'il éprouve pour les jeunes filles fraîches, roses, épanouies85, les femmes plus averties ne s'y trompent guère qui, avec autant de vulgarité parfois que de lucidité, savent démasquer la sensualité sous-jacente, derrière la prudente indifférence de Maigret. Else est du nombre dans la Nuit du carrefour, nous l'avons vu. D'autres également, qu'il s'agisse d'une vulgaire femme de chambre qui joue à le troubler par son jeu physique et verbal:
Elle était en chemise, avec des cheveux qui lui tombaient jusqu'aux reins, une poitrine lourde, gonflée de sève. [...] «-J'ai besoin de m'habiller? [...] Cela ne vous fait pas drôle d'être tout habillé alors que je suis en chemise de nuit? [...] Votre femme n'est pas jalouse?» [...] Elle s'était mise à se peigner devant la glace, découvrant les touffes rousses de ses aisselles et on voyait le rose de son corps en transparence. [...] J'ai lu un livre sur Elizabeth d'Angleterre, une reine [...] C'était une femme froide, qui ne pouvait pas faire l'amour. [...] Le peigne crissait dans les cheveux, et elle cambrait les reins, observait parfois Maigret dans le miroir [...] «Ce n'est pas mon cas, heureusement!» «[...] Dites donc, cela ne vous gène pas de regarder une femme qui fait sa toilette [...j Avouez que vous aviez une idée derrière la tête! Vous n'osez pas? C'est à cause de votre femme?».
Déjà elle avait versé de l'eau dans sa cuvette pour se laver, et Maigret voyait le moment où elle laisserait tomber sa chemise, dont les bretelles glissaient un peu plus à chaque mouvement.86
ou d'une honnête Mademoiselle Blanche qui comprend «qu'il n'était pas fâché de la contempler en déshabillé»87. Maigret en vient même à interpréter à la lumière de ses propres fantasmes le comportement de la rougissante Sœur Marie des Anges, tout en se réfugiant, une fois de plus, derrière le désir paternel de protection:
Sœur Marie des Anges était entrée deux ou trois fois, avec chaque fois un coup d'œil furtif et pourtant appuyé dans sa direction. Elle était toute jeune. Son visage rose était sans une ride. Un imbécile aurait peut-être prétendu qu'elle était amoureuse de lui, tant elle mettait de hâte à aller le chercher dans l'escalier, tant, lorsqu'il se trouvait dans la chambre, elle devenait maladroite de ses mains. Il savait bien que c'était autre chose, que c'était plus simple, très naïf, très petite fille, au fond.88
Ce dernier exemple illustre ce qui est un autre mode de «défense» de Maigret, son désir de demeurer lucide et de ne pas s'en laisser compter. Les quelques exemples qui suivent le montrent s'interrogeant sur lui-même, sur ses sentiments, sur son comportement, sur ses motivations, sur la situation dans laquelle il se trouve:
Tout cela était-il sérieux? Que faisait-il, ce monsieur grave, massif, dans un décor qui n'avait pas plus de consistence qu'un jouet.89

la situation était ridicule90

Pourtant ce n'est qu'une femme... Une enfant-femme!... Voilà ce que Maigret a compris, voilà pourquoi il lui parle désormais avec douceur, avec une indulgence affectueuse91

Sa poitrine plate n'était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins elle attirait par ce qu'il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif.92

Elle n'était pas belle, surtout en savates et en peignoir fripé. Mais peut-être, pour lui, dans l'abandon de cette intimité, n'en avait-elle que plus de charme.93

N'en avait-il pas été quelque peu amoureux?94

Plus particulièrement significatif le moment privilégié où, rencontrant enfin «une vraie femme», il prend conscience de l'élan qui le porterait vers elle, mais se force à le réprimer:
Elle lui fut tout de suite sympathique. Elle avait un visage ouvert, une bouche bien dessinée, était beaucoup plus femme qu'on ne l'aurait pensé d'une personne accumulant les succès universitaires. Il eut presque envie d'aller lui parler et elle eut plusieurs fois la même idée car, lorsque leurs regards se rencontraient, un léger sourire lui montait aux lèvres [...] — «Une vraie femme», pensa-t-il95.
Arrêtons-nous un instant sur le personnage de cette Martine Chapuis, assez exceptionnel dans l'œuvre puisqu'elle est l'une des rares femmes dont le corps n'ait quasiment pas d'importance. Maigret se contente, en effet, de donner d'elle un portrait presque exclusivement moral et intellectual, révélateur de ce qu'il aime trouver chez une femme: elle a un esprit logique («il s'amusait parfois à essayer de prévoir ce que les gens allaient faire et il éprouvait toujours une certaine satisfaction quand il ne s'était pas trompé», p. 799), elle a la force de caractère, après une longue interrogation muette, de se lever et de venir «assez gauche» (p. 799) s'asseoir à sa table, elle le comprend d'un simple battement de paupières et semble deviner les pensées du commissaire, elle est capable de rougir («et il en fut content, car il n'aimait pas les femmes qui ne sont plus capables de rougir», p. 800), elle a «des rapports amicaux, confiants avec son père» (p. 800), elle est pudique et franche. Une atmosphère de compréhension familiale ne manque pas de s'établir entre eux («C'était un peu comme si, en l'absence de [son père] elle eût choisi le commissaire pour le remplacer», p. 800).

Le «mon petit» que lui adresse Maigret, presque mécanique avec les autres jeunes femmes, est ici justifié par un commentaire qui montre combien cette fille simple et droite suscite chez le commissaire un désir de paternité et d'intégration, voire de substitution au couple parental:

Il fut surpris de l'avoir appelée ainsi et c'était parce qu'il l'aimait bien. S'il avait eu une fille, il n'aurait pas été fâché, en définitive, qu'elle lui ressemble. Mme Maigret aurait réagi comme la maman de Martine [elle est furieuse de la liaison gue Martine vient d'avouer à Maigret], mais, lui aurait sûrement réagi comme Chapuis «papa, lui, ne m'en veut pas»]96
Mais les sentiments sont-ils jamais vraiment simples chez Maigret (chez Simenon?): derrière le rapport «père/ fille», ne voit-on pas se profiler, une fois le problème du crime résolu, un étrange rapport de couple?
Ils marchaient en silence et, de loin, on devait les prendre pour des amoureux, ou plutôt pour un couple qui vient respirer l'air du soir sur les quais avant d'aller se coucher97.
L'histoire de Martine Chapuis nous a amenés, par ces quelques allusions, à évoquer ce qui constitue pour Maigret, le seul véritable et durable soutien, dans les combats qui se livrent en lui, au niveau du subconscient: le couple qu'il forme avec Mme Maigret. Sans doute celle-ci n'apparaît-elle qu'en contrepoint et il n'est pas dans notre propos d'évoquer ici la paisible et confortable vie conjugale de Maigret. Il suffit de rappeler combien Maigret était «heureux d'avoir une femme comme elle et il avait aux lèvres un petit sourire de satisfaction»98. Discrète, prévenante, sensible, apparemment «toute naïve»99 comprenant à demi mot, capable, à l'occasion, d'aider Maigret par ses intuitions, voire ses initiatives, tout en sachant «que son mari avait horreur de la voir se mêler à ses affaires»100, «brave»101 devant la douleur, elle a les défauts de ses qualités: sa trop grande préoccupation ménagère («car elle ne voulait pas de bonne et se contentait d'une femme de ménage le matin pour le gros travail. Elle se piquait au jeu»102), son inaptitude à «rester un instant sans un ouvrage à la main», peuvent la rendre «énervante, à la fin!» 103.

Elle est pour Maigret l'image de la femme selon son cœur, maternelle à souhait. Dans leur vie conjugale, après des débuts qui semblent avoir été plus tendres que passionnés, elle en est arrivée, selon un cheminement psychologique fréquent, à compenser l'absence de sexualité par la profusion des plaisirs de la table, plus reposante même si elle est parfois ... alourdissante. Et rien n'indique que Maigret s'en plaigne. Mieux, la vie que le Commissaire mène auprès de son épouse, permet à celui-ci de réduire sa propre curiosité sexuelle à n'être que «cosa mentale», comme eût dit Stendhal, et, tout en le préservant des périls encourus, elle conditionne dans une certaine mesure le regard qu'il porte sur les femmes...

 
Un regard de gourmet

La plupart des exemples que nous avons donnés, l'intérêt constant, obsédant presque, que Maigret porte au corps de la femme pourraient inviter à considérer celui-ci comme un «voyeur» refoulé, inhibé par un interdit moral, professionnel, voire physiologique . Son regard n'est-il pas plutôt celui du collectionneur, à qui suffit le plaisir de voir, d'observer, de différencier, de classer, pour lequel la justification du regard est le plaisir qu'il éprouve à regarder, comme d'autres à posséder?

Un inventaire lexical des «Maigret» (ou de l'ensemble de l'œuvre de Simenon) montrerait la fréquence, assez exceptionnelle, des verbes appartenant au champ sémantique de la vision (regarder, voir, observer, entrevoir, etc.). Nombre des personnages sont des visuels, à l'image de ce médecin qui se laisse entraîner dans l'engrenage des crimes par la terreur de cesser de voir, le désir de continuer à voir l'épouse qu'il sait infidèle : ses motivations se résument en quelques mots: «je ne l'aurais pas vue», je risque de «ne pas la voir»104. Maigret est de cette race des visuels, soit parce que son métier a développé les qualités d'observation, soit parce que sa formation initiale, — trois années de médecine dont il garde la nostalgie: «J'aurais pu être chirurgien, moi aussi»105 - correspondait à un goût particulier pour l'observation et la classification. Commissaire de police, il observe et classe les hommes; homme, il observe et classe les femmes (en ajoutant à son regard, il est vrai, une connotation plus affective).

Son regard est très diversifié selon les cas. Il peut être

— pudique (il «détournait les yeux quand son regard tombait sur les jambes de la grosse femme, qui avait la manic de tenir les genoux écartés et qui montrait de larges morceaux de peau rose au-dessus de ses bas noirs»106),

— surpris (par les «seins invraisemblables»107 d'une grosse borne),

— observateur(«Maigret l'observait, observait sa fille [...] En la regardant de la sorte, on pouvait très bien prévoir ce qu'elle serait dans une dizaine d'années, lorsque le charme de la jeunesse aurait disparu»108),

— ému («Tout était émouvant, même sa taille plate, sa jupe noire, ses paupières rouges»109),

— embarrassé («Il n'avait jamais beaucoup pris garde à elle. Il l'avait considérée comme une fille solide, bien en chair, sans nerfs. Et voilà qu'elle se raccrochait à lui, le visage bouleversé, le corps pantelant, avec une insistence gênante»110),

— indiscret («A certain moment, comme le regard du commissaire glissait sur ses jambes, elle baissa sa robe, d'un geste simple»111),

— indifférent («Elle avait un beau corps souple de danseuse, mais le commissaire n'en était même pas émoustillé»112),

— dubitatif(«Elle était là, devant lui, en chair et en os, maigre et fanée dans sa robe foncée qui lui pendait sur le corps comme un vieux rideau pend à une fenêtre; elle était bien réelle, avec dans ses prunelles sombres, le reflet d'une vie intérieure intense; et pourtant il y avait en elle quelque chose d'immatériel, d'insaisissable. Savait-elle qu'elle produisait cette impression-là?»113),

— intimidant («Elle paraissait timide, effarouchée [...] par les regards fixés sur elle»114),

— sans conviction («Ce regard qui pesa sur elle, c'était tout Maigret! un calme! une indifférence! [...] Comme s'il n'y eût devant lui qu'un objet banal»115),

— critique («La servante était rouge, trop animée, et Maigret sourit en la regardant, sans trop savoir pourquoi. C'était une grosse fille appétissante, surtout quand on la voyait de dos, car son visage grossier, aux traits durs et irréguliers décevait ensuite. [...] Elle fit deux pas vers la porte et dut se baisser pour tendre son bas, puis elle fit deux pas encore, se crut cachée par le battant et rattacha sa jarretelle, tire sur sa combinaison tandis que Maigret souriait de plus belle»116), etc.

Il peut aussi, quand les nécessités de l' enquête l' imposent, se porter sur une photographie, avec les mêmes nuances dans l'appréciation.

Les exemples qui précèdent ont été choisis à dessein. La plupart d'entre eux sont exempts de la connotation sexuelle à laquelle le lecteur est sensible dans un premier temps: la curiosité, le désir de retenir tout ce qui pourra aider à comprendre un personnage sont, de toute évidence, les motivations premières de Maigret. En allant jusqu'au paradoxe, on pourrait en arriver à dire que, désireux de comprendre les femmes, de découvrir «le trait dominant de [leur] caractère»117, il les poursuit du regard dans ce qu'elles ont de spécifique, leur féminité. Mais ce serait oublier que, chez lui comme chez tout être humain, la sexualité demeure présente, fût-ce à l'état de fantasme sublimé: il suffit pour s'en assurer de suivre les cheminements de son imagination devant un lit défait ou, plus explicitement encore, devant telle «femme bien en chair, bien vivante, qui devait être une maitresse tumultueuse».118

Maigret, toutefois, ne lâche pas la bride à ses fantasmes:

troublé, mais résolu à demeurer chaste, il refuse d'aller jusqu'au bout de l'interrogation qui risquerait de porter le fantasme au niveau de la conscience:

On entendit Nouchi qui rentrait chez elle [...]. S'était-elle aussi mal conduite que la jeune fille potelée du cinéma? Qu'est-ce que cela pouvait faire au commissaire? En quoi les faits et gestes de cette gamine...119

Il ne méconnaît certes ni le charme ni la sensualité qui peuvent émaner d'une interlocutrice, ni l'effet de répulsion que peut susciter sa vulgarité, mais, habitué aux «compensations» gastronomiques que lui prodigue Mme Maigret et aux repas riches et abondamment arrosés que lui procurent les bistrots parisiens, il procède, en fait de «consommation», à une sorte de transfert métaphorique, de la consommation sexuelle à celle du gourmet. Chez ce grand enfant, au total très introverti, le plaisir oral demeure essentiel. L'image princeps est bien celle de «ces femmes qui font penser à des plats mijotés, à des confitures amoureusement mises en pot»120. Lecture que confirme la prévalence des termes appartenant au champ sémantique de la dégustation, appliqués aux femmes désirées. Il est significatif que, lorsqu'il veut exprimer le sentiment qui le porte vers une femme, au qualificatif «désirable», très rare (parce que compromettant au plan sexuel?), il préfère les termes «appétissante»121, «savoureuse»122, «croustillante»123, «moelleuse»124, ou bien la comparaison à un «fruit juteux»125, à un «rose de bonbon»126, que la scène du cinéma dont il est le témoin gêné lui laisse aux lèvres «un goût de salive étrangère»127, que, de façon générale, Maigret soit sensible à la densité de la chair, à la présence de la sève, à tout ce qui peut établir un lien, fût-il fugitif avec un objet à consommer, — un animal lascif souvent128.

Le regard de Maigret n'est jamais simple, qui va de l'observation impassible du praticien désireux de comprendre à l'insistance curieuse et à la confidence voilée sinon d'un trouble, du moins d'un certain émoi. La curiosité de Maigret ne se réduit pas à son désir d'établir, mentalement, des fiches de police sur chacune de ses interlocutrices: les thèmes récurrents sont trop nombreux pour qu'on soit en droit de les considérer comme de simples informations techniques. L'ambiguité du regard de Maigret tient à la nature du personnage romanesque, à l'exercice de sa profession, à la forme de son intelligence, à sa sexualité dominée dans la relation si particulière qu'il entretient avec son épouse. Mais elle tient aussi à la personnalité de Simenon que nous avons entrevue parfois, et tout particulièrement au rapport du romancier aux femmes: femmes à consommer, «enfants-femmes» à protéger, femmes-mères au comportement doux et protecteur. Si l'on remonte du personnage au romancier on ne peut que formuler l'hypothèse d'une relation privilégiée entre celui-ci et son compagnon de quarante années d'écriture. Un simple détail suffirait à étayer cette hypothèse: la relative disparition, dans les derniers «Maigret», publiés par un Simenon vieillissant, des descriptions complaisantes de jeunes femmes bien en chair...

Maigret reflet de Simenon? Maigret, anti-Simenon? On est tenté de penser, dans un premier temps, que Simenon a voulu faire de Maigret une somme de tout ce qu'il n'était pas: un homme chaste, irréprochable, étranger aux tentations, bon époux faute d'avoir pu etre bon père. Mais il est assez clair aussi, qu'un romancier ne parle jamais que de lui et que son personnage ne cesse de lui échapper... pour le rejoindre. Les regards que Maigret porte sur les femmes sont ceux de Simenon: des romans comme La Nuit du carrefour ou Félicie est là témoignent assez de la présence du romancier et du plaisir que, bien malgré lui, le Commissaire tire de la promiscuité que (bien malgré lui aussi) lui impose si souvent Simenon. Derrière l'écriture du personnage de fiction, y a-t-il une illustration involontaire des fantasmes de l'écrivain? La question mérite d'être posée: elle imposerait un enquête plus vaste portent sur la totalité des «Maigret», sur les autres romans et sur les écrits autobiographiques. Il nous suffira d'avoir rappelé ici, en étudiant le regard de Maigret sur les femmes, que ce regard reflète l'imaginaire du Commissaire et la représentation qu'en donne Simenon.


NOTES
1.   G. SIMENON, La Nuit du carrefour, 1931, 16, p.534. Notons une fois pour toutes que nous nous référons à l'édition récente du Tout Simenon, 25 vol., Presses de la Cité, 1988-1992, l'indication de la page étant précedée de la date du roman et numéro du volume.
2.   Ibid., p. 501.
3.   Dans nombre d'entre eux la femme est totalement absente ou à peu près dépourvue de signification par rapport au regard de Maigret.
4.   Signé Picpus, 1941, 24, p. 459.
5.   Maigret hésite, 1968, 14, p. 209.
6.   Liberty Bar, 1932, 17, p. 768.
7.   L'Ecluse n° 1, 1933, 18, p. 474.
8.   L'Ami d'enfance de Maigret, 1968, 14, p. 346.
9.   Ainsi: «une femme d'une cinquantaine d'années, franchement désagréable [... armée d'une robe de soie mauve et pas un de ses cheveux gris ne sortait d'un rigide alignement [...] Son visage était dur et méfiant et il n'y avait que ses doigts grassouillets à s'agiter» (Monsieur Gallet décédé, 1931, 16, p. 11).
10.   Signé Picpus, 1941, 24, p. 381.
11.   Ibid., p. 390.
12.   Félicie est là, 1941, 24, p. 591.
13.   Ibid., p 578.
14.   Monsieur Gallet décédé, 1931, 16, p. 11.
15.   L'Ecluse n° 1, op. cit., p. 529.
16.   Cécile est morte, 1939, 23, p. 232.
17.   Les Caves du Majestic, 1939, 23, p. 341.
18.   Au Rendez-vous des terre-neuvas, 1931, 16, p. 682.
19.   Pietr-le-Letton, op. cit., p. 432 et 439.
20.   Maigret et son mort, 1947, 2, p. 436.
21.   Ibid., p. 437.
22.   Le Charretier de la Providence, 1930, 16, p. 215.
23.   Signé Picpus, op. cit., p. 399.
24.   Au Rendez-vous des terre-neuvas, op. cit., p. 650.
25.   Signé Picpus, op. cit., p. 397.
26.   Au Rendez-vous des terre-neuvas, op. cit., p. 675.
27.   Les Vacances de Maigret, 1947, 3, p. 34.
28.   Félicie est là, op. cit., p. 641.
29.   Nouvelles enquêtes de Maigret, «L'Amoureux de Madame Maigret», 1944, 25, p. 21.
30.   Maigret hésite, 1968, 14, p. 213.
31.   Maigret et la grande perche, 1951, 5, p. 544.
32.   Maigret, Lognon et les gangsters, 1951, 5, p. 804.
33.   Le Charretier de la Providence, 1930,16, p.200; Maigret en meublé, 1951, 5, p.393.
34.   La Nuit du carrefour, op. cit., p. 451.
35.   La Danseuse du Gai-Moulin, 1931, 17, p. 25.
36.   Pietr-le-Letton, op. cit., p. 394.
37.   Maigret et la grande perche, op. cit., p. 569; Maigret, Lognon et les gangsters, op. cit., p. 749.
38.   La Nuit du carrefour, op. cit., p. 492 et p. 509.
39.   Maigret, Lognon et les gangsters, op. cit., p. 804.
40.   Ibid., p. 791.
41.   Maigret et l'indicateur, 1971, 15, p. 614.
42.   Liberty Bar, op. cit., p. 768.
43.   Pietr-le-Letton, op. cit., p. 394.
44.   Maigret en meublé, op. cit., p. 393.
45.   Maigret au Picratt's, 1950, 5, p. 317.
46.   Maigret et la grande perche, op. cit., p. 544.
47.   Nouvelles enquêtes de Maigret(2), op. cit. «L'Etoile du Nord», p. 117.
48.   «Quant à la fille, aux formes pleines, voire un peu trop abondantes, moulées dans la soie sombre, elle incarnait la fausse femme fatale», Liberty Bar, op. cit., p. 752.
49.   L'Ami d'enfance de Maigret, op. cit., p. 355.
50.   La Maison du juge, 1942, 23, p. 494.
51.   Félicie est là, op. cit., p. 565.
52.   La Nuit du carrefour, op. cit., p. 534.
53.   Maigret au Picratt's, op. cit., p. 247.
54.   Ibid., p 242.
55.   «Pourquoi Maigret rougit-il? Parce qu'il l'avait vue en chemise, dans le désordre d'une chambre de bonne? Ce n'était pas une bonne, certes» (La Première Enquête de Maigret, 1948, 3, p. 391).
56.   La Nuit du carrefour, op. cit., p. 533.
57.   Cécile est morte, 1939, 23, pp. 261-262.
58.   Signé Picpus, op. cit., pp. 129-130.
59.   Félicie est là, op. cit., p. 638.
60.   Ibid., p. 646
61.   Ibid., pp 593-595.
62.   Ibid., p. 633.
63.   Les Caves du Majestic, 1939, 23, p. 325.
64.   Maigret tend un piège, 1955, 8, p. 222.
65.   L'Inspecteur cadavre, 1941-43, 24, pp. 478-479.
66.   Cécile est morte, op. cit., p. 261.
67.   La Maison du juge,op. cit., p. 442.
68.   Le Chien jaune, 1931, 16, p. 287.
69.   La Première Enquête de Maigret, op. cit., p. 414.
70.   La Nuit du carrefour, op. cit., pp. 476, 478, 491,492, 501, 509, 533, 534.
71.   Ibid., p. 496.
72.   Félicie est là, op. cit., p. 565.
73.   Ibid., p. 340.
74.   Ibid., p. 641.
75.   Cécile est morte, op. cit., p. 261.
76.   Signé Picpus,op. cit., p. 455.
77.   La Maison du juge, op. cit., p. 439.
78.   Pietr-le-Letton, op. cit., p. 375.
79.   Signé Picpus, op. cit., p. 397.
80.   Félicie est là, op. cit., p. 611.
81.   Ibid., p. 612.
82.   Cécile est morte, op. cit., p. 253.
83.   La Maison du juge, op. cit., p. 439.
84.   Le Chien jaune, op. cit., p. 289.
85.   Le portrait type: «elle avait une chair saine et ferme, pleinement vivante. Ses traits étaient réguliers et son feint coloré contrastait avec la blondeur de ses cheveux. [...] Elle avait une voix d'enfant, une docilité d'enfant sage que l'on questionne» (L'Ecluse n° 1, op. cit. p. 474.)
86.   La Première Enquête de Maigret, op. cit., pp. 406-408.
87.   Maigret en meublé, l951, 5, p. 423.
88.   Les Vacances de Maigret, 1947, 3, p. 12.
89.   Félicie est là, op. cit., p. 565.
90.   Maigret et la grande perche, op. cit., p. 544.
91.   Félicie est là, op. cit. p. 611.
92.   Le Chien jaune, op. cit., p. 287.
93.   La Danseuse du Gai-Moulin, 1931, 17, p. 25.
94.   L'Ami d'enfance de Maigret, op. cit., p. 355.
95.   Maigret s'amuse, 1956, 8, p. 797.
96.   Ibid., p. 801.
97.   Ibid., p. 805. «Roman» inabouti qui aura une conclusion, pudique et mélancolique — les derniers mots du livre —: «Ce n'est que quatre jours plus tard, dans une auberge des bords du Loing, que Maigret recut une carte postale représentant le Quai des Orfèvres. Son nom et son adresse étaient écrits en caractères bâtonnets et, dans la partie réservée à la correspondence, il n'y avait que deux mots: MERCI, PATRON.» (p. 809)
98.   Maigret et l'indicateur, 1971(l'avant-dernier des «Maigret»), 15, 15, p. 576.
99.   Nouvelles Enquêtes de Maigret, «L' Amoureux de Madame Maigret», 1944, 25, p. 9.
100.   Ibid., p. 14.
101.   Un Echec de Maigret, 1956, 8, p. 517.
102.   Nouvelles Enquêtes de Maigret, op. cit., p. 10.
103.   Ibid., p. 15.
104.   Les Vacances de Maigret, op. cit., p. 108. Les italiques sont de Simenon.
105.   Ibid., p. 9.
106.   Ibid., p. 46
107.   Ibid., p. 14
108.   Au Rendez-vous des Terre-neuvas, op. cit., p. 715.
109.   Le Chien jaune, op. cit., p. 328.
110.   Le Charretier de la Providence, op. cit., p. 224.
111.   Monsieur Gallet décédé, op. cit., p. 48.
112.   Maigret et l'indicateur, op. cit., p. 614.
113.   Maigret et le corps sans tête, 1955, 8, p. 65.
114.   Les Vacances de Maigret, op. cit., p. 34.
115.   Pietr-le-Letton, op. cit., p. 375.
116.   L'Ecluse n° 1, op. cit., p. 464.
117.   La Danseuse du Gai-Moulin, op. cit., p. 25.
118.   La Guinguette à deux sous, 1931, 17, p. 160.
119.   Cécile est morte, op. cit., p. 269.
120.   L'Ami d'enfance de Maigret, op. cit., p. 346.
121.   L'Ecluse n° 1, op. cit., p. 464.
122.   Les Vacances de Maigret, op. cit., p. 34; Au Rendez-vous des Terre- neuvas, op. cit., p. 657; Un Echec dc Maigret, op. cit., p. 557.
123.   La Guinguette à deux sous, op. cit., p. 160.
124.   Maigret s'amuse, op. cit., p. 797.
125.   La Maison du juge, op. cit., p. 421.
126.   Les Caves du Majestic, op. cit., p. 333.
127.   Cécile est morte, op. cit., p. 262.
128.   Cela peut aller jusqu'à la dérision, lorsqu'il évoque de «gros seins remuant[...] comme de la gélatine» (Maigret en meublé, op. cit., p. 353).

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