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L'illustré   (N° 37) XXXIXe anné
Lausanne, 10 septembre 1959, p 69-70

GEORGES SIMENON

acteur d'occasion,
dans le rôle du romancier Simenon

Un documentaire sur
le plus fécond des écrivains modernes

par Renée SENN

English translation


Echandens. Pleins feux sur la façade du château où habite Georges Simenon, et où l'on tourne un court métrage qui n'aura rien d'une biographie ; c'est, en fait, un « flash » sur l'existence et la méthode de travail du fécond romancier. Un de ses personnages – le président, incarné par Michel Simon – et des séquences d'actualités d'avant-guerre serviront de contexte au documentaire que signe un Français, Lausannois d'adoption : le cinéaste Hauduroy.

Pour décrire Georges Simenon, la camera du documentariste Jean-François Hauduroy se fait nomade. L'action du film que l'on tourne aujourd'hui se situe successivement à Echandens près de Lausanne, à Paris, Milan, Cointrin, Ouchy, en Normandie. Décors réels : la place du Dôme et les Galeries de Milan, les rives de la Seine, la bibliothèque d'une vieille demeure normande et la maison de Simenon, le charmant château d'Echandens, où il vit avec sa femme et ses trois plus jeunes enfants : neuf ans, six ans, trois mois. jusqu'ici, l'équipe s'est heurtée à une seule impossibilité : filmer Simenon sur la falaise d'Etretat. Simenon est sujet au vertige.

Le titre du film n'est pas encore définitivement arrêté. On pense à « Simenon ou l'Arbre à Romans », ce qui est une bonne définition de l'homme et de sa prodigieuse fécondité, puisqu'il « porte » des romans comme le pommier porte ses fruits. En une trentaine d'années, il a écrit 166 romans, sans compter tous ceux qu'il a signés d'un de ses 17 pseudonymes (Christian Brull, Georges Sim, Jean du Perry, Gom Gut...), si divers que les éditeurs peu scrupuleux d'aujourd'hui mettent en vente des ouvrages signés d'un nom inconnu avec, sur la bande, cette interrogation : « Un ancien Simenon ? »...

Le film d'Hauduroy ne sera pas une biographie, mais un flash sur l'existence d'un romancier dont le cerveau est un creuset d'idées, de souvenirs, de personnages vus, aperçus et retenus prisonniers dans une mémoire exceptionnelle. Simenon, périodiquement, est contraint d'écrire un roman, sans doute quand la pression est trop forte dans sa tète, quand sa mémoire est pleine, quand son creuset à idées déborde.

Hauduroy, auteur du scénario, se propose d'expliquer comment Simenon écrit un livre. L'ouvrage choisi existe déjà, c'est « Le Président ». Simenon en a situé l'action en Normandie et à Paris. Lorsqu'il a voulu baptiser son héros, homme politique – fusion de souvenirs, d'impressions, d'inventions – il a suivi la voie ordinaire : l'annuaire du téléphone. Mais ses recherches sont demeurées vaines, il n'a pas trouvé, dans l'annuaire, le nom de son personnage. Pour cette raison, il ne le désigne, tout au long de l'ouvrage, que par son titre le président.

Sur l'écran, Simenon partagera la vedette avec ce personnage né sous sa plume. L'auteur et le président apparaissent, en alternant. C'est pour Jean-François Hauduroy, qui effectue sa première mise en scène (après avoir été, de « Edouard et Caroline » à « Arsène Lupin », l'assistant de Jacques Becker), une double chance. Car aux côtés d'un Simenon docile comme les vedettes de cinéma ne le sont que rarement, prêt à toutes les reprises et toujours affable, Hauduroy dirigera, dans le rôle du président, le plus grand acteur de notre temps Michel Simon. Des actualités d'archives, en de rapides séquences, évoqueront ce qu'a pu être le passé politique du président. Pas de partition musicale pour le film sur Simenon, mais un accompagnement d'effets sonores que signe Philippe Arthuis, le collaborateur musical de Rossellini dans « India 58 ».

Pour filmer la façade d'Echandens, un des deux « skywalkers » de J.-P. Martin a été frété par M. Albert Mermoud et les animateurs de la « Guilde du Livre », coproducteurs du film avec « Son et Lumière » (entreprise française dont la création et l'appellation sont antérieures aux spectacles nocturnes). Le « skywalker » est un engin très maniable dont le bras doublement articulé permet tous les déplacements de camera possibles dans l'espace ; envergure 15 mètres environ. Pierre Goupil (chef opérateur chevronné, célèbre depuis « L'Histoire d'un Poisson rouge », grand prix de Cannes 1959) a passé des heures entre ciel et terre, dans la nacelle du « skywalker », sous les yeux des villageois d'Echandens qui supputaient avec humour les avantages de cet engin pour cueillir les cerises.

Français élevé à Lausanne depuis l'âge de douze ans, ancien élève de l'Ecole Nouvelle de Chailly, Jean-François Hauduroy – 30 ans – nie son appartenance à la nouvelle vague. « Trop tard, dit le géant Hauduroy avec le sourire (il mesure près de 2 mètres). Trente ans, c'est trop vieux pour la nouvelle vague. »

Renée SENN


G. Simenon, acteur d'occasion, dans le rôle du romancier Simenon. Assis à sa table de travail, Georges Simenon écoute les indications de metteur en scène. J-Fr. Hauduroy tandis que Pierre Goupil, chef opérateur (à droite), ayant réglé son cadrage, attend le signal : « Moteur ».


Simenon compose les personnages et les lieux de ses romans avec un soin méticuleux. Il dessine le plan de la maison du « président », définit mentalement – et dans ses notes – le caractère de son héros. Ensuite, il écrira son livre, à raison d'un chapitre par jour.


Jean, 9 ans, Marie-Georges, 6 ans, reçoivent, dans la nursery, la visite de Georges Simenon, leur père. Le scénario du film d'Hauduroy prévoit un plan bref où apparaissent les enfants Simenon (le cadet est âgé de 3 mois à peine), et Mme Simenon, l'active secrétaire du romancier.


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