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Humor in Maigret / Simenon

Murielle Wenger

 

...Mais c'est surtout cette phrase qui m'a interpellée et sur laquelle j'aimerais plus m'étendre: "cet humour généralement absent des oeuvres de Simenon, et pour lequel pourtant à ses débuts il se croyait spécialement doué."

Sans doute, les écrits les plus connus de Simenon ne sont effectivement pas très drôles, mais c'est aller un peu vite que d'affirmer qu'il manque d'humour. Je n'ai de loin pas tout lu de lui, mais on pourra trouver en tout cas bien des traits d'humour, par exemple dans les Dictés (on pourrait relire à ce propos Des traces de pas, quand Simenon décrit les visites des innombrables journalistes qui se pressent chez lui). Pour ma part, je ne parlerai que de ce que je connais le mieux, c'est-à-dire la série des Maigret. J'ai envie de citer ici quelques extraits, pour "prouver" en quelque sorte que Simenon n'est pas dépourvu d'humour, et aussi pour aller à l'encontre de certains, qui ont un peu trop tendance à nous présenter Maigret comme quelqu'un d'uniquement grognon et toujours bourru. Notre commissaire, en fait, ne manque pas d'humour, mais son ironie au second degré échappe souvent à ses interlocuteurs....J'ai volontairement choisi des extraits sur toute la durée chronologique du corpus, pour montrer que Maigret a eu, tout au long de sa carrière, un sens de l'humour qu'il serait faux de lui dénier.

Petit florilège:

La danseuse du Gai Moulin, chapitre 7:
"Un journaliste qui avait des talents de dessinateur faisait un rapide croquis de Maigret, qu'il représentait avec des bajoues et une tête aussi inquiétante que possible."

Le notaire de Châteauneuf, chapitre 1: Le notaire cherche comment faire venir Maigret chez lui sans faire connaître sa véritable identité:
"–[...] je ne puis vous présenter comme le fameux commissaire Maigret.
Il arrivait rarement à [Maigret] de se moquer des gens et pourtant il ne résista pas au désir d'une gaminerie. [...]. Il murmura le plus sérieusement du monde:
– Je pourrais mettre une fausse barbe?... [...]"

Puis le notaire cherche un nom à donner à son invité: "[...] Monsieur comment ? " et Maigret de proposer: "–Legros?".

Et plus loin dans le texte, Maigret cherche à imaginer comment il aurait pu rencontrer le notaire dans sa jeunesse:
"–Où avons–nous fait notre service?
– Moi, j'ai fait le mien à Orange, dans les spahis...[...]
–Va pour les spahis, fit Maigret. En somme, rien n'empêche que j'aie été spahi aussi...Du moment qu'on ne m'oblige pas à monter à cheval..."

L'inspecteur Cadavre, chapitre 5: Maigret rencontre Clémentine Bréjon, la mère de Mme Naud:
"–[...] Sais–tu, Louise, qui a servi de cornac au commissaire?
Le mot cornac était–il choisi à dessein pour souligner la disproportion entre le maigre Louis et l'éléphantesque Maigret?"

Maigret et son mort, chapitre 3: le fameux passage du téléphone avec le juge Coméliau:
"–Dites–moi, monsieur le juge, vous est–il arrivé de vous enfoncer un petit pois sec dans le nez?
–Comment?
– Je dis: un petit pois sec."

et plus loin: "–Moers vient de découvrir que le mort marchait en canard.
– Comment?
– En canard! "

Maigret et la Grande Perche, chapitre 4: Maigret pense à Guillaume Serre: "se voyant dans la glace, [Maigret] se demanda quelle tête il aurait avec un panama. Après quoi, il sourit drôlement à l'idée que c'était en quelque sorte une lutte de poids lourds qui s'engageait."

Maigret a peur, chapitre 4: l'épisode des profiteroles; Mme Chabot dit à Maigret: "–Chaque fois que vous veniez, je vous faisais des profiteroles et vous prétendiez que vous n'en aviez mangé de pareilles ailleurs.
(Ce qui, entre parenthèses, était vrai: il n'en mangeait jamais nulle part!)"

Maigret chez le ministre, chapitre 7: Maigret cherche à se rappeler d'un inspecteur de la Sûreté:
"–Ça ne colle toujours pas. J'ai besoin d'un type corpulent, presque aussi corpulent que moi.
–Fischer.
On entendit un éclat de rire général, car celui–ci pesait au moins cent vingt kilos.
–Merci, grogna Maigret."

Maigret se défend, chapitre 2: Maigret lit la déposition de Nicole Prieur:
"«C'est à ce moment qu'un homme est entré, assez grand, large d'épaules, le visage massif...»
Merci pour la description!"

Maigret à Vichy, chapitre 2:
"Elle regardait la fumée qui s'échappait de la pipe de Maigret avec l'air de dire: –Si celui–là peut tirer sur sa bouffarde, j'ai bien le droit de griller une cigarette..."

Maigret hésite, chapitre 3:
"–Surtout, fumez votre pipe...
Même s'il n'en avait pas envie! Elle le voulait comme sur les photographies des journaux. [...]
Comme s'il tétait sa pipe du matin au soir! Et s'il avait envie de fumer une cigarette? Un cigare? Ou de ne pas fumer du tout?"
 

Voilà. J'encourage nos amis maigretphiles à nous trouver d'autres extraits où transparaît cet humour subtil, quoi qu'en dise Dubourg, que nous montrent Simenon et son commissaire.

[translation]

...But it is especially this sentence that got to me, and on which I would like to enlarge– "... a humor generally absent from Simenon's works, and in which, in his beginnings he believed himself especially gifted."

Certainly Simenon's best-known writings are not particularly funny, but it's going a little far to claim that he's lacking in humor. I'm far from having read all of him, but even so, it's not hard to find humorous features in, for example, his Dicté's (as in Des traces de pas, when Simenon describes the visits to his home of innumerable journalists). For my part I will speak only of what I know best, the Maigrets.

Let me use some excerpts, to "prove", in a way, that Simenon is not devoid of humor, and also to show counter-examples to some who tend to present us Maigret as always a surly grouch. Our Commissioner, in fact, doesn't lack humor, but his 2nd degree irony often escapes his interlocutors... I've chosen excerpts spanning the chronological length of the corpus, to show that Maigret had, throughout his career, a sense of humor that can't be denied.

A small anthology

At the Gai Moulin, Ch 7:

"A journalist with some talent as an artist made a quick sketch of Maigret, whom he represented with jowls, and as disturbing a face as possible."

The Three Daughters of the Lawyer, Ch 1:
(The notary is looking for how to explain Maigret's presence at his home without revealing his true identity.)

"... therefore I can't introduce you as the famous Chief Superintendent Maigret."
Maigret seldom made fun of people, and yet he couldn't resist. With the utmost seriousness he murmured: 'Shall I wear a false beard?'"

The notary tries to find a suitable name to give to his guest

"Mr. ...?" And Maigret proposes "Legros?" [big, fat]

Later Maigret tries to imagine how he could have met the notary in his youth:

"Where did we do our military service?"
"I did mine at Orange, with the Spahis..."
"The Spahis it is then," said Maigret. "After all, there's no reason why I shouldn't have been a Spahi too, providing I don't have to ride a horse... "

Maigret's Rival, Ch 5: Maigret meets Clementine Bréjon, the mother of Mme Naud,:

"... Do you know, Louise, who acted as elephant driver to the commissioner?"
Was the phrase "elephant driver" deliberately chosen to emphasize the disproportion between the skinny Louis and the elephantine Maigret?

Maigret's Special Murder, Ch 3: the famous passage of the telephone call with Judge Coméliau:

"...Tell me, Judge, did you ever happen to push a dried pea up your nose? "
"What?"
"What I said – a dried green pea...."

and farther
"...Moers has just discovered that the dead man walked like a duck."
"How?"
"Splay-footed – with his toes turned out, if you prefer."

Maigret and the Burglar's Wife, Ch 4:
Maigret thinks about Guillaume Greenhouse:
"[Maigret] catching sight of himself in the mirror, wondered what he'd look like wearing a Panama hat. Then he smiled wryly at the thought that it was, in a way, a case of two heavy-weights slugging it out.

Maigret Afraid, Ch. 4: the episode of profiteroleses; Mme Chabot tells Maigret:
"Every time you visited, I made profiteroles, and you claimed that you had never eaten such good ones anywhere else.
(Which was, incidentally, true: he never ate them at all anywhere else!)

Maigret and the Calame Report, Ch. 7: Maigret tries to remember Sûreté inspector:
"...That's not it... I'm thinking of a heavy-set type, someone like me.
"Fischer."
There was a general burst of laughter, because the man weighed at least 250 pounds.
"Thank you," grumbled Maigret.

Maigret on the Defensive, Ch. 2: Maigret reads the deposition of Nicole Prior:
"Just then, in came a fairly tall man with broad shoulders and a heavy face..."
"Thanks for the compliment!"

Maigret in Vichy, Ch. 2:
"She looked meaningfully at the smoke rising up from Maigret's pipe, as if to say, "If he's to smoke, what's to stop me?"

Maigret hesitates, chapter 3
"Do smoke your pipe... "
Even if he didn't want to! She wanted him to be like the newspaper photographs. ...
As if he puffed at his pipe from morning till night! What if he wanted to smoke a cigarette? Or a cigar? Or not to smoke at all"?

So, let me encourage other Maigretphiles to find other excerpts showing this subtle humor, whatever Dubourg says of it, illustrated by Simenon and his Commissioner.


Maigret on Maigret in Cinema
Les Mémoires de Maigret / Maigret's Memoirs (Ch. 2)
Georges Simenon

 
Cest une drôle de sensation de voir sur l'écran, allant, venant, parlant, se mouchant, un monsieur qui prétend être vous, qui emprunte certains de vos tics, prononce des phrases que vous avez prononcées, dans des circonstances que vous avez connues, que vous avez vécues, dans des cadres qui, parfois, ont été minutieusement reconstitués.

Encore avec le premier Maigret de l'écran, Pierre Renoir, la vraisemblance était-elle à peu près respectée. Je devenais un peu plus grand, plus svelte. Le visage, bien entendu, était différent, mais certaines attitudes étaient si frappantes que je soupçonne l'acteur de m'avoir observé à mon insu.

Quelques mois plus tard, je rapetissais de vingt centimètres et, ce que je perdais en hauteur, je le gagnais en embonpoint, je devenais, sous les traits d'Abel Tarride, obèse et bonasse, si mou que j'avais l'air d'un animal en baudruche qui va s'envoler au plafond. Je ne parle pas des clins d'oeil entendus par lesquels je soulignais mes propres trouvailles et mes finesses !

Je ne suis pas resté jusqu'au bout du film, et mes tribulations n'étaient pas finies.

Harry Baur était sans doute un grand acteur, mais il avait vingt bonnes années de plus que moi à cette époque, un facies à la fois mou et tragique.

Passons !

Après avoir vieilli de vingt ans, je rajeunissais de presque autant, beaucoup plus tard, avec un certain Préjean, à qui je n'ai aucun reproche à faire - pas plus qu'aux autres, - mais qui ressemble beaucoup plus à certains jeunes inspecteurs d'aujourd'hui qu'à ceux de ma génération.

Tout récemment enfin, on m'a grossi à nouveau, grossi à m'en faire éclater, en même temps que je me mettais, sous les traits de Charles Laughton, à parler la langue anglaise comme ma langue maternelle.

Eh bien ! de tous ceux-là, il y en a au moins un qui a eu le goût de tricher avec Simenon et de trouver que ma vérité valait mieux que la sienne.

C'est Pierre Renoir, qui ne s'est pas vissé un chapeau melon sur la tête, mais qui a arboré un chapeau mou tout ordinaire, des vêtements comme en porte n'importe quel fonctionnaire, qu'il soit ou non de la police.

(tr. Jean Stewart)

It's a strange sensation to watch on the screen, coming and going, speaking and blowing his nose, a fellow who pretends to be you, who borrows certain of your habits, utters sentences that you have uttered, in circumstances that you have known, through which you have lived, in settings that have sometimes been reconstructed with meticulous care.

Actually, the first screen Maigret, Pierre Renoir, was tolerably true to life. I had become a little taller, a little slimmer. The face was different, of course, but certain attitudes were so striking that I suspect the actor of having observed me unawares.

A few months later, I grew some six inches shorter, and what I lost in height I gained in stoutness, becoming, in the shape of Abel Tarride, obese and bland, so flabby that I looked like an inflated rubber animal about to float up to the ceiling. Not to mention the knowing winks with which I underlined my own discoveries and my cunning tricks!

I couldn't sit the film out, and my tribulations were not yet over.

Harry Baur was no doubt a great actor, but he was a full twenty years older than I then was, with a cast of features that was flabby and tragic at the same time.

Let's pass over that!

After growing twenty years older, I suddenly grew almost that much younger again, a good deal later, with a certain Préjean, about whom I have no complaint to make — - any more than about the rest of them — but who looked far more like certain young inspectors of the present generation than those of my own.

And finally, quite lately, I have been made to grow stout again, almost to bursting point, and I have begun, in the shape of Charles Laughton, to use English as my native tongue. Well, of all those, there was one at least who had the good taste to cheat Simenon and to consider my truth more valid than his.

It was Pierre Renoir, who did not clap a bowler hat on his head, but wore a perfectly ordinary felt hat and the sort of clothes worn by any civil servant, whether or not attached to the police.

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