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GEO   (N° 69)
novembre 1984, pp 48-64

 

Le monde de Georges Simenon

photos: Wilfried Bauer

English translation


Dans les intrigues qui ont nourri ses 212 livres publiés dans toutes les langues, le créateur du célèbre commissaire Maigret enveloppe la vie de ses « petites gens » d'une atmosphère brumeuse, chargée de mystères intérieurs et de nostalgies inavouées. Cet univers de Simenon, un photographe allemand a eu envie de le reconstituer en allant sur les lieux où l'écrivain belge avait vécu: Wilfried Bauer a traversé les plats pays, la Belgique, la Hollande, est allé au nord de la France et sur la côte atlantique, près de La Rochelle, puis a légendé ses photos simplement par des passages de romans qu'il avait en mémoire... En les regardant dans sa retraite suisse, l'auteur a non seulement reconnu le cadre de ses fictions mais retrouvé son « petit cinéma intérieur » et même ses angoisses d'adolescent. Simenon, qui a depuis longtemps renoncé à Maigret et à ses voyages aux quatre coins du monde, a du coup repris pour GEO sa machine à écrire pour taper une petite autobiographie inédite dans la veine de son fameux « Pedigree » et en marge de sa dernière œuvre, « Mémoires intimes ». Il y évoque son enfance, les ports de mer, les horizons lointains, son amour des femmes et son formidable appétit de « tout connaître, tout apprendre, tout comprendre »

GEO EXCLUSIF

"Des bars où je faisais le bras de fer avec des marins qui sentaient le calvados"
« Sa vie se déroulait dans ce coin de bistrot où, figé dans sa masse immobile, il dirigeait ses affaires, tandis que Mauvoisin, toujours seul, passait les trottoirs suivant un horaire aussi minutieux que celui des autobus verts. »
(Le Voyageur de la Toussaint)

"Ces photos: des tableaux où je me retrouve et où sont nés mes personnages"
« C'était à l'entrée du port, non loin des tours, non loin de ce marché aux poissons qu'il ne voyait pas, mais dont les odeurs lui montaient au nez. Il vit un bar précédé de quelques marches, sa fenêtre étroite, son plancher recouvert de sciure... »
(Le Voyageur de la Toussaint)

"Je suis des plats pays, comme chantait Brel, et j'en garde la nostalgie"
« Comme les autres jours, le soleil se leva sans qu'on s'en aperçut. D'ailleurs, on n'était pas dans le monde ordinaire, ni sur terre, ni sur mer, et cet univers gigantesque, mais qui donnait une telle impression de vide, ressemblait à une énorme coquille d'huître aux couleurs chatoyantes de l'arc-en-ciel, où se mêlaient les tons verts, roses et bleus de la nacre. L'île de Ré planait dans l'espace comme un mirage. »
(Le Coup de vague)

"Les rues où l'on ne passait que furtivement avec un regard de convoitise aux femmes"
« Un souvenir presque halluciné me revint en mémoire. Deux ans auparavant, il y avait au journal une jeune dactylo au visage long, mince, à la fois étrange et banal comme les vierges de plâtre de Saint Sulpice... Ses gestes étaient gauches et saccadés. On devinait à ses yeux vides, à son visage totalement inexpressif, qu'elle célébrait pour elle seule une sorte de rite, oui, un véritable exorcisme. »
(Les Anneaux de Bicétre)

"J'ai volé innocemment la vie (...) A Paris, il m'est arrivé d'avoir faim"
« Son visage ne reflétait aucune émotion, seulement l'hébétude, ou encore une impassibilité inhumaine. Pourtant, il dressa le poing contre un mur de sa cellule avant de marcher vers la porte au judas fermé. Chaque mur cachait une cellule tout à fait identique, une cellule du quartier des criminels à la prison de la Santé. »
(Maigret: La Tète d'un homme)

 

"L'influence que mon enfance a eue sur moi"

Dès sa naissance, l'enfant, que je préfère appeler « le petit d'homme » comme nous parlons des « petits » de n'importe quel animal, dès sa naissance, dis-je, l'enfant absorbe avidement par tous ses sens la vie qui l'entoure. Pendant des années, il continuera à emplir son cerveau de couleurs, d'odeurs, du contact du sein maternel, des objets, des mouvements, créant à son insu un capital d'émotions dans lequel il puisera toute sa vie. A quel âge cesse-t-on d'absorber ainsi le monde avec voracité ? Selon la plupart des spécialistes de la question, vers la fin de l'adolescence, quand l'intelligence l'emporte peu à peu sur l'instinct, c'est-à-dire bien avant la vingtième année. Il est cependant des êtres, qu'on appelle artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, poètes, qui conservent toute leur vie cette faculté de jouir du trésor d'images, de couleurs, de sons, de la vibration d'un corps, d'un arbre ou d'un insecte, de rester intégré, autrement dit, dans le cosmos éternel dont nous faisons partie, et ces gens-là, parfois, poussent si loin cette intégration à l'univers qu'on les appelle des génies ou des fous comme Shakespeare, Goethe, Van Gogh, Baudelaire, Gauguin... Je viens de vivre, grâce au prodigieux talent de Wilfried Bauer, une heure inoubliable, tant les images qu'il a enregistrées ont ranimé en moi de souvenirs que je croyais perdus et m'ont montré, avec plus de force que jamais, l'influence que mon enfance a eue sur moi toute ma vie durant, et qu'elle a encore alors que j'approche de mes quatre-vingt-un ans.

Ses photographies ne sont-elles pas comme la synthèse du « jeu d'images » auquel je joue, depuis longtemps, chaque jour. Il paraîtra peut-être ridicule qu'un vieil homme se complaise encore à des pratiques enfantines. Toujours est-il que, quand je me couche pour la sieste ou pour la nuit, je m'efforce de ne penser à rien, de me vider de tous mes soucis, de toutes mes pensées, et alors, paupières closes, j'assiste en quelque sorte à ce que j'appelle à part moi mon petit cinéma. Des couleurs en désordre, pour commencer, des couleurs en mouvement qui, soudain, sans que j'y sois pour rien, forment une image précise enregistrée à mon insu il y a longtemps. C'est une rue grouillante, comme la rue Puits-en-Sock, à Liège, qui s'efface déjà, trop tôt à mon gré, pour faire place à un autre tableau inattendu: un quai de port désert, une bitte d'amarrage avec une aussière enroulée en son milieu, des bateaux figés dans le brouillard ou dans la nuit naissante. Ce jeu-là, presque quotidien, je viens de le jouer avec des images réelles, qu'un autre que moi a captées, aussi vivantes, aussi pleines de sens, puisqu'elles expliquent ma vie et mon œuvre. Ces photographies, je préfère dire ces tableaux de Wilfried Bauer sont pour moi comme un microcosme où je me retrouve presque tout entier et où, sans que je le veuille, sont nés les personnages de mes romans.

Je suis le fils de ce que j'aime appeler les « petites gens », ceux que l'on rencontre, anonymes, dans les rues des faubourgs, artisans, ouvriers, employés qu'on voit passer à heure fixe sur les trottoirs, modestes et effacés, femmes tenant un enfant par la main ou un bébé dans les bras qui se dirigent, comme inquiètes de l'argent qu'elles vont dépenser, vers le marché ou vers les boutiques de la rue commerçante. Mais c'est au monde de la terre que remonte mon passé lointain, que ce soit du côté de mon père, des Simenon, ou du côté de ma mère, les Brüll. Un professeur de l'université de Liège, d'origine flamande, a eu la curiosité de remonter aussi loin que possible à la source des Simenon et il a parcouru patiemment les villages du Limbourg belge, puis du Limbourg hollandais et enfin de l'Allemagne proche de ces deux provinces. A force de consulter les registres communaux et paroissiaux encore existants, il a pu atteindre la fin du XVIIe siècle, où il a trouvé, à Vlijitigen, un Simenon qui exerçait le métier le plus modeste, celui d'ouvrier agricole, louant ses bras, pour un jour ou une saison, à un fermier ou à un autre. D'autres ouvriers agricoles ont suivi, dans ces terres basses, au ciel immense, qui s'étendent sur les deux rives de la Meuse, que ce soit en Belgique, en Hollande ou en Allemagne. Les chaînons se sont suivis ainsi pendant trois siècles. Il y a bien eu deux ou trois curés, un meunier et enfin, cousin germain de mon grand-père, un évêque coadjuteur, qui portait le même prénom que moi et que j'ai très vaguement connu.

"J'ai découvert la mer du Nord à Ostende"

Quant à mon grand-père, Chrétien Simenon, il a quitté son village adolescent, pour apprendre son métier de chapelier, allant de ville en ville, de pays en pays — en Autriche, par exemple, pour se familiariser avec la confection des feutres taupés, en Italie pour apprendre les secrets des chapeaux de paille, en France, enfin, pour les hauts-de-formes que l'on portait à l'époque et que mon père arborait encore dans mon enfance. Devenu maître chapelier, il a ouvert une boutique à Liège, surmontée d'un énorme « gibus » en tôle peinte d'un rouge vif. J'allais le voir chaque dimanche matin et souvent pendant la semaine. Alors, je le trouvais dans l'arrière-boutique où s'alignaient, sur les rayons, des têtes de bois sur lesquelles il moulait les chapeaux qu'il modelait enfin à la vapeur au-dessus d'une bassine d'eau bouillante. Je n'étais qu'un gosse, et pourtant c'est ainsi qu'aujourd'hui encore je donne à mes chapeaux la forme que je désire. Il portait les moustaches à la Bismarck et parlait un langage presque incompréhensible, mêlant le flamand, le français, l'allemand, sans compter le patois wallon et quelques mots d'italien. Il a eu treize enfants. Ma grand-mère était fille de mineur et j'ai bien connu celui-ci aussi, presque centenaire, aveugle, faisant chaque matin le tour du pâté de maisons en croquant de gros oignons crus.

Les Brüll, eux, étaient originaires de Hertzogenrath dont mon grand-père, paraît-il, a été Bürgermeister avant d'épouser la fille d'un fermier hollandais et de s'installer dans le Limbourg belge, où il a été Dijkmeister, puis marchand de bois et propriétaire de plusieurs péniches à Herstal, près de Liège. Les Brüll, eux aussi, ont eu treize enfants dont un au moins, je l'ai appris par l'album de famille, a fait son service militaire en Allemagne. Ma mère était la treizième et, lorsqu'elle a eu cinq ans, son père, ruiné, n'a pas tardé à mourir. Une de mes tantes tenait, près du port de péniches, une boutique pour les mariniers où l'on vendait de tout, de l'épicerie aussi bien que des cordages et du goudron pour enduire la coque des bateaux. Son mari, de son côté, confectionnait des paniers d'osier. Je suis né rue Léopold, une rue très commerçante du centre de Liège, mais, à moins de six mois, mes parents se sont installés rue Pasteur, une rue calme, où vivaient entre autres une vieille rentière et sa fille, un violoniste du Théâtre Royal, un officier dégradé pour avoir tué un camarade en duel et devenu représentant en cafés, et un juge de paix très digne.

Nous déménageons à nouveau pour la rue de la Loi voisine et ma mère décide, afin d'accroître notre maigre budget, d'accueillir des étudiants. A cette époque les étudiants étrangers, surtout des Russes et des Polonais, presque tous pauvres, choisissaient la Belgique plutôt que la France parce que la vie était moins chère chez nous. A douze ans, ils me faisaient lire Pouchkine, Dostoïevski, Gogol, Tchekhov, qui m'ont aussi marqué que les péniches du port de Coronmeuse et la boutique de Chrétien Simenon. Outremeuse est, à Liège, le quartier des « petites gens », des artisans, des boutiquiers, et je me souviens d'un voisin de mon grand-père, un nommé Kreutz, venu d'Allemagne et dont la boutique s'intitulait « Hôpital des Poupées ». Non seulement il les réparait, mais il en confectionnait avec ses deux filles, et il se servit pour l'une d'elles de la chevelure coupée à ma tante quand elle est devenue religieuse.

J'étais enfant de chœur à l'hôpital de Bavière. De nos fenêtres on découvrait le clocher de Saint-Nicolas, notre paroisse. L'odeur de l'encens, de l'épicerie de ma tante Maria où l'on servait aussi du genièvre au bout du comptoir, l'odeur de la rue Roture, de la place du Congrès où je jouais avec mes camarades; chaque rue, pour moi, avait son odeur, sa couleur particulière, sa lumière aussi, et je revois la place Saint-Lambert éclairée par les premières lampes à arc aux rayons froids qui faisaient ressembler les passants à des fantômes. J'ai passé des vacances, en hiver, à Nerceteren, pays des Brüll, proche du pays de mon grand-père. Des prés à perte de vue avec, de loin en loin, un rideau de peupliers. On allait à la messe du dimanche en traîneau attelé d'un vieux cheval et j'ai encore l'odeur de celui-ci dans les narines, celle de ma cousine, de la couverture humide de neige qui nous couvrait.

Je suis des pays plats (les plats pays, comme chantait Brel) et j'en garde la nostalgie, comme celle des ciels sans fin où défilent des nuages tantôt gris, tantôt argentés. L'odeur de la pluie... Des trains que l'on prenait à la gare des Guillemins et qui me donnaient l'envie d'aller voir comment était le monde au loin. Les « rues chaudes » aussi, où l'on ne passait que furtivement, avec un regard de convoitise aux femmes bien en chair qui tricotaient en attendant de fermer le rideau de guipure à l'entrée d'un client. Très jeune, j'y suis entré, rougissant, dans la lumière jaunâtre des lampes à pétrole, puis des lampes à gaz. A dix-sept ans, j'ai failli m'enfuir avec une actrice qui avait trois fois mon âge et que, tout jeune reporter, j'étais allé interviewer dans sa loge où je l'avais trouvée nue. Il était un peu moins de minuit quand, une mauvaise valise à la main, j'allai monter avec elle dans le train de Paris, mais un confrère plus sage est venu mettre fin à l'aventure. J'ai découvert la mer du Nord à Ostende où elle apparaît, argentée, au bout d'une rue en pente qui mène au remblai.

"J'ai vécu du capital entassé par tous mes sens"

Marié à vingt ans, j'ai vécu à Paris du peu d'argent que me rapportaient de petits contes pour des hebdomadaires plus ou moins humoristiques et il nous est arrivé d'avoir faim. Lorsque j'en ai eu les moyens, j'ai acheté une barque de cinq mètres avec laquelle ma femme, notre bonne, notre chien danois et moi avons fait le tour de France par les rivières et les canaux, côtoyant les péniches encore tirées par des chevaux, franchissant près de mille écluses, tapant à la machine, sous une tente, les romans populaires qui nous permettaient de vivre. Les écluses, les canaux, l'odeur du goudron de Norvège et du crottin... Car j'aime aussi l'odeur du crottin, de la litière des chevaux. J'ai accompli mon service militaire dans le Train des Equipages et, presque toute ma vie, je devais avoir plusieurs chevaux à l'écurie, que je montais ou attelais à mon sulky. Les ports de mer, surtout dans le Nord, car je reste l'homme du Nord, comme tous les Simenon et les Brüll qui m'ont précédé...

Dès que j'ai eu un vélo, j'ai suivi les chemins de halage des canaux et parfois je me rendais à Aix-la-Chapelle dont je revois le marché devant le Kurhaus, le petit restaurant obscur où je dévorais « Knackwurst » avec de la salade de pommes de terre... J'ai volé un peu de la vie de tous mes oncles, de toutes mes tantes, de mes cousins et cousines, j'ai volé innocemment aussi l'odeur des prés mouillés, l'odeur des villes, des villages, l'odeur humaine de tous ceux qui m'entouraient... Un oncle était ébéniste et j'allais le voir rien que pour renifler le bois qu'il travaillait, caresser les copeaux blonds qui jonchaient l'atelier, écouter le bruit du rabot ou de la scie... J'avais faim de tout et, comme pour retourner à mes sources, je me suis fait construire à Fécamp, où il y avait encore des terre-neuvas à deux et à trois mâts qui allaient pêcher la morue, un bateau costaud, ventru, de dix mètres de long, de quatre de large et de deux mètres de tirant d'eau. Je l'ai baptisé l'« Ostrogoth », peut-être à cause de mes plus lointaines origines, et j'ai parcouru la Hollande par les canaux, le Zuydersee qui faisait encore partie de la mer du Nord... J'ai vécu deux ans à bord. J'ai beaucoup écrit en cours de route. A Delfzijl au bord de l'Ems, j'ai dû faire recalfater mon bateau et, comme le bruit des marteaux était insupportable, je me suis installé au fond d'une vieille barge échouée au bord du canal. Il y avait trente centimètres d'eau croupie dont l'odeur ne me déplaisait pas. J'ai posé de vieilles caisses, l'une pour ma machine à écrire, l'autre pour m'y asseoir, deux plus petites sous mes pieds et c'est là que j'ai écrit, sans savoir qu'il y en aurait d'autres, mon premier « Maigret », « Pietr-le-Letton ».

J'ai gagné alors le port de Brême, puis celui de Wilhelmshaven d'où j'ai fait demi-tour en écrivant toujours à chaque escale. Honfleur... Deauville... Ouistreham... Des bistrots de pêcheurs, où je faisais volontiers le bras de fer avec des marins qui sentaient la mer et le calvados... Place des Vosges, où la nuit était bercée par le chant des quatre fontaines. Le quartier des travailleurs en chambre de l'or et du diamant, des ruelles tortueuses et secrètes... Tout cela fait encore aujourd'hui partie de mon « petit cinéma » d'avant le sommeil et on peut le retrouver dans beaucoup de mes livres. J'ai vécu, en somme, du capital entassé par tous mes sens au cours de mon enfance et de mes jeunes années, alors que j'ignorais que ce capital serait encore le mien aujourd'hui. J'ai connu, adulte, d'autres horizons, mais je n'en conserve que ce que j'appellerais, faute d'autres mots, des souvenirs schématiques. Les petits ports de Norvège, le cap Nord, l'océan Glacial, la Laponie parcourue en traîneau à rennes par quarante-cinq degrés sous zéro, les nuits passées sous la tente des Lapons et, au loin, un bout de Finlande et la frontière russe... La mer Noire deux fois, Odessa, Yalta, la Crimée où des chameaux et des ânes frôlaient les autos... L'Afrique, du nord au sud, du désert à la brousse et de la brousse à la forêt tropicale... Les îles du Pacifique, à une époque où on n'y rencontrait pas de touristes; la Nouvelle-Zélande et l'Australie qu'on n'atteignait qu'après quarante-cinq jours en paquebot... L'Asie... Le Proche-Orient, Istanbul et Ankara... Dix ans aux Etats-Unis et au Canada, de Montréal à Miami, trois ans d'Arizona, un an de Californie, cinq ans de New York et du Connecticut... Où suis-je allé encore? L'Amérique du Sud et l'Equateur...

Tout cela m'a coulé entre les doigts, car je n'étais plus un enfant, quelques images, claires ou sombres. Du froid au soleil des tropiques, que j'ai franchis, je ne sais combien de fois. Je regardais en curieux, curieux de l'homme, des femmes surtout. Je voulais tout connaître, tout apprendre, tout comprendre. Or chercher à comprendre vous laisse les mains vides. Dans l'enfance, on « appréhende » sans se poser de questions, on absorbe innocemment. Merci à Wilfried Bauer qui m'a replongé dans mon vrai passé d'images, de couleurs et de sons, d'odeurs, de lumières et de clairs-obscurs. Merci à GEO qui a aidé à me donner cette joie. Ainsi mon « petit cinéma » s'est enrichi.


Georges Simenon


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