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Maigret – romans et nouvelles –
adaptations pour le petit et le grand écran

par Murielle Wenger

English translation

300 adaptations, c'est le nombre auquel on arrive pour les romans et les nouvelles narrant les enquêtes du commissaire Maigret. Sur ces 300, à peine une petite vingtaine sont des films de cinéma, le reste étant des adaptations télévisuelles, soit pour un téléfilm unique, soit, pour la très grande majorité, des épisodes formant une série.

300 adaptations pour 75 romans et 28 nouvelles, cela implique évidemment que certains textes ont été plus souvent adaptés que d'autres. Lesquels, et pour quelles raisons, c'est ce que nous allons essayer de découvrir dans cette étude (pour avoir des détails supplémentaires sur les films mentionnés, voir la page du site de Steve).

Une fois de plus, l'analyse peut se faire en considérant les périodes d'écriture des textes, autrement dit, examiner si la fréquence d'adaptation est différente selon la période considérée. Voyons un peu les chiffres:

  • les 19 romans de la période Fayard ont connu au total 70 adaptations, soit une moyenne de presque 4 adaptations par roman

  • les 21 nouvelles écrites entre les deux guerres (soit les 17 parues en 1944 chez Gallimard dans le recueil Les nouvelles enquêtes de Maigret, plus owe et ceu, + les deux nouvelles (hom et ven) parues en 1950 aux Presses de la Cité dans le recueil Maigret et les petits cochons sans queue) ont connu au total 19 adaptations, ce qui signifie, comme on le verra en détail plus bas, que certaines nouvelles n'ont jamais été adaptées, alors que d'autres l'ont été plusieurs fois

  • les 6 romans parus chez Gallimard ont connu 29 adaptations, soit une moyenne de presque 5 par roman

  • les 6 nouvelles écrites après la Deuxième Guerre Mondiale ont connu 16 adaptations, soit une moyenne de presque 3 par nouvelle

  • les 50 romans de la période Presses de la Cité ont connu 160 adaptations, soit une moyenne d'un peu plus de 3 par roman.

Premier élément à constater, le succès des romans de la période Gallimard: en effet, proportionnellement, ces romans sont plébiscités par les adaptateurs et réalisateurs de cinéma et de télévision; ils sont suivis par les romans de la période Fayard, et ceux de la période Presses de la Cité sont proportionnellement moins souvent adaptés.

Il convient cependant de nuancer les résultats, car pris un à un, on voit des différences assez fortes entre les romans. Nous allons examiner tout cela plus en détail ci-dessous.

  • 9 nouvelles n'ont jamais connu d'adaptation (soit pen, bea, pei, lar, pig, err, ber, ceu et Menaces de mort), ainsi qu'un roman, Les mémoires de Maigret; il y aurait cependant quelques sujets intéressants à tourner parmi ces textes; je pense en particulier à la nouvelle Mademoiselle Berthe et son amant, qui pourrait certainement donner un joli téléfilm; ç'aurait sans doute été, si les circonstances l'avaient permis, un bon sujet pour la série avec Bruno Crémer...; pour ce qui est de Les mémoires de Maigret, malgré la difficulté de mise en scène, inhérente au genre du texte, je pense qu'il pourrait y avoir de quoi tirer quelque chose pour un téléfilm: je pense par exemple au début du roman, qui raconte la rencontre entre le jeune Sim et le commissaire

  • nous trouvons ensuite une série de textes qui n'ont connu qu'une seule adaptation:

    • 9 nouvelles d'entre les deux guerres, dont 5 adaptées pour la série avec Bruno Crémer (fen, lun, eto, owe, ven) et 4 pour la série avec Jean Richard (noy, man, not, hom)

    • 3 nouvelles, qui à l'origine ne sont pas des enquêtes de Maigret, parues dans le recueil Maigret et les petits cochons sans queue, ont été adaptées pour la série avec Bruno Crémer: Les petits cochons sans queue, Le deuil de Fonsine, Madame Quatre et ses enfants

    • 2 nouvelles, écrites en 1945 et 1946, ont été adaptées pour la série avec Jean Richard: La pipe de Maigret et Le client le plus obstiné du monde

    • 5 romans des Presses de la Cité, adaptés pour la série avec Jean Richard: NEW, CHE; NAH, VIC et IND

  • on trouve ensuite une série de textes qui ont été adaptés à deux reprises:

    • 5 romans de la période Fayard, dont 1 adapté pour les séries Jean Richard et Bruno Crémer (HOL), 2 pour les séries Jean Richard et Rupert Davies (PHO, GUI), 1 pour les séries Jean Richard et Gino Cervi (MAI), et 1 pour la série avec Jean Richard et pour le cinéma (Heinz Rühmann, film Maigret und sein grösster Fall): GAI

    • 2 nouvelles d'entre deux guerres, l'une pour les séries Jean Richard et Bruno Crémer (arr), l'autre pour les séries Jean Richard et Gino Cervi (amo)

    • 1 roman de la période Gallimard (CAD) adapté pour les séries Jean Richard et Bruno Crémer

    • 1 nouvelle "non- Maigret" (Sept petites croix dans un carnet, parue en 1951 dans le recueil Un Noël de Maigret), adaptée pour les séries avec Bruno Crémer et Rupert Davies

    • 13 romans Presses de la Cité, dont 3 adaptés pour les séries Jean Richard et Rupert Davies (FAC, VOY, ASS), 6 adaptés pour les séries Jean Richard et Kinya Aikawa (BRA, CLI, COL, TUE, SEU, CHA), 2 adaptés pour les séries Jean Richard et Bruno Crémer (CLO, VIN), 1 adapté pour les séries Jean Richard et Michael Gambon (FOL), et 1 adapté pour les séries Rupert Davies et Kees Brusse (PRE)

  • et voici maintenant des textes qui ont été adaptés à trois reprises:

    • 5 romans de la période Fayard: LET et REN ont été adaptés pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Jan Teulings; FLA et POR ont été adaptés pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Rupert Davies; GAL a été adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et pour un téléfilm avec Henri Norbert

    • 2 nouvelles d'entre deux guerres: bay a été adaptée pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Gino Cervi; sta a été adaptée pour la série avec Jean Richard et pour deux téléfilms, l'un avec Herbert Berghof, et l'autre avec Romney Brent

    • 1 roman de la période Gallimard (JUG) a été adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Rupert Davies

    • 2 nouvelles écrites en 1946: mal a été adaptée pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Gino Cervi; pau a été adaptée pour les séries Bruno Crémer et Gino Cervi, et sert de base pour une partie de l'intrigue du film Maigret dirige l'enquête avec Maurice Manson

    • 12 romans Presses de la Cité, dont 4 adaptés pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Rupert Davies (AMI, PEU, ECH, VIE); 2 adaptés pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Kinya Aikawa (REV, CON); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Jan Teulings (AMU); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Kees Brusse (PAR); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Kinya Aikawa (FAN); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Gino Cervi et Kinya Aikawa (VOL); 1 adapté pour les séries Jean Richard et Bruno Crémer et un téléfilm avec Boris Tenin (HES); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Michael Gambon (ENF)

  • on trouve ensuite une série de textes avec quatre adaptations:

    • 4 romans de la période Fayard: PRO, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Kinya Aikawa; FOU, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Gino Cervi; LIB, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Rupert Davies, et pour un téléfilm avec Louis Arbessier (c'est le premier Maigret de la télévision française); JAU, adapté deux fois pour la série avec Jean Richard, et pour deux films de cinéma: un film russe de 1993, et le film de 1932 avec Abel Tarride

    • 2 nouvelles de la période Presses de la Cité: cho, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer et Gino Cervi, et à la base du sketch faisant partie du film Brelan d'As avec Michel Simon; noe, adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies, Gino Cervi et Jan Teulings

    • 8 romans des Presses de la Cité: 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies, Jan Teulings et Kinya Aikawa (MOR); 3 adaptés pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Kinya Aikawa (DAM, COR, TEM); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Jan Teulings, et le film de cinéma avec Jean Gabin Maigret voit rouge (LOG); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, et un téléfilm avec Boris Tenin (BAN); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Michael Gambon (ECO); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies et Jan Teulings, et le téléfilm avec Basil Sydney (JEU)

  • viennent ensuite des textes adaptés à cinq reprises:

    • 3 romans de la période Fayard: OMB, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Gino Cervi, et pour un téléfilm avec Sergio Castellitto; FIA, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Michael Gambon, et pour un film de cinéma avec Jean Gabin; ECL, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi et Jan Teulings

    • 1 roman de la période Gallimard: MAJ, adapté pour les séries avec Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies et Michael Gambon, et pour le film de cinéma de 1944 avec Albert Préjean

    • 7 romans des Presses de la Cité, dont 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Jan Teulings et un téléfilm avec Henri Norbert (VAC); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Rupert Davies, Kees Brusse, Kinya Aikawa, et un téléfilm avec Boris Tenin (MME); 2 adaptés pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Kees Brusse, Kinya Aikawa (MEU, TRO); 1 adapté pour les séries Bruno Crémer, Rupert Davies, Michael Gambon, un téléfilm avec Sergio Castellitto et un film de cinéma avec Jean Gabin (TEN); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Kinya Aikawa et un téléfilm tchèque avec Rudolf Hrušínský (SCR); 1 adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Gino Cervi, Michael Gambon et Jan Teulings (PAT)

  • on trouve aussi des textes adaptés à 6 reprises:

    • 1 roman de la période Fayard: NUI, adapté pour les séries Jean Richard (2 adaptations), Bruno Crémer, Rupert Davies, un téléfilm avec Henri Norbert, et un film de cinéma de 1932, avec Pierre Renoir, qui est aussi le premier Maigret adapté à l'écran

    • 2 romans de la période Gallimard: SIG, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi, Kinya Aikawa, et un film pour le cinéma avec Albert Préjean; FEL; adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Michael Gambon, Jan Teulings, Kinya Aikawa

    • 2 romans des Presses de la Cité: MIN, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Michael Gambon, Kinya Aikawa, et un film russe avec Armen Djigarkhanyan; DEF, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi, Michael Gambon, Jan Teulings

  • nous avons ensuite des textes adaptés à 7 reprises:

    • 1 roman de la période Gallimard: CEC; adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi, un téléfilm avec Boris Tenin, deux films de cinéma, l'un avec Maurice Manson (Maigret dirige l'enquête), et l'autre avec Albert Préjean

    • 2 romans des Presses de la Cité: PIC, adaptés pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi, Michael Gambon, Kees Brusse, Kinya Aikawa; GRA, adapté pour les séries Jean Richard, Bruno Crémer, Rupert Davies, Michael Gambon, Kinya Aikawa, un téléfilm avec Henri Norbert, et un film de cinéma avec Maurice Manson (Maigret dirige l'enquête)

  • enfin, le texte qui a connu le plus grand nombre d'adaptations (8) est La tête d'un homme, adapté pour les séries Jean Richard (2 adaptations), Bruno Crémer, Rupert Davies, Gino Cervi, un téléfilm avec Vladimir Samoilov, et deux films pour le cinéma: celui avec Harry Baur en 1933 et celui avec Charles Laughton en 1949.

Une chose intéressante à noter est que si, d'une part, parmi les textes les plus adaptés, on trouve deux romans de la période Fayard (TET et NUI), qui sont aussi parmi les romans les plus traduits, d'autre part, on trouve aussi des romans de la période Gallimard (CEC et FEL), qui, eux, font partie des romans les moins traduits. Ainsi, le succès des traductions, donc de la large diffusion d'un texte, n'est pas un critère suffisant pour expliquer le choix de ce texte pour une adaptation au cinéma ou sur le petit écran. Ne faut-il donc pas expliquer ce choix par d'autres éléments ?

Si on examine plus en détail les textes ayant connu le plus d'adaptations, il me semble que l'on peut remarquer que ces textes racontent des enquêtes où Maigret rencontre des personnages particulièrement "prenants", où le commissaire est fortement impliqué dans la relation à ces personnages. C'est en tout cas vérifiable pour une grande partie de ces textes: je pense à La tête d'un homme, bien entendu, mais aussi à Félicie est là, Maigret au Picratt's et Maigret et la Grande Perche. Il est vrai cependant que d'autres textes relevant des mêmes critères n'ont pas connu autant d'adaptations (que l'on songe par exemple à Maigret et l'homme du banc ou Maigret et la jeune morte), mais sans doute faut-il compter aussi avec une part de hasard, voire d'opportunité, lorsque les circonstances se trouvent conjointes entre la parution d'un roman et les événements de la même époque: ainsi, l'adaptation pour le cinéma de trois romans de la période Gallimard, quasi contemporaine de leur sortie (les 3 films avec Albert Préjean, produits par la Continental en temps de guerre). Il n'en reste pas moins que ces romans sont fort prisés par les adaptateurs, sans doute parce qu'ils y trouvent particulièrement matière à créer un scénario d'intérêt: que l'on songe par exemple au fait que le premier roman à être adapté pour la série avec Jean Richard, qui devait, dans l'esprit de Claude Barma, inaugurer une nouvelle forme télévisuelle (plus qu'un simple téléfilm unique, une véritable "série" d'épisodes , où le téléspectateur devait retrouver à intervalles plus ou moins réguliers un même personnage), que ce roman, donc, fut Cécile est morte. Tout aussi significatif est que le fait que le premier roman adapté qui inaugure la série avec Bruno Crémer est Maigret au Picratt's (premier épisode à être tourné pour la série), et que le premier à être diffusé est Maigret et la Grande Perche. De même, pour la série avec Rupert Davies, c'est Maigret au Picratt's qui est le premier épisode adapté. Et si on regarde la série avec Gino Cervi, on retrouve comme premier épisode une adaptation de Cécile est morte.

D'autre part, parmi les romans les moins adaptés pour la télévision, on trouve, de façon assez étonnante, Le chien jaune. Il existe bien deux adaptations de ce roman pour la série avec Jean Richard, mais il semble moins tenter les scénaristes des télévisions étrangères, alors que ce roman est pourtant un des romans les plus traduits du corpus. Et, à l'autre extrémité, un roman comme L'écluse no 1, un de ceux qui connaît le moins de traductions, est fort prisé dans les adaptations télévisées.

A noter encore que si l'on examine le choix des épisodes adaptés pour les séries télévisées, on voit que, de façon générale, toutes ces séries ont proportionnellement plus d'épisodes adaptés des romans de la période Gallimard que ceux des autres périodes, et en général, plus d'épisodes adaptés pour ceux de la période Fayard que pour ceux de la période Presses de la Cité (la série japonaise et la série avec Michael Gambon faisant exception dans ce deuxième cas).

Jean Richard
A remarquer encore que chaque série a sa manière propre de construire ses choix d'adaptation au cours du temps. Ainsi, pour la série avec Jean Richard, on trouve, dans l'ordre de production, d'abord un roman de la période Gallimard (CEC), puis deux romans Fayard (TET et JAU, deux titres caractéristiques, comme si les adaptateurs avaient voulu d'emblée s'attaquer aux "classiques", réminiscences des premières adaptations pour le cinéma), puis 3 romans Gallimard, un roman Fayard, un roman Gallimard, deux romans Fayard; ce n'est qu'au onzième épisode que l'on trouve une adaptation d'un roman Presses de la Cité (MOR, lui aussi choisi de façon caractéristique: ce roman est en effet le premier de la période Presses de la Cité dans lequel Simenon a fait réintégrer à son personnage son bureau du Quai des Orfèvres); on retrouve ensuite un roman Fayard, puis quatre romans Presses de la Cité, un roman Fayard, et un roman Presses de la Cité, qui clôt la série des épisodes en noir et blanc; le premier épisode en couleur est, tout aussi symptomatiquement, LET; les épisodes suivants se partageront entre adaptations de romans Fayard et de romans Presses de la Cité, mais, étonnamment, si parmi les premiers épisodes, 5 romans sur les 6 de la période Gallimard ont été adaptés, il faudra attendre plusieurs années, et presque la fin de la série, pour voir un épisode adapté du 6e roman (MAJ, 73e épisode). La première nouvelle adaptée n'apparaîtra qu'aux deux tiers de la série (60e épisode, noe). Dès le 74e épisode, on voit apparaître des adaptations d'autres nouvelles, ainsi que deux romans Presses de la Cité qui n'avaient pas encore été adaptés, et lorsque le 88e épisode (NEW) termine la série, il n'y aura que trois romans à n'avoir pas été adaptés: PRE, MEM et TEN, les deux premiers de façon évidente vu les difficultés d'adaptation, le dernier peut-être par une sorte de "retenue" (le souvenir du film de cinéma avec Jean Gabin restant encore prégnant). Sur les 88 épisodes, 13 sont des adaptations de nouvelles.

Bruno Crémer
Pour la série avec Bruno Crémer, les choix d'adaptation se font selon un mode différent: dès le début, le choix alterne entre les romans des trois périodes, et dès environ la moitié de la série, on verra apparaître des adaptations de nouvelles, certaines étant même des textes où n'apparaît pas le personnage du commissaire. On sent dès l'abord une volonté de se démarquer de la série précédente avec Jean Richard: là, c'était une volonté, plus ou moins avouée dès le début, de prétendre à l'exhaustivité des adaptations, ici, c'est plutôt un choix "coup de cœur", où on a on a l'impression de sentir plus la "patte" du réalisateur. On se permettra aussi, cette fois, d'adapter Maigret tend un piège, tout en lui rendant hommage dans la scène finale de l'épisode (Maigret-Crémer s'éloignant sous l'orage qui vient d'éclater, comme le faisait Maigret-Gabin dans le film homonyme). Au total, sur les 54 épisodes de la série, 11 sont des adaptations des romans Fayard, 6 des romans Gallimard, 24 des romans Presses de la Cité, et 13 sont des adaptations de nouvelles.

Rupert Davies
Pour la série avec Rupert Davies (qui est, rappelons-le, la première véritable "série" prévue en tant que telle pour la télévision, les adaptations précédentes tenant plus du téléfilm ponctuel), on assiste d'abord à une alternance d'épisodes adaptés de romans de la période Presses de la Cité et de romans Fayard, et il faut attendre le 32e épisode pour voir une adaptation d'un roman Gallimard (FEL). Au total, les 53 épisodes tournés par Rupert Davies couvriront 15 des 19 romans Fayard, 5 des 6 romans Gallimard, 30 des 50 romans Presses de la Cité, ainsi que trois adaptations de nouvelles.

Michael Gambon
Pour l'autre série anglaise, celle avec Michael Gambon, on tourne d'abord quatre épisodes adaptés de romans Presses de la Cité, puis un épisode adapté d'un roman Fayard, puis deux épisodes de romans Presses de la Cité, un épisode adapté d'un roman Gallimard, puis trois romans Presses de la Cité, et un roman Gallimard. A noter que si le premier épisode de cette série était un inédit par rapport à ceux de la série avec Rupert Davies (en effet, le dernier épisode de cette série était une adaptation de Maigret se défend, et le premier épisode avec Gambon était une adaptation de La patience de Maigret), la suite n'allait pas montrer, au contraire, une volonté de se démarquer de la première série anglaise: En effet, le 2e épisode reprenait l'incontournable Maigret et la Grande Perche, pourtant déjà tourné par Rupert Davies. Et sur le restant de la série, seuls deux autres épisodes étaient des inédits par rapport à la première série.

Gino Cervi
Pour la série avec Gino Cervi, le choix des adaptations est très éclectique: d'abord deux épisodes adaptés de romans Gallimard, puis une adaptation de nouvelle, puis une adaptation d'un roman Fayard, puis une nouvelle, puis un roman Fayard, puis deux nouvelles, puis un roman Presses de la Cité, puis deux nouvelles, puis un roman Fayard, un roman Presses de la Cité, un roman Fayard, un roman Presses de la Cité, et un roman Fayard. Et n'oublions pas que Gino Cervi a aussi joué le rôle du commissaire dans un film de cinéma, Maigret a Pigalle, adapté du roman Maigret au Picratt's.

Jan Teulings
Pour la série avec Jan Teulings, les quatre premiers épisodes sont des adaptations de romans Presses de la Cité, le 5e est une adaptation de nouvelle, puis on trouve deux adaptations de romans Fayard, une adaptation de roman Gallimard, un roman Presses de la Cité, un roman Fayard, deux romans Presses de la Cité. L'autre série néerlandaise, celle avec Kees Brusse, comprend 6 épisodes adaptés de romans Presses de la Cité.

Kinya Aikawa
Pour la série japonaise avec Kinya Aikawa, le choix s'est fait presque uniquement sur des adaptations de romans de la période Presses de la Cité: sur les 25 épisodes, un seul est une adaptation d'un roman Fayard, et deux sont des adaptations de romans Gallimard.

Et pour terminer, on pourra noter ce fait assez curieux, que les adaptations au cinéma ont été, pour l'essentiel, à peu près contemporaines des parutions des romans (voir La tête d'un homme, Le chien jaune et La nuit du carrefour, tournés tous les trois au début des années 1930, une année à peine après la parution des romans; voir aussi les trois films avec Albert Préjean tournés pendant la 2e Guerre mondiale, 2 à 3 ans après la parution des romans chez Gallimard; et voir enfin le premier film avec Jean Gabin, Maigret tend un piège, sorti en 1957, soit deux ans après le roman éponyme), comme si le succès de ceux-ci incitait dans l'immédiat à un passage au grand écran. Les adaptations plus tardives au cinéma sont fort rares, ceci étant probablement dû au fait que la télévision a pris le relais dans les adaptations des enquêtes du commissaire, le cinéma privilégiant dorénavant les adaptations des autres romans de Simenon. Cela semble d'autant plus évident que si la télévision s'est emparée exclusivement du personnage, c'est que celui-ci permet la fidélisation d'un public: preuve en est la proportion beaucoup plus élevée d'adaptations d'épisodes en série par rapport aux téléfilms uniques. Et on peut même aller plus loin: si, aux yeux du téléspectateur, la prestation de l'acteur ne "colle" pas à l'image qu'il a du personnage, le succès n'est pas au rendez-vous; il faut le talent d'un Bruno Crémer, d'un Jean Richard, ou d'un Rupert Davies pour se glisser dans la peau du commissaire, créer une sorte d'osmose entre l'image qu'il en rend et celle que le téléspectateur-lecteur imagine, pour que l'effet "série" puisse se créer et faire durer celle-ci plus longtemps que quelques téléfilms ponctuels...

 

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