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A plus d'un titre....par Murielle Wenger IntroductionUne des choses, parmi tant d'autres, que j'apprécie chez Simenon, c'est son style d'écriture, avec sa concision, ses phrases simples mais porteuses de sens et évocatrices de tout un monde. Son sens de la formule "qui fait mouche" est-il dû à ses débuts dans le journalisme? Je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, cette façon de formuler une phrase à la fois concise et suggestive n'apparaît jamais mieux que dans les titres de chapitres de ses romans. Pour illustrer mon propos, j'aimerais vous présenter ici une petite étude sur les titres de chapitres dans la série des Maigret, avec une brève incursion dans d'autres romans.
Une première approche du corpus des Maigret nous permet de nous rendre compte que le nombre de chapitres varie selon les romans, et il m'a paru intéressant d'analyser cette variation en fonction de la chronologie de l'écriture de ceux-ci. Voici les résultats, résumés sous forme de graphique: ![]() Les romans sont numérotés en fonction de l'ordre chronologique du corpus. Les nouvelles sont intégrées à leur place chronologique. Il nous apparaît dès l'abord que le nombre moyen de chapitres, pour l'ensemble du corpus, se situe entre 8 et 9. Les extrêmes se situent d'un côté à 19 chapitres (pour le tout premier roman (LET), quand Simenon fait ses premiers essais), et de l'autre côté à 3 chapitres (qui sont en fait des nouvelles). Les textes ne comportant pas de chapitres (0 sur le graphique) sont bien entendu des nouvelles. Notons aussi que dans le premier cycle (la "période Fayard"), Simenon est assez constant dans son chapitrage: la majorité des romans de cette période comporte 11 chapitres, à l'exception de TET (12 chapitres), POR (13) et MAI (10). Les romans de la "période Gallimard" (no 41 à 46) oscillent entre 8 et 12 chapitres. Simenon inaugure la troisième période ("Presses de la Cité") par un ouvrage "entre deux", dans le sens où pip est une nouvelle, de par sa longueur, mais avec un nombre relativement élevé de chapitres (5); cf. noe, qui présente le même cas (voir Lengths of the Maigrets, dans Reference). Le premier roman (FAC) de cette troisième période comporte 8 chapitres, le suivant (NEW) monte à 10, ensuite viendront VAC (9), puis MOR (10), le plus long texte. Simenon n'écrira plus ensuite de Maigret aussi long, et tous les autres romans oscilleront entre 8 et 9 chapitres (à l'exception de FAN, qui en compte 7). Ce nombre de 8 ou 9 est en quelque sorte un nombre "idéal" pour Simenon dans cette période, et il nous donne l'impression de construire délibérément ces romans en fonction de ce nombre, comme si celui-ci était fixé à l'avance. Voir à ce propos le texte "A la retraite le commissaire Maigret": "C'était [...] le Maigret du huitième ou du neuvième chapitre, quand il ne lui reste plus que quarante pages pour découvrir le coupable.[...]".Quand Simenon écrit ce texte (en 1937), il vient de finir la première période des Maigret, où le commissaire a besoin de 11 chapitres pour terminer son enquête. Après la période intermédiaire du 2e cycle, Simenon trouve en quelque sorte "le bon rythme" pour son personnage, condensant l'action de ses romans, apportant plus de concision à son style, ce qui lui permet de resserrer son histoire en 8 ou 9 chapitres. Remarque: Notons que nous trouvons dans DEF un épilogue après le chapitre 8; c'est le seul roman du corpus à comporter cette particularité. La chose est d'autant plus intéressante que cet épilogue permet à Simenon d'introduire, en quelque sorte, le roman suivant (PAT): en effet, ces deux romans présentent la spécificité d'être les deux seuls du corpus à être reliés entre eux par leur contenu, puisque PAT est la suite de l'histoire racontée dans DEF. La dernière phrase de cet épilogue dans DEF est d'ailleurs très claire: "On le verrait souvent encore rue des Acacias." (la rue où habitent Aline Bauche et Manuel Palmari, et où effectivement Maigret passera beaucoup de temps dans PAT, lors de son enquête sur le meurtre de Palmari).
En examinant le corpus des Maigret, un autre point intéressant m'est apparu: c'est le fait que Simenon n'a pas toujours donné des titres à ses chapitres. J'ai donc fait un second graphique sur le modèle du premier, mais en y ajoutant une donnée supplémentaire: ![]() Notons les éléments suivants:
Intéressons-nous à présent aux romans qui comportent des titres de chapitres. A la lecture de ces titres, une chose m'a frappée: sur tout le corpus, Simenon a usé de deux types de titres; une forme courte et une forme longue. Que faut-il entendre par là? J'appelle "forme courte" les titres de chapitres qui sont constitués de trois à quatre mots environ, soit un nom + un adjectif, soit un nom et son complément. En voici quelques exemples:
La "forme longue" consiste en une phrase relativement longue, comme par exemple:
Comme on le voit, ce sont deux formes très distinctes que Simenon a utilisées là, et j'ai eu la curiosité d'analyser la fréquence de chacune de ces formes, et leur présence dans l'ordre chronologique du corpus. Voici ce que cela nous donne: ![]() Sur la coordonnée verticale, le chiffre 0 indique l'absence de titrage, le chiffre 1 correspond à un titre de forme courte et le chiffre 2 indique une forme longue de titre. Nous voyons immédiatement que la forme longue a été très peu utilisée par Simenon: seuls 7 romans sont concernés. Inaugurée dans MEM, la formule de la longue phrase, qui décrit en une sorte de résumé l'action qui se déroule dans le chapitre, a l'air de plaire à Simenon, qui la réutilise ensuite dans 4 romans (MEU, GRA, LOG et REV). Il la laisse de côté pour un temps, puis la reprend dans JEU, puis dans VOY, avant de l'abandonner définitivement, puisqu'il utilise encore un peu la forme courte, avant de passer aux chapitres sans titres. Pour être tout à fait exact, il faudrait encore mentionner que certains titrages que j'ai classés dans la forme courte sont en fait un peu plus élaborés: par exemple:
Néanmoins, j'ai considéré ces titrages comme faisant partie de la forme courte, parce qu'il ne s'agit pas vraiment de phrases telles que décrites pour la forme longue. D'autre part, lorsqu'on trouve ces éléments "intermédiaires" dans un roman, il ne s'agit pas de tous les chapitres du roman, ceux-ci étant pour la plupart aussi de forme courte. On trouve de ces formes intermédiaires dans mal, cho, obs, pau, ECH et le premier chapitre de FAN. En résumé, nous avons:
Remarquons en outre que le titrage de chapitre est souvent réservé par Simenon, hors du cycle des Maigret, aux nouvelles policières, plutôt qu'aux romans. Nous rencontrons la forme courte dans, par exemple, Les sept minutes. La forme longue, quant à elle, est caractéristique du titrage de chapitre dans Le petit docteur et Les dossiers de l'Agence O.
J'aimerais examiner ici les titres de chapitres en fonction de leur style et de leur rapport de sens avec l'histoire racontée par le roman. Commençons par les titres de forme courte. Nous trouvons plusieurs styles de titres (certains titres pouvant bien sûr faire partie de plusieurs catégories à la fois): a) un titre qui nous donne une indication sur un personnage, souvent pour l'introduire dans l'histoire; par exemple:
b) un titre qui décrit un objet qui est un indice important pour l'enquête:
c) un titre qui donne une indication sur un lieu où se déroule l'enquête:
d) un titre qui donne une indication temporelle sur le déroulement de l'action:
e) un titre qui parle de ce que fait Maigret et qui cite son nom, ou le mot "commissaire":
f) un titre un peu "étrange" au niveau du sens, qui ne nous donne pas à priori d'indication sur l'histoire, mais qui, par son côté insolite, pousse le lecteur à plonger très vite dans le chapitre pour "y comprendre quelque chose"; c'est ce que j'appellerais le titre "manchette de journal":
g) un titre qui parle d'un élément raconté dans le chapitre, mais qui n'est qu'un à-côté par rapport au contexte précis de l'histoire, comme si l'auteur voulait conduire le lecteur sur une "fausse piste":
h) un titre qui comprend un trait d'humour (un genre où Simenon excelle):
i) le "titre-fantôme"(!):
j) mes deux titres préférés:
Les titres de forme longue comprennent, par définition, des éléments d'un peu tous les styles que nous avons rencontrés ci-dessus (personnages, lieux, objets, mention de Maigret, etc.), mais nous y retrouvons surtout cet humour subtil si caractéristique de Simenon. Voici quelques exemples:
Et, pour terminer, puis-je vous inviter à un petit jeu sans prétention? Les titres de chapitres et les romans donnés dans ce tableau ont été mélangés. Seriez-vous capables d'identifier à quel roman appartient chacun de ces titres (la solution est donnée ci-dessous) ?
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